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Disques

Dick Annegarn – Citoyen (1981)

Dick Annegarn - Citoyen

 L’année où la gauche accède au pouvoir, Dick Annegarn sort ce cinquième album studio cinq ans après le dernier en date, « Anticyclone« . Ce relatif silence discographique entrecoupé par la sortie de deux lives en 78 et 79, illustre cette nouvelle période de l’existence d’Annegarn que l’on pourrait qualifier de post « show biz ». Rappelez vous, en 1978, celui-ci avait jeté un froid avec son manifeste  « La Rock-industrie et moi », exercice d’auto sabordage en direct lors d’une conférence de presse dans les sous-sols de l’Olympia. « Citoyen » inaugure cette longue période de vaches maigres, rétrospectivement assez salutaire puisqu’elle lui aura permis de redevenir un citoyen lambda (voyages, vie associative, réapprentissage de la camaraderie…).

Sur la forme, ce disque est marqué par un gros son rock. Une basse omniprésente, des synthés ambiants et des rythmiques lourdes que l’on doit à une nouvelle équipe de musiciens : Bernard Paganotti, Kirt Rust, Jean-Philippe Goude. Ces garçons ont affuté leurs armes auprès de Christian Vander/ Magma avant de monter leur propre formation de rock progressif en 1976 (l’éphémère Weidorje). Parallèlement, ils cachetonnent dans la variété aux côtés d’artistes comme Michel Delpech ou Higelin. Entouré de ces mercenaires du son, Annegarn livre un disque bipolaire. Tantôt  poseur, tantôt posé où l’on retrouve ses ritournelles astucieuses. Mais dans l’ensemble, l’humeur n’est pas vraiment à la galéjade. Ni l’artwork du disque d’ailleurs desservi par une pochette horrible (décidément !) et des photos intérieures flippantes (portrait de l’artiste criant façon Edvard Much, paysage bétonné de banlieue…). Le musicien presque trentenaire aurait-il mis son mal être en scène ? Je ne saurais dire. En tout cas, il se cherche et déroute encore.

Parmi les titres à retenir, notons « Johnny Johnny » et « Désolé » que Dick avait déjà dévoilé en public sur « Ferraillages ». Il leur applique un traitement plus musclé autour d’une ligne de basse charnue presque outrancière. Quand il ne laisse pas son groupe tirer la couverture à lui, il livre des chansons inventives qui font toute la finesse de son univers insaisissable : les cloches et le chant a capella de « Piste », les délicats arrangements de cordes de la ballade « Il pleut », le morceau tout en crescendo  « Dithyrambos »  ou encore l’émouvant portrait « Robert Caillet » qui l’inscrit dans cette tradition de conteur/trouvère qu’il affectionne tant.

Dans l’ensemble, l’inspiration de l’auteur ne faiblit pas même si l’écrin sonore paraît un peu daté. Ce disque non réédité fait une nouvelle fois la chronique en creux d’une époque : le livre des années 70 se referme avec leur légèreté de pacotille et leurs extravagances sonores. Déjà s’annonce la gueule de bois des années 80.

A lire, son manifeste écrit en 1978 « La Rock-industrie et moi« 

 

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