1999-2016, on refait le “Puzzle” : Xavier Boyer (1/2)

15/02/2016, par | Autre chose |
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 Xavier Boyer

C'est un disque qui n'a pas vraiment atteint des records de vente en France (il a en revanche lancé le groupe au Japon), mais pour certains d'entre nous, “Puzzle”, le premier album de Tahiti 80, fit l'effet à sa sortie d'une grande bouffée d'air frais. Fin 1999, alors que le pays ne s'était pas encore remis du succès de Louise Attaque (signés sur le même label, Atmosphériques), ces quatre potes rouennais prouvaient qu'on pouvait y faire de la pop chantée en anglais sans se contenter de copier en moins bien les maîtres du genre.
“Made First (Never Forget)”, “Isaac”, le plus electro “Revolution 80”, le petit tube “Heartbeat” ou “A Love from Outer Space” (reprise d'un morceau d'AR Kane ajoutée sur le pressage français) : le disque regorge de pépites aux mélodies mémorables et aux arrangements subtils. A l'évidence, les Tahiti 80 avaient parfaitement assimilé l'héritage des sixties et le meilleur de l'indie pop, et trouvé en Andy Chase (du groupe franco-américain Ivy) un producteur sur la même longueur d'onde. Une formule déjà bien en place, qui allait se développer et s'affiner sur les disques suivants, de “Wallpaper for the Soul” (2002) à “Ballroom” (2014).
Seize ans après ce coup d'éclat, “Puzzle” ressort dans un beau pressage vinyle sur Human Sounds, le label du groupe, avec un 45-tours bonus et même un délectable vrai-faux fanzine de 16 pages (ce qui me fait d'autant plus plaisir qu'un membre de Tahiti 80 m'avait contacté à la sortie du EP “20 Minutes” – ce devait être à l'été 1996 – parce qu'il avait justement trouvé mon fanzine d'alors à la boutique Rough Trade, à Paris…). Le groupe fêtera ça avec un concert au Badaboum, à Paris, le 18 février. L'occasion rêvée pour demander à deux des protagonistes de nous raconter leurs souvenirs de cette aventure : aujourd'hui, Xavier Boyer, chanteur et guitariste du groupe, et demain, l'Américain Eric Matthews, qui jouait les parties de cuivres sur ce disque enregistré à New York.

Xavier Boyer :

« “Puzzle”, c’est un titre d’album, et d’une chanson, qu’on avait avant d’aller à New York. Ça résumait bien la teneur du disque : des chansons écrites sur plusieurs années, en mode pop mais avec des arrangements variés. D’ailleurs on devait avoir quarante morceaux à l’époque, le plus ancien était “Mr Davies” et le plus récent “Yellow Butterfly”, qui a fini en tête de tracklisting.
En octobre 1998, Pedro, Médéric, Sylvain et moi sommes partis aux USA avec des cahiers de chansons, quelques instruments et autres bandes magnétiques pour retrouver Andy Chase dans son studio “The Place” situé dans le Meatpacking District à Manhattan - qui deviendra “Stratosphere” entre l’enregistrement et la sortie de Puzzle.
Difficile d’éviter les clichés du dépaysement… Je venais de "monter" à Paris juste avant la signature avec Atmosphériques en septembre 98, mais bon, NYC ça fait quand même quelque chose quand on s’y rend pour la première fois, en plus pour y enregistrer un album. Un dimanche où l’on avait le mal du pays, on a voulu fêter le début des sessions dans un dinner qui avait un menu champagne : arrivent des gobelets en plastique avec une sorte de mousseux et des glaçons dedans, les serveurs qui nous prenaient pour des Québécois n’ont pas compris pourquoi on n’avait pas fini…

C’était génial d’enregistrer ce disque avec Andy, on a tout appris avec lui, c’était à l’ancienne : on travaillait sur un magnéto à bandes 24 pistes (on était aux débuts de ProTools), ça demande une certaine rigueur. D’ailleurs, faire un disque, c’est très méthodique, on couche d’abord les batteries et les basses, puis les guitares ou claviers principaux, ensuite les voix, ce n’est que vers la fin des sessions qu’on commence à expérimenter. L’atmosphère était détendue même si on bossait beaucoup et qu’on apprenait à se connaître avec Andy. Au studio, on avait parfois la visite d’Adam Schlesinger (son collègue au sein du groupe Ivy), on a emprunté des guitares à Lloyd Cole… Pour les cuivres, Andy a rapidement pensé à Eric Matthews qu’on connaissait à travers Cardinal et un papier dans les inrocks qui l’avait présenté comme un homme orchestre : une rencontre brève mais inoubliable. En tant que fans de pop, on se retrouvait à vivre quelques-uns de nos fantasmes.

Pour le mix, notre label a contacté Tore Johansson, un des seuls noms sur lequel tout le monde était d’accord. On s’est tous retrouvés, groupe + Andy + D.A. en février 99 à Malmö dans son studio Country Hell (nom d’un morceau des Cardigans et aussi parce que le studio se trouvait en rase campagne). Pour le coup, on devenait spectateur, on entendait notre disque changer avec la touche Tore, le son devenait plus agressif, et les chansons épurées. Quand il a fini de mixer “Heartbeat”, il s’est levé et a esquissé quelques pas de danse à la John Travolta, ce qui est un peu fou car Tore n’était pas très expansif. Quinze jours plus tard le disque était fini, et on rencontrait Laurent Fétis pour la pochette. On a d’abord sorti “I.S.A.A.C EP”, et quelques semaines après la chanteuse japonaise Kahimi Karie qui sortait d’une collaboration avec Olivia Tremor Control nous demandait de lui écrire et de produire deux titres… Un avant-goût du Japon. “Puzzle” est sorti en France fin 99, puis en 2000 pour le reste du monde.
Rétrospectivement, on a eu la chance d’avoir du temps entre la formation du groupe et la sortie du premier disque, on a pu travailler nos chansons et notre son tranquillement. Après la parution de “Puzzle”, tout est allé très vite, jusqu’à aujourd’hui en fait… On ne va pas se mentir, ça fait quand même quelque chose de rééditer son premier album ! »

A lire également, une interview de Xavier Boyer (2011).

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