1999-2016, on refait le “Puzzle” : Eric Matthews (2/2)

16/02/2016, par | Autre chose |
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Après Xavier Boyer, c'est au tour de l'Américain Eric Matthews de nous raconter son souvenir des sessions de “Puzzle”, le premier album de Tahiti 80 réédité ces jours-ci, sur lequel il jouait les cuivres.

Eric Matthews 

Eric Matthews :

« Tahiti 80 représente un moment important de ma vie professionnelle. En 1999, je venais d’être délivré de mon contrat avec Sub Pop. J’enregistrais mon troisième album, ou du moins ce que je pensais être mon troisième album, mais j’avais perdu ce contrat. J’avais donc un disque, mais aucun moyen de le sortir. J’avais commencé à proposer mes chansons à gauche et à droite, mais dans l’immédiat rien ne venait. Je commençais donc à me tourner vers des activités de producteur et de musicien de sessions. J’ai ainsi joué de la trompette sur deux morceaux de l’album “Thirteen Tales from Urban Bohemia” des Dandy Warhols. Je l’ai fait pour d’autres artistes américains, mais je ressentais le besoin de travailler à une échelle plus internationale.
J’ai reçu un appel inattendu d’Andy Chase. Nous ne nous étions jamais rencontrés, mais c’était un fan de longue date de mes disques, depuis l’album de Cardinal [enregistré avec Richard Davies et sorti en 1994, ndlr]. Il avait eu mon numéro par un ami commun. Il m’a dit qu’il produisait un nouveau groupe français et qu’il cherchait quelqu’un pour les parties de cuivres. Ils en avaient parlé entre eux en studio, et ils avaient commencé à évoquer mes disques, notamment ma chanson “Fanfare”. Ils s’étaient finalement aperçus que c’était une référence commune pour eux.

Xavier [Boyer] et les gars étaient encore jeunes, un peu plus de la vingtaine pour la plupart [Eric Matthews avait trente ans à l’époque, ndlr], et l’un d’eux a dit : « Alors, essayons de voir si l’on peut avoir Eric Matthews. » C’est charmant, un tel optimisme ! Bref.
Andy et moi avons discuté, et il était vraiment convaincu que le groupe étant en train de réaliser un grand disque. Je ne savais pas vraiment qui était Andy, n’avais jamais écouté son groupe Ivy, donc c’était difficile pour moi de juger de sa crédibilité. Je lui ait dit que j’allais écouter les morceaux. Dans la nuit, il m’a copié sur une cassette ce qu’ils avaient déjà enregistré et me l’a envoyée. J’étais sceptique et n’en attendais pas grand-chose, en fait je n’attends jamais grand-chose. Dans l’ensemble, je ne suis pas un fan de musique, de groupes, ou de quoi que ce soit. J’ai dû acheter quinze disques ces vingt dernières années, et ma ligne générale, c’est plutôt « Tout est naze ».
Eh bien, pas cette fois-ci. J’ai enclenché la cassette et j’ai été immédiatement soufflé par la qualité des chansons, le jeu des musiciens, et la voix de Xavier. Personne ne sonne comme lui. Le seul groupe auquel je pourrais vaguement les comparer, c’est Zumpano, des Canadiens qui restent l’un de mes groupes préférés après les années 80 [son chanteur et guitariste Carl Newman formera ensuite les New Pornographers, ndlr]. Je trouvais là aussi des éléments des années 60, un son de cette époque dans les chansons sur lesquelles Andy et les garçons étaient en train de travailler. A la première écoute, j’avais déjà des idées d’arrangements. J’ai tout de suite rappelé Andy et lui ai dit que j’adorerais travailler sur le disque. Deux jours plus tard, j’étais à l’aéroport de Portland, attendant d’embarquer pour New York.

Ce fut une session merveilleuse, de deux ou trois jours. J’ai finalement collaboré sur quatre ou cinq chansons, et le processus était toujours identique. Il m’envoyaient en cabine, je mettais le casque, et je commençais à jouer des mélodies. C’était vraiment à l’instinct. De temps en temps, Andy ou Xavier faisaient une petite suggestion, mais dans l’ensemble, les parties de cuivres que vous entendez sur l’album correspondent aux premières idées que j’ai eues. Je n’ai rien écrit sur partition, j’enregistrais juste une piste, je la doublais, faisais les harmonies, ajoutais des octaves – tout ce que j’avais dans la tête arrivait directement sur bande. On mettait environ une heure pour terminer un morceau, c’était rapide, plaisant et beau.
Je me suis bien entendu avec les gars, leurs accents français, leurs cigarettes qui font rire et leurs bonnes choses à grignoter. Ça a été un album très agréable à faire et ce fut le début d’un partenariat musical qui a duré des années. J’ai travaillé sur leur album suivant [“Wallpaper for the Soul”, 2002], j’étais même davantage impliqué, j’ai joué du piano, de la guitare, des cuivres, et j’ai chanté un duo avec Xavier, “Open Book”, une grande chanson. Les Tahiti 80 ont même fini par travailler avec Tony Lash, qui est mon partenaire de longue date pour la production et le mixage. Ils étaient venus à Portland pour mixer cet album. J’ai ensuite travaillé avec Xavier sur son album solo [“Tutu to Tango”, sorti en 2007 sous l’anagramme d’Axe Riverboy], et les membres du groupe sont devenus de véritables amis, et des gens sur qui je peux compter. J’ai ainsi pu les recruter pour un album hommage aux Bee Gees auquel mon groupe SheLoom participait également. Xavier et Pedro ont réalisé des remix pour ce projet. Donc toute cette histoire continue. J’espère simplement avoir de nouveau l’occasion de travailler de nouveau avec Tahiti 80.

C’est assez incroyable de se dire que “Puzzle” a 15 ans. Comme le temps passe… En tout cas, c’est un disque qui mérite qu’on lui rende hommage, car il a passé l’épreuve de ce temps – à la fois court et long. Les chansons, et les enregistrements de ces chansons, sonnent aussi frais, jeunes et joyeux qu’alors. Andy Chase est un grand producteur, qui a apporté quelque chose d’épique à l’album. Juste ce qu’il fallait : une patte vintage, la chaleur de l’analogique, mais en rehaussant l’ensemble par des touches de production contemporaines qui donnent aux chansons un côté moderne. Cet album souffle un air frais, il est aéré, il sonne comme l’air, même. Le vent dans la voix de Xavier et celui des cuivres dont j’ai joué, tout cela fonctionne et se marie parfaitement.
Le succès de “Puzzle” en 2000 a ramené mon nom dans les manchettes de la presse internationale. De force, je me suis rappelé au bon souvenir des fans japonais [l’album avait cartonné là-bas, ndlr], et j’ai commencé à avoir plus de proposition comme musicien de sessions. “Puzzle” et le reste de mon travail avec Tahiti 80 et avec Andy Chase m’ont apporté de belles opportunités comme musicien et producteur avant que je ne passe à la phase suivante de ma carrière solo. Je dois donc à “Puzzle” des remerciements, une poignée de main en bonne et due forme, et un hug. Merci, les gars. »

Traduction : Vincent Arquillière.

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