15 ans de Talitres en disques

05/11/2016, par , et | Autre chose |
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Le label indépendant bordelais Talitres fête cet automne ses 15 ans, avec des soirées spéciales sur ses terres et dans la capitale, du 9 au 12 novembre. A peine plus jeune que POPnews, la belle maison créée par Sean Bouchard aura au fil des ans et contre vents et marées constitué un brillant catalogue, majoritairement (mais pas exlusivement) anglo-saxon, qui aura souvent trouvé les faveurs de la rédaction. Pour célébrer dignement cet anniversaire, nous avons choisi – tâche ô combien difficile vu la qualité de l'ensemble ! – vingt disques qui ont particulièrement tourné sur nos platines durant ces quinze années. Une sélection chronologique que nous avons voulue variée, avec les débuts de groupes devenus majeurs (Destroyer, The National, The Walkmen), le retour de héros de jeunesse (The Wedding Present, Swell, Idaho, The Sleeping Years avec Dale Grundle des Catchers, The Apartments), des débuts fulgurants et restés quasiment sans suite (Flotation Toy Warning, enfin de retour, The Organ, Tropical Popsicle), quelques Français hors cadre (Maison Neuve, Thousand, Stranded Horse)… Des disques que nous avons eu autant de plaisir à écouter qu'à faire découvrir : on en espère autant pour les quinze années à venir ! Rendez-vous sur le shop en ligne de Talitres pour commander, et pour les disques non disponibles, pensez à votre disquaire !

Elk City - Hold Tight the Ropes (2002)

Ce deuxième album d’un groupe new-yorkais (un peu oublié, mais qui avait joué une Black session à ses débuts, et qui compta un temps dans ses rangs Sean Eden, guitariste de Luna) imposait définitivement un son un brin arty, mêlant cavalcades pop, rock aux guitares légèrement saturées et passages plus mélancoliques, parfois au sein d'un même morceau. Le clou du disque reste probablement "Don't Fight What You've Become", avec ses arpèges entraînants, ses chants alternant majeur et mineur, ses paroles percutantes et sa batterie martelant le tout avec un punch irrésistible.

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Destroyer – Streethawk : A Seduction (2002)

Destroyer - Streethawk

Ce n’est pas le premier disque sorti par le Canadien Dan Bejar, mais c’est avec celui-ci qu’on a découvert en France Destroyer, projet solo devenu véritable groupe. On était encore loin de la sophistication de ses derniers albums, mais déjà la singularité de son écriture exaltée, qui revisitait le glam rock avec une approche plus indie, voire lo-fi, sautait aux oreilles.

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The Walkmen – Everyone Who Pretended to Like Me Is Gone (2002)

The Walkmen - Everyone

Premier album d’un groupe de la côte Est formé en partie d’ex-Jonathan Fire Eater, qui deviendrait une valeur sûre de la décennie 2000. Talitres en sortira encore quelques autres, peut-être plus immédiatement séduisants que celui-ci. Quatorze ans après, le charme un peu déglingué de ce coup d'essai (et de maître), entre énergie du désespoir et abattement, n’a en tout cas pas faibli.

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 Dakota Suite – This River Only Brings Poison (2003)

Dakota Suite - This River Only Brings Poison

Pas un groupe, mais un Anglais, Chris Hooson, entouré de divers musiciens (ici, quelques membres d’American Music Club). On a lu qu’à l’époque de ce disque, l'homme était infirmier psychiatrique travaillant dans un centre de désintox à Leeds – totale éclate, donc. De ses humeurs noires, il fait de superbes aquarelles entre americana, jazz et folk, avec ou sans paroles. On a rarement connu mélancolie aussi accueillante.

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Flotation Toy Warning – Buffer’s Guide to the Flight Deck (2004)

Flotation Toy Warning

Avec un nom et un titre d’album pareils, on aurait pu se douter que rien ne serait simple avec ces Anglais. De fait, on attend toujours la suite de ce disque splendide, qu’on nous promet pour l’an prochain (et le groupe participera au mini-festival pour les 15 ans du label). On espère que le groupe n’aura rien perdu de son lyrisme et de sa science des orchestrations.

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The National – Cherry Tree (2004)

The National - Cherry Tree

En 2003, Talitres sortait “Sad Songs for Dirty Lovers”, le deuxième album de The National, permettant au groupe de tourner en France et de se constituer un petit noyau de fans fidèles. On n’a pas oublié l’intensité de leurs concerts, dans des salles bien plus modestes que celles qu’ils remplissent aujourd’hui. Sortie l’année suivant, ce mini-album donne toutefois à entendre une face plus apaisée et acoustique du groupe, dans des ballades comme “Wasp Nest”, “All Dolled-Up in Straps” ou “About Today” (qui apparaissait sur une compile POPnews !). L’impressionnante version live de “Murder Me Rachael”, tirée d’une Black Session, vient quand même rappeler que les Américains sont capables de lâcher les chiens sur scène. L’une des perles méconnues de leur discographie.

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The Organ - Grab That Gun (2005)


Que ces jeunes femmes avaient du talent : sur les fantômes des Smiths, avec des claviers qui portaient en eux toute la misère du monde et des guitares scintillantes, The Organ a sorti en 2005 “Grab That Gun”, chef-d’oeuvre condensé resté sans suite. Il y eut bien une compilation de morceaux rares et remix, mais l’histoire a définitivement pris fin en 2006. Les espoirs de les voir revenir sont (pour l’instant ?) restés vains, mais les titres comme “Love, Love, Love”, “Memorize the City” ou “Sinking Hearts”, tous portés par une émotion vibrante, n'ont pas quitté nos mémoires.

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The Wedding Present – Take Fountain (2005)

The Wedding Present - Take Fountain

On n’attendait pas forcément grand-chose du come-back des “Weddoes”, après un silence de huit ans. “Take Fountain” est pourtant l’un de leurs meilleurs albums, David Gedge (entouré de nouveaux musiciens) n’ayant rien perdu de sa fougue et de son talent pour la mélodie, et ayant nettement progressé comme chanteur. Des chansons parfaitement mises en valeur par un production aux échos parfois morriconiens, plus claire et dynamique que dans les années 80-90. Carton plein.

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Swell - South of The Rain and Snow (2007)

Swell 

En 2007, David Freel revient avec Swell. Il a enregistré sans label et avec peu de moyens “South of the Rain and Snow”. Le résultat est un petit trésor caché, truffé de mélodies cafardeuses composées à la guitare acoustique (et deux ou trois autres choses minimalistes), qui n'a rien à envier à certains chefs-d'œuvre de Sparklehorse. Un magnifique album triste, mais paradoxalement avec peu de traces autobiographiques, d'abord distribué directement sur internet avant de connaître une miraculeuse sortie en CD grâce à l'exemplaire abnégation de Talitres.

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Idaho - The Lone Gunman (2007)

Idaho

Difficile de ne pas penser à une sorte de bande originale de film imaginaire et abstrait à l'écoute de “The Lone Gunman”. En 2007, Jeff Martin nous livrait ce chef-d'œuvre atmosphérique fait de petites pièces aux claviers, avec quelques guitares vaporeuses par endroits. Une musique dans laquelle il fait bon se perdre, que ce soit tôt le matin ou tard le soir, c'est selon. Idaho sortira par la suite “You Were a Dick”, son dernier album jusqu’à aujourd’hui, également distribué chez nous par Talitres : un beau disque folk qui reste quand même en deça de cet immense disque stratosphérique qu’est “The Lone Gunman”.

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The Sleeping Years - We’re Becoming Islands One by One (2008)

The Sleeping Years

Ancien leader des Catchers, groupe indie irlandais des années 90 dont personne n’a oublié le vibrant “Cotton Dress”, Dale Grundle revenait en solo quelques années après la séparation du groupe, sous le nom de The Sleeping Years. Son unique album à ce jour, une collection de ballades plutôt dépouillées, montrait qu’il n’avait pas perdu la main, notamment sur un “You and Me Against the World” à la fougue encore adolescente.

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Emily Jane White - Dark Undercoat (2008)

Emily Jane White - Dark Undercoat

C'est avec un premier album extrêmement inspiré que la Californienne est entrée dans nos cœurs. Le disque installait un univers dans lequel la songwriter continue d'évoluer encore aujourd'hui avec réussite : folk fantpmatique, voix douce, instrumentation à base de piano et violoncelle, et une justesse qui fait encore mouche aujourd'hui. Si d'autres l'avaient fait avant, et le feront par la suite, Emily Jane White a su trouver sa place avec une rare élégance.

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Frànçois and the Atlas Mountains - Plaine inondable (2009)

frànçois and the Atlas Mountains - Plaine inondable

C'était un vrai début, après quelques années d'autoproduction, et il y avait déjà quelque chose de spécial chez François Marry et ses élégants Atlas Mountains. Depuis, la composition du groupe a évolué, sa musique s'est développée et a sans doute gagné en épaisseur, mais le disque n'a rien perdu de son charme fragile. Rétrospectivement, on y retrouve les bases d'un son unique en France : une mélancolie tempérée, un sens des mélodies fluides à souhait, et une énergie qui pointait pour inviter à la danse. Des titres comme “Be Water (Je suis de l'eau)”, “Friends” ou “Moitiée” (sic) séduisent encore comme à la première écoute. Et la perspective d'entendre revivre ces titres sur scène à l'occasion des quinze ans du label s'avère particulièrement excitante.

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Maison Neuve - Joan (2012)

Maison Neuve - Joan

L’un des rares groupes français ayant sorti un album chez Talitres, même si deux morceaux seulement sont chantés dans notre langue, et si les influences sont clairement anglo-saxonnes. Maison Neuve, dont on n’a plus trop de nouvelles, avait de sacrées cordes à son arc : une très solide culture musicale, une indépendance de ton, de la patience, du talent, et des paroles jamais anodines, très creusées, formant un tout avec la musique.

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Motorama – Calendar (2012)

Motorama - Calendar

Deuxième album du groupe (mais premier à être publié par la maison bordelaise), “Calendar” sonnait comme une référence oubliée du label Factory et marquait le début d’une belle aventure entre Motorama et Talitres. Qualifier les Russes (de Rostov-sur-le-Don) de stakhanovistes est certes un peu facile, mais il faut bien reconnaître qu’ils ne chôment pas, enchaînant formats courts et longs, et tournant sans relâche dans le monde entier. Ils sont ainsi devenus, contre toute attente, la signature la plus importante du label.

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Tropical Popsicle – Dawn of Delight (2012)

Tropical Popsicle

Un album qui, comme d’autres sorties du label, est malheureusement passé quasi inaperçu. Et pourtant, son mélange de jangle pop solaire à la Byrds (la formation est originaire de Californie) et de psychédélisme caverneux et menaçant s’avérait particulièrement addictif. On avait déjà entendu ça, sur le label Creation dans les années 80, ou chez d’autres groupes américains contemporains ? Certes, mais rarement exécuté avec une telle maestria.

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The Apartments – Seven Songs (2013)


Après avoir réédité en 2010 le deuxième album des Apartments, l’extraordinaire “Drift”, Talitres faisait paraître en vinyle pour le Record Store Day 2013 l’enregistrement de leur session dans la regrettée émission “Label Pop” de Vincent Théval sur France Musique. Sept chansons livrées dans des versions acoustiques et souvent ralenties, belles à pleurer, dont les classiques “Mr Somewhere” et “Things You’ll Keep” et le rare “Every Day Will Be New”. Vite épuisé, le disque ressortira un peu plus tard en CD.

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Thousand - Thousand (2015)

Thousand

Le Français Stéphane Milochevitch (Milo pour les intimes) a pas mal bourlingué, jouant notamment avec H-Burns et Syd Matters, et faisant une petite apparition dans “Les Bien-aimés” de Christophe Honoré. Beaucoup plus pop que folk, son album est une vraie merveille, un album comme il en sort tous les dix ans. Elégant, entraînant et intelligent, de ceux qu'on écoutera des milliers de fois.

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Will Samson - Ground Luminosity (2015)

Will Samson - Ground Luminosity

A l'écoute de "Ground Luminosity", on s'imagine au milieu de la grisaille anglaise ou longeant la côte nord portugaise au bord de laquelle ce troisième disque de l'anglais a été enregistré. Les paysages défilent, les lumières lointaines se fraient un chemin à travers le brouillard pour agripper notre regard et nous retenir longtemps. Trait d'union entre l'electronica et un folk brumeux britannique vieux de plusieurs décennies, la musique de Will Samson est à la fois contemplative et charnelle, distante et incarnée. La grâce, tout simplement.

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Stranded Horse – Luxe (2016)

Après avoir sorti sous le nom de Encre des disques plutôt tortueux et tourmentés, Yann Tambour voyait la lumière il y a une dizaine d’années avec Thee, Stranded Horse (“Churning Strides”, 2007) puis Stranded Horse tout court (“Humbling Tides”, 2011), en s’entourant de musiciens aux profils variés. Une formation rare, dans tous les sens du terme (seulement trois albums et une poignée de singles depuis 2005), qui tente des rapprochements fructueux entre les traditions africaines – à travers notamment l’usage de la kora –, le folk des sixties, le rock indépendant et la chanson. “Luxe” représente l’aboutissement de cette démarche, même si on ne doute pas que Yann Tambour saura dans l’avenir explorer de nouveaux territoires.

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