2007 : le bilan

20/01/2008, par | Bilans annuels |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Ils sont apparus ou se sont révélés en 2007. On les suivra de près en 2008.

Elvis Perkins

Elvis Perkins

Révélation majeure de l'année (sur disque et sur scène), le fils de l'on sait trop bien qui a su désormais se faire un prénom. Mêlant adroitement les ingrédients d'un folk acoustique de bon aloi à des épices voyageuses (violon tzigane, fanfare, scie musicale), Elvis Perkins leur ajoute les vertus d'une voix assez exceptionnelle : entre storytelling et gouaille amusée, souple dans les graves et nonchalante, elle se balade là où tous les baladins du monde se donnent en ce moment rendez-vous, sur des chemins imaginaires reliant l'Amérique des pionniers à l'Europe de l'Est, là où l'on peut croiser aussi bien Zach Condon (Beirut) que les allumés du Ralfe Band. A noter, pour l'anecdote, qu'Elvis a copiné avec Gaëtan Roussel, chanteur de Louise Attaque, qui l'a accompagné sur deux morceaux lors de son concert au Festival des Inrocks en novembre.

Lire la chronique d'"Ash Wednesday"
Lire l'interview d'août

Klima

Angèle David-Guillou - Klima

2007 aura été l'année de la sortie du premier LP, si longtemps attendu, d'Angèle David-Guillou, aka Klima. Certes, on l'appréciait volontiers chez Ginger Ale ou, mieux encore, sur les disques de Piano Magic (elle a encore illuminé de son beau timbre quelques titres du majestueux "Part-Monster"), mais on la savait, à travers des titres connus sur des compilations ou d'obscurs split-singles, en possession d'un univers particulièrement riche, pris dans une mélancolie électro que ne déparent pas les parties de guitare. Le premier disque n'aura pas déçu, dévoilant par petites touches, strates diversement arrangées, ambiances vaporeuses ou précises, les méandres d'une psyché complexe, et d'un talent musical protéiforme. Et "Lady of the Lake" peut prétendre sans problème au top des titres les plus envoûtants de l'année.

Lire la chronique de "Klima"

The Wombats

Tout commence par un single au titre vraiment trop malin pour être honnête, "Let's Dance to Joy Division". Deux ou trois écoutes suffisent pourtant à balayer tout soupçon de récupération opportuniste et à nous coller la chanson au cerveau comme un caramel mou aux plombages. Avec sa mélodie imparable, son chant entraînant, ses arrangements simples mais judicieux (harmonies vocales, discrets gimmicks électroniques, chœur d'enfants…), le morceau s'avère parfait pour commencer du bon pied un jour de grève et/ou de crève. Le miracle se reproduit en presque aussi bien sur l'album subséquent, "Guide to Love, Loss & Desperation", paru en novembre, où la puissance brute du power trio (lignée The Jam ou Supergrass) est mise au service de chansons sans doute pas révolutionnaires, mais toujours bien tournées - The Wombats ne viennent pas de Liverpool pour rien. Avec leurs "songs about girls" ("Tales of Girls, Boys and Marsupials", "Little Miss Pipedream", "Patricia the Stripper", "Party in the Forest (Where's Laura ?)") et leur énergie juvénile toujours bon esprit, ces garçons pourraient bien être les Undertones des années 2000 - et 2010, espérons-le. Chouette.

Lire la chronique de "Proudly Presents... A Guide to Love, Loss and Desperation"

Patrick Watson

Patrick Watson

Le Canadien Patrick Watson et son groupe ont livré avec "Close to Paradise" un deuxième effort magistral. Son folk aérien et soyeux renvoie assez nettement à Jeff Buckley, mais loin de n'être qu'un pâle imitateur de plus, le Canadien nous emmène pour un voyage au travers des paysages immenses de son pays. On passe d'un désert invitant à la contemplation ("Daydreamer") aux lacs à perte de vue ("Man under the Sea","The Great Escape"), envoûtés par une voix fragile, toujours à la limite de la cassure et un groupe impeccable, qui laisse à l'auditeur la place pour pénétrer cet univers où l'on se sent bien, mal, triste, heureux. Le songwriting de Patrick Watson est une invitation à la rêverie, tant on sent le Canadien marqué par les grands espaces. Il en ressort des chansons de paysages comme "Drifters", portée par un piano galopant, qui défilent entre les mots et les sons de cet album délicat. Il reste à souhaiter au Canadien de conquérir le public européen (vu l'accueil lors de ses récents concerts, c'est en bonne voie), mais ce "Close to Paradise" en remuera plus d'un, et devrait encore affirmer la place grandissante du Canada sur la scène musicale.

Lire la chronique de "Close to Paradise"

Land of Talk

Sorti en catimini à l'automne, avec un concert parisien "low profile" (minuit passé au Baron, ouaaiiiis…) dans la foulée, le premier album des Montréalais de Land of Talk, "Applause Cheer Boo Hiss", est pourtant l'un des disques les plus jouissifs de l'année. D'Arcade Fire à Broken Social Scene, on s'était habitué ces dernières années à voir débouler les groupes canadiens en grande formation, avec au minimum trois guitares et une section de cuivres. Rien de tout cela chez Land of Talk, qui se contente du bon vieux trio guitare-basse-batterie. Comme Dinosaur Jr ou PJ Harvey à ses débuts, possibles (mais réducteurs) points de référence – on peut aussi penser à Sonic Youth (pour les attaques de guitare), leurs compatriotes de Metric, les Yeah Yeah Yeahs, Madder Rose, Bettie Serveert, voire Cat Power… Le producteur Jace Lasek (The Besnard Lakes) a su conserver le côté brut et l'impressionnante dynamique du groupe, mené par la charismatique chanteuse et guitariste Elizabeth Powell (Lasek et Powell ont par ailleurs participé à l'album de Patrick Watson, évoqué juste au-dessus, dans un genre assez différent). Accrocheuses même quand elles ne se conforment pas à l'alternance couplet/refrain, énergiques et subtiles à la fois, leurs chansons sont parmi les plus excitantes que l'on ait entendues ces derniers temps. Difficiles de se les sortir de la tête après quelques écoutes.

St. Vincent

St Vincent

Aussi charmante que talentueuse, l'Américaine Annie Clark, alias St. Vincent, 25 ans, a collaboré avec The Polyphonic Spree et Sufjan Stevens avant de faire paraître à l'automne dernier son premier album, "Marry Me". Un disque qui impressionne par sa grande ambition et sa façon de mêler une multitude d'influences sans que celles-ci soient immédiatement identifiables. Sur scène, seule (à la Flèche d'or) ou en groupe (au Point éphémère, à la même affiche que Clare and the Reasons et Windmill), la jolie brune au teint d'albâtre fait preuve d'un beau tempérament, qu'elle se lance dans un solo destructuré à la Zappa ou qu'elle reprenne dans le plus simple appareil Nico via Jackson Browne ("These Days"). On rêve pour elle d'un futur à la Joni Mitchell (avec un peu moins de complications sentimentales) ou à la Kate Bush (avec un peu moins de sons de synthé).

Lire la chronique de "Marry Me"
Lire le blind test

Alela Diane

Alela Diane

Entendue pour la première fois sur la compilation de Fargo "Even Cowgirls Get the Blues", son titre "Pirate's Gospel" n'en finit de nous faire dresser les poils. Alela Diane, californienne de 23 ans, a commis le hold-up des cœurs de cette fin d'année 2007 avec pour toutes armes une voix poignante et un bouquet de folksongs à la simplicité biblique. Dans la digne veine de la Carter Family et de Karen Dalton, son disque a tout du petit classique intemporel à mettre sous le sapin de Noël ! Quant à son concert - complet - à l'Européen en décembre, lors duquel on a découvert quelques nouveaux morceaux extrêmement prometteurs, il restera comme l'un des moments de pure magie de cette année scénique. Alela sera de retour pour une tournée française en mars : ne la ratez pas !

Lire la chronique de "Pirate's Gospel"
Lire l'interview de décembre
La chronique de "Even Cowgirls Get the Blues"

Someone Still Loves You Boris Yelstsin

Someone Still Loves You Boris Yeltsin (déjà surnommé SSLYBY, mais ils l'ont bien cherché) est, selon leur site, "le meilleur groupe de Weller Street à Springfield, Missouri". Ah. Notez qu'à quelques détails près, la connaissance des deux premiers par exemple, cela pourrait être vrai. La découverte de leur album "Broom", dix chansons emballées dans un écrin de pop cristalline à guitares, piano et chœurs entortillés, laisse penser, en tout cas, qu'ils se posent aussi en suiveurs du meilleur groupe pop chantilly en courant après la formule miracle de The Shins. Les ruptures casse-cou, les parties vocales acrobatiques, l'effet immédiat de sunshine pop plaident en ce sens. A écouter les ponts accélérés ou ralentis de "House Fire" , les rythmiques guitares – hand claps de "Yr Broom" , à savourer les dialogues parfois grêles et pas très stables entre soliste et chœur sur la plupart des titres, on se plaît à rêver que ce préambule de trente minutes (court mais élégant) puisse produire une jolie carrière.

Lire la chronique de "Broom"

The Fleets

Face au revival rock de la scène parisienne, il serait presque de bon ton de se ranger derrière l'étendard d'un groupe. Aux Plastiscines, Stuck in Sound et autre BB Brunes, POPnews préfère la pop enlevée et anglophile de The Fleets. Ce quatuor qui ne manque ni d'idées, ni de verve est parvenu avec son deuxième LP autoproduit "Millionaire" à une écriture qui fourmille de mélodies et de trouvailles renvoyant les apprentis rockeurs de la capitale à leurs propres limites musicales. Une bonne claque, un bain de jouvence, un rafraîchissement, appelez ça comme vous voulez. Souhaitons qu'en 2008, The Fleets, encore inconnu au bataillon, s'offre un décollage à la Hey Hey My My !

Lire la chronique de "Millionaire"
Lire le track by track de l'album

Thee, Stranded Horse

Yann Encre - Thee, Stranded Horse

Après des années à officier tantôt seul, tantôt en groupe sous l'étiquette d'Encre, Yann Tambour a troqué sa guitare électrique pour une kora africaine. Celle-ci lui a inspiré de très belles ballades acoustiques aux teintes cristallines, chantées le plus souvent en anglais. Un projet personnel et méditatif qui délaisse les climats sombres d'Encre dans lesquels son auteur s'était un peu trop enfoncé. En se réinventant en griot blanc, Yann Tambour retrouve souffle et inspiration !

La chronique de "Churning Strides"
Lire l'interview d'avril

Kate Nash

Clone de Lily Allen ou nouveau joyau made in Britain ? Kate Nash agace ou enchante. L'intéressée s'en moque et semble vivre son conte de fée musical avec l'insolence de ses vingt ans. Il faut dire que la Lolita gouailleuse à plus d'un tour dans son sac. Avec son accent mockney inimitable, ses bavardages de peste et ses mélodies acidulées, la jeune Anglaise incarne à la perfection (jusqu'à la caricature ?) la formule "pop anglaise" du moment. En comparaison, le retour en grande pompe (à fric) des Spice Girls ressemble à un horrible soufflé (déjà retombé).

Lire la chronique de "Made of Bricks"

Guillaume Eluerd

Né à Versailles en 1970, Guillaume Eluerd a d'abord enregistré de la musique électronique sous le pseudonyme de Nimp, avant de prendre un virage à 180 degrés. "The Year of the Dog", premier album sorti sous son nom, donne dans un folk dépouillé qui évoque José Gonzalez, Piers Faccini ou Gravenhurst. Une écriture mature et d'une grande finesse pour un disque à la fois grave et lumineux, où l'espoir est toujours présent au bout du tunnel.

Lire le track by track de "The Year of the Dog"

Photos par Cécile [site], Guillaume [site] et Julien [site]

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog