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Disques

Timshel – Contre

Drone folk expérimental et poésie sonore. Spleen, idéal et coups de chaîne en banlieue rouennaise.

Attention aux faux amis. Timshel n’est pas un nouveau duo dont l’épicentre serait Yann Lafosse (Dirge, Yann Solo, My North Eye), mais la rencontre musicale de deux univers qui se connaissent bien, voire intimement, et qui marient leurs forces. Soient donc un Yann, aux armes fourbies de ses précédentes expériences, du folk au post-rock, aux instruments à archets et plus généralement au drone, et Sabine qu’on savait lettrée mais ni chanteuse, ni musicienne et encore moins performeuse. D’où une musique placée, il me semble, sous l’égide de l’improvisation dans le sens où on laisse du temps au temps, aux sensations, à la transe et à la poésie. Avec des textes poétiques donc, débarrassés du carcan du format chanson et qui ne laissent aucune place au doute : nous sommes bien dans un affrontement, avec beaucoup de colère voire de rage. Et il en va de la beauté et même plus simplement de la vie. La littérature est un combat et tout est politique.

Je vois ceux à la cambrure marquée tenant le fouet ; ceux qui s’emportent ; ceux que les autres n’auront pas ; ceux qui mettront les autres au pas.

“Les serpents sifflent”, c’est une guitare insistante, une voix qui ne lâche rien, des bols qui vibrent.

Entre livres et soleils” (quel beau titre !) est un beau duo franco-anglais, mâle et femelle, côte à côte dans leur singularité quand “Jordan” (quel titre affreux !) laisse libre cours à un jeu de chaînes. On apprécie Je suis la glace, drone furieux à archets, versus guitare qui se répète et avance méthodiquement.

Sur “My Religion”, on retrouve le Yann des derniers My North Eye, avec épinette des Vosges, voix hyper présente, une belle prise de son qui capte aussi l’environnement, l’espace de la pièce, et même la copine d’à côté qui s’invite pour des chœurs avant de prendre la place avec sa voix sur la ligne de crête de la fêlure et fait la transition avec “Petit R. de merde” où la voix se fait instrument, comme l’archet qui grince et fait vibrer les cordes : le sens s’efface derrière le son et on bascule dans la poésie.

Il distord le vrai, écorche le sens. 

Timshel fait feu de tout en somme, y compris du pire, et on apprécie jusqu’aux scories de l’enregistrement brut (encore Nico Brusq comme sur “My North Eye 6”, sur bandes), avec craquements, souffles, larsens, lave, coulée, fumerolles. On sent la colère, la violence subie et qui ressort. Catharsis quand tu nous tiens…

Enfin, ça finit bien avec “Tout contre toi” et citations de John Keats (c’est ça, l’avantage d’être lettré et anglophone) et pour un peu c’est, en live, le meilleur de Jean Bart qui s’enregistre pour nos oreilles : du collage sonore en temps réel.

Avec l’aide de Johanna petit D. de m….

“Contre” est sorti en numérique le 18 janvier 2026. Une édition vinyle limitée est prévue pour le printemps avec un très beau visuel du toujours impeccable Samuel Antonin (ex-Burn Hollywood Burn et aujourd’hui membre de Ella A. Thaun).


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