Quelques concerts qui nous ont transportés
cette année.
Tortoise + The Ex, Maison des arts, Créteil,
16 février
Sur le papier, le mariage n'allait pas forcément
de soi. D'un côté, les Bataves de The Ex,
anarcho-punks curieux de musiques d'ailleurs (Ethiopie,
notamment), menant depuis la fin des années 70
une carrière d'une rectitude admirable. De l'autre,
les Chicagoans de Tortoise, qui après avoir révolutionné
le rock au milieu des années 90, s'étaient
fait un peu oublier. Au final, on aura vu ce soir-là
trois concerts époustouflants : un de The Ex, intense,
percutant, sans concessions ; un de Tortoise, virtuose,
audacieux, parfaitement maîtrisé ; et un
dernier rassemblant les deux groupes et tous ces qualificatifs,
qui aura fait reculer encore davantage les limites des
musiques amplifiées. (VA)
Meeting People is Easy, le Divan du Monde, Paris,
17 mars
Franchement, avec le recul, cette affiche était
exceptionnelle ; pas de grands noms, bien sûr, mais
tout de même : une introduction avec Encre à
la kora, Thee Stranded Horse, l'un des meilleurs disques
made in France de l'année et une superbe invitation
au voyage. Ensuite monte sur scène Dale Grundle,
alors seul membre de son projet The Sleeping Years ; l'homme
n'a pas chanté sur scène depuis des lustres,
mais le miracle est bien là : les chansons sont
magnifiques, la voix toujours aussi chancelante. A tel
point qu'on aura suivi la plupart des ses apparitions
parisiennes (dont un autre concert mémorable de
subtilité au 1bis à Ivry où il était
accompagné de Michelle, sa contrebassiste). Et,
en guise de clôture, c'était un bonheur de
se laisser porter par les vagues de l'Adriatique que nous
concoctaient, derrière leurs machines, les trois
membres du groupe electro italien Port-Royal (encore une
fois, un des meilleurs albums de l'année dans sa
catégorie). (ChD)
Lire l'article
du blog
Bonnie "Prince" Billy, le Trianon,
Paris, 19 mars
Particulièrement rare sur nos terres, Will Oldham
n'aura eu aucun mal à remplir le Trianon en cette
fin d'hiver. D'abord seul, ensuite accompagné par
une violoniste, puis par le guitariste un peu ours et
white trash qui assurait sa première partie (Sir
Richard Bishop), le barbu de Louisville donna pendant
une heure et demie un récital piochant dans sa
pléthorique discographie et ses nombreux pseudonymes,
entre petits classiques ("I See a Darkness",
"Horses", sublimes) et perles méconnues,
plus une poignée de reprises. Le tout sans que
la monotonie ne pointe jamais le bout de son nez. Ce soir-là,
malgré une technique instrumentale quelque peu
limitée (ce dont il s'excusera d'ailleurs), Bonnie
"Prince" Billy fut à la fois bouleversant
et drôle, l'artiste nous faisant découvrir
entre les morceaux un humour pince-sans-rire qu'on ne
lui connaissait pas.
(VA)
Lire la chronique de "The
Letting Go"
Joanna Newsom, la Cigale, Paris, 16 avril
Malgré tout le bien qu'on pouvait penser de ses
disques ("The Milk-Eyed Mender" et l'ambitieux
"Ys"), il était impossible de prévoir
le succès d'un tel concert.
La luxuriance orchestrale de "Ys" allait-elle
passer la rampe ? Le charme acidulé de la voix
capricieuse de Joanna Newsom saurait-il provoquer plus
qu'une émotion attendrie ? Les sceptiques ont pu
s'en convaincre eux-mêmes : voix impériale
et imprévisible, grande tenue de scène du
quatuor, le "Ys Street Band" formé pour
l'occasion (harpe, violon, caisses claires, mandoline),
grâce absolue de la présence de la musicienne,
chaleureusement applaudie après chaque morceau
de bravoure. Et pour ne pas laisser douter de l'avenir,
une magistrale version du rare "Colleen", présent
sur un récent EP. Une artiste a rencontré
son public. (DL)
Low, Black session, Maison de la Radio, 23 avril
En introduction à cette Black session, sans doute
l'une des meilleures de l'année, Bernard Lenoir
a très justement présenté Low comme
un groupe qui ne triche pas : la violence cathartique
de certains morceaux, notamment ceux du dernier album
(pourtant assez loin du hardcore ou du metal), m'a presque
mis mal à l'aise. Un peu comme Godspeed, mais en
plus désespéré et oppressant encore.
Comment ne pas avoir la chair de poule quand Alan, après
un long solo de guitare à faire grincer les dents
de Ian Curtis, retourne derrière le micro et chante
"All the babies… are gonna die" ? Même
si la sérénité n'est pas absente
de leurs chansons, notamment quand Alan et Mimi unissent
leur voix (le bassiste les rejoint parfois), et si le
couple fait même preuve parfois d'un humour pince-sans-rire,
l'impression qui prévaut est celle d'une violence
sourde, tout entière contenue dans le titre du
dernier album, "Drums and Guns".
(VA)
Lire la chronique de "Drums
and Guns"
Of Montreal, l'Ubu, Rennes, 23 mai

Le concert de l'année ! Le genre de moments incroyables
où l'on se dit quand ils se terminent : "quelle
chance j'ai eu d'y être..."
Dans un show totalement barré, Kevin Barnes et
sa clique d'allumés en font voir de toutes les
couleurs à l'audience réduite (mais ô
combien chanceuse ! ) de la petite salle rennaise. Intimidé,
l'auditoire n'ose pas approcher de trop près l'arène
des fauves. Qu'à cela ne tienne, si tu ne viens
pas à Kevin Barnes, Kevin Barnes viendra à
toi... Voilà le chanteur en combinaison-bas résilles
qui descend dans la fausse tout en continuant sa chanson...
Au passage, il embrasse quelques nénettes effarouchées...
Remonte sur scène pour la suite de cette performance
hors pair. Deux heures et demie de délire total.
On ne sait plus où donner de la tête... ni
des oreilles... L'Ubu grouille de curiosités en
tout genre : vidéos psychédéliques
à rendre fou un psy projetées sur les murs,
déguisements farfelus (un ange, un Russe, un androgyne,
une lapine et le maître de cérémonie,
Mr Barnes en kimono, bas résilles et bottes de
sept lieues bleues), sans compter les multiples petits
actes individuels et givrés (chant du haut d'un
escabeau et j'en passe) et la musique qui part dans tous
les sens. Au royaume des fous, les Of Montreal sont rois.
On ne rêve alors que d'une chose : faire partie
de leurs sujets...
(MG)
Lire la chronique de "Hissing
Fauna, Are You the Destroyer?"
CocoRosie, Art Rock, Saint-Brieuc, 27 mai, Garden
Nef Party à Angoulême, 21 juillet, le Diapason,
Rennes, 26 septembre

Pas vraiment taillée pour les stades, la musique
enfantine des soeurs CocoRosie passe pourtant bien en
festival. Bien sûr, on préfère savourer
cet instant féérique, seuls avec elles dans
la petite salle confinée du Diapason où
elles ont installé une table avec deux tasses à
thé et une théière... Il n'empêche
: une prestation de CocoRosie, qu'elle se passe devant
500 ou 10 000 spectateurs, c'est toujours magique. La
complicité entre les frangines est palpable et
est pour beaucoup dans le charme qu'elles développent.
Leur univers onirique et infantile prenant des allures
différentes à chaque spectacle (nouveaux
costumes, nouveaux décors, nouvelles vidéos,
nouvelles setlists), on ne s'ennuie jamais avec ces musiciennes
du jouet restées bloquées en enfance. Un
enchantement !
(MG)
Lire la chronique de "The
Adventures of Ghosthorse and Stillborn"
Durutti Column, festival Primavera, Barcelone,
2 juin
Loin de l'image d'autiste neurasthénique qu'il
se trimballe depuis près de trente ans, Viny Reilly
est un type qui prend son pied sur scène. Enfin,
peut-être pas autant que Bruce Mitchell, son fabuleux
et fidèle batteur. Un bassiste et, sur les derniers
morceaux, une chanteuse métisse complétaient
le line-up, qui nous offrit sous le soleil de Barcelone
une heure de musique d'une beauté forcément
rare.
(VA)
Lire la chronique du concert
du 3 septembre 2005 au Forum Des Images
Steely Dan, Grand Rex, Paris, 10 juillet
Le prix élevé des places pour ce concert
de Steely Dan pouvait se justifier par le caractère
événementiel de leur passage (ce groupe
qui ne fut longtemps qu'une entité de studio avait-il
même déjà joué en France ?),
le nombre important de musiciens et de choristes présents
sur scène, et leur exceptionnel niveau de jeu.
C'est clair, on était venu là pour écouter
de la musique, pas pour discuter avec son voisin (qu'on
ne connaissait pas, d'ailleurs) en sirotant une bière
tiède. Et on a été servi : un son
parfait, pas une note de travers, des solos aux petits
oignons. Evidemment, Steely Dan est un groupe de pervers
pour pervers, cachant derrière un son poli à
l'excès des abîmes de noirceur. Mais aussi
des émotions vraies au détour d’un
changement d’accord subtil, et c'est bien ce qu'on
était venu chercher, loin d'une démonstration
stérile de virtuosité jazz-rock pour démonstrateurs
de chaînes hi-fi, à laquelle certains sourds
aimeraient encore réduire la paire Becker-Fagen.
Le fabuleux "My Old School", en finale d'un
concert qu'on aurait évidemment voulu deux fois
plus long, nous restera ainsi dans la tête pendant
plusieurs jours.
(VA)
Björk, Rock en Seine, Saint-Cloud, 26 août
Grande revanche scénique de l'Islandaise, après
la sortie de "Volta", album plus ou moins chaleureusement
accueilli. Attendue en star de clôture de Rock en
Seine, elle n'aura pas déçu. Derrière
les oripeaux visuels (oriflammes animalières, jeu
de runes, lasers, robe impossible), une majesté
vocale intacte, une énergie dévastatrice
(les morceaux sont enchaînés sans que la
voix ne fléchisse), une capacité à
faire alterner gigues disco et ballades prises dans le
givre (un majestueux "Pagan Poetry") qui laissent
franchement pantois. Faisant basculer progressivement
son univers du poético-onirique à la transe
punkoïde ("Raise your flag...higher...higher"),
elle assume parfaitement la versatilité de son
inspiration et renoue avec les tendances les plus "techno
Castafiore" de son répertoire, ce qui est
redevenu un splendide compliment.
(DL)
Lire la chronique de "Volta"
Bertrand Belin, JP Nataf et Bastien Lallemant,
festival Le Festin, au Saint-Patrick, Bleury (Yonne),
1er septembre
Première édition d'un festival campagnard
avec un banquet digne d’Astérix (mais avec
des bardes sans bâillon) et une triple affiche (au
Saint-Patrick, un café-concert convivial à
Bleury) réunissant Bertrand Belin, l’ex-Innocents
JP Nataf et Bastien Lallemant. Représentant ce
que la chanson d’ici peut offrir de plus subtil
et enthousiasmant, les trois artistes se connaissent,
s’apprécient et jouent parfois ensemble.
Ce fut le cas ce soir-là : après trois sets
individuels, ils interprétèrent en trio
(plus un batteur équipé de casseroles et
marmites !) quelques chansons de leurs répertoires
respectifs. L'une des soirées les plus conviviales
et chaleureuses de cette année.
(VA)
Yo La Tengo, le Trabendo, Paris, 11 septembre
Deux heures : il fallait au moins ça pour donner
une juste idée de l'oeuvre de Yo La Tengo, l'une
des plus profuses, variées et aventureuses de l'indie-rock
américain de ces vingt dernières années.
Ce soir-là, au Trabendo, on aura donc entendu aussi
bien des ballades dignes des Kinks que des dérives
électrocutées sorties de la cuisse du Velvet,
des covers de rock garage que du slam mutant faisant se
rencontrer Sun Ra et les Last Poets. Goût du risque,
passion intacte, humilité, humour pince-sans-rire
("il paraît que votre nouveau président
est ami avec le nôtre, j'espère que ce n'est
pas vrai") et respect du public (des fans de longue
date, pour l'essentiel) : les ingrédients d'un
concert réussi, pour ne pas dire unique - le trio
d'Hoboken est de toute façon connu pour ne jamais
jouer les mêmes morceaux d'un soir à l'autre.
(VA)
Lire la chronique de "I
Am Not Afraid of You And I Will Beat Your Ass"
Arcade Fire, Garden Nef Party à Angoulême,
21 juillet
La réputation sur disque d'Arcade Fire étant
à mes yeux un peu surfaite, c'est avec beaucoup
d'interrogations que j'appréhende leur prestation
scénique. C'est avec de nombreuses réticences
que je vois s'installer toute une panoplie de pupitres
et enseignes lumineuses à l'effigie de leur "Neon
Bible". Mais dès les premières notes,
toute crainte est dissipée. Le dispositif scénique
est à la hauteur de l'évènement.
La troupe canadienne n'a pas son pareil pour distiller
une joyeuse ivresse musicale. La quinzaine de musiciens
présents sur scène festoie dans un joyeux
bordel. Les instruments tournent. Les images captées
en temps réel diffusées sur l'écran
géant couvrant le fond de scène permettent
d'apprécier pleinement la performance de Régine
Chassagne à la batterie qui fait passer Meg White
pour une enfant de choeur ! S'il y a un endroit ou le
feu prend avec Arcade Fire c'est bien sur scène.
Arcade Fire, il faut les voir pour le croire... (M. G.)
Lire la chronique de "Funeral"
Lire l'interview de
2005
LCD Soundsystem, Garden Nef Party à Angoulême,
21 juillet, et Route du rock à Saint-Malo, 17 août
Au Garden Nef Party festival d'Angoulême, en juillet,
LCD Soundsystem avait livré en clôture un
concert d'une puissance phénoménale. Programmés
encore plus tard à la Route du rock (ils sont arrivés
sur scène à 2 h 30 passées), le débonnaire
James Murphy et ses acolytes ont réussi à
faire aussi bien, faisant danser comme des possédés
des festivaliers pourtant éreintés (dont
l'auteur de ces lignes). LCD sur scène en 2007,
c'est peut-être la fusion la plus aboutie (et la
plus intelligente) entre l'énergie du rock et celle
de l'electro qui tabasse. De loin le meilleur son de tout
le festival (que Murphy est même allé vérifier
dans le car-régie de Radio France !), pour un set
conçu comme un mix techno, avec des montées
auxquelles il est impossible de résister. Le génie
de ce groupe, c'est de se reposer autant sur les machines
que sur l'huile de coude et la présence humaine.
De ce point de vue, James Murphy, malgré un jeu
de scène réduit à l'essentiel, est
sans doute l'un des plus grands performers actuels. Combien
de producteurs peuvent en dire autant ?
(VA)
Sonic Youth, festival Primavera, 2 juin, Route
du rock, 17 août, festival de jazz de la Villette,
Paris, 29 août

Pas d'album en 2007 pour Sonic Youth (juste celui de
Thurston Moore, très plaisant et aux guitares étonnamment
assagies), mais quelques concerts événements
qui auront montré que ces vétérans
étaient aussi pertinents aujourd'hui qu'hier. Dix-neuf
ans après sa sortie, les New-Yorkais auront ainsi
joué dans son inégralité leur grand
oeuvre (aujourd'hui archivé à la bilbiothèque
du Congrès !), le double album "Daydream Nation",
avec ses sommets presque pop ("Teenage Riot",
"Candle"), ses plaines mystérieuses,
ses gouffres dangereux… Loin de toute nostalgie,
le groupe, vu à Primavera et à la Route
du rock, est apparu régénéré,
prêt à repartir pour vingt ans de plus.
On a retrouvé les Américains fin août
à la Villette, accompagnés de l'ex-bassiste
de Pavement Mark Ibold et de trois musiciens de free jazz.
Le concert s'est ouvert par une impro de... 45 minutes,
délire bruitiste parfois éprouvant, où
l'on avait du mal à distinguer le n'importe quoi
du génie. Heureusement pour ceux qui étaient
avant tout venus écouter Sonic Youth, le groupe
livra une deuxième partie nettement plus proche
de leurs concerts habituels. Avec, en finale, le génial
"Expressway to Your Skull" dans une version
d'anthologie, sur laquelle nos jazzeux intimidants revinrent
semer longuement la zizanie.
(VA)
Lire la chronique du concert
à la Route du Rock
Nervous Cabaret, festival En Fanfare, jardins
des Tuileries, Paris, 16 septembre
Idée audacieuse que de programmer Nervous Cabaret,
groupe plutôt rock à la base (même
s'il compte une section de cuivres), dans un festival
consacré aux fanfares de toutes sortes. Mais passé
l'effet de surprise, quelques dizaines de curieux et de
promeneurs du dimanche rejoignent les fans (avec lesquels
le chanteur Elyas a sympathisé lors de ses nombreuses
escales parisiennes) au pied de la scène, posée
au beau milieu des Tuileries sous un soleil ardent. En
costumes vintage (et robe fluo pour la bassiste), les
New-Yorkais livrent un concert puissant quoique un peu
statique – jusqu'à ce qu'Elyas, abandonnant
sa guitare HS, donne enfin la pleine mesure de sa présence
scénique. Joli souvenir.
(VA)
Lire la chronique de "Drop
Drop"
Lire l'interview
de novembre 2007
Dean & Britta, Bowery Ballroom, New York,
16 octobre
Du millier (!) de concerts du CMJ Festival, sorte de
Midem indé se tenant chaque automne à New
York pendant cinq jours, celui de Dean (Wareham) &
Britta (Phillips), ex-membres de Luna, faisait partie
de ceux qu'on ne voulait absolument pas manquer. A défaut
d’être un immense chanteur, Dean est toujours
un formidable guitariste et l’incarnation absolue
du cool. Ce soir-là, le groupe jouait deux fois
moins fort que les autres (dont les Rosebuds et Voxtrot),
et ça faisait du bien. Cerises sur le gâteau,
un vieux morceau de Galaxie 500, premier groupe hyper
influent de Wareham ("Strange"), et, pour finir,
la reprise somnambulique du "Ceremony" de New
Order que les mêmes Galaxie 500 avaient enregistrée
pour un maxi au siècle dernier. Un mois et demi
plus tard, on retrouvera le quartet à la Flèche
d'or, à Paris, pour un concert forcément
trop court, mais conclu par une belle version de "Bonnie
& Clyde". La vieille classe.
(VA)
Young Marble Giants, festival BB Mix, Boulogne-Billancourt,
28 octobre

Plus de vingt-sept ans après leur passage aux
Bains-Douches (diffusé en direct par Bernard Lenoir
dans "Feedback"), Alison Statton et les frères
Moxham (Stuart à la guitare, Phil à la basse
et en bonus Andrew à la batterie électronique)
revenaient en France dans le cadre du festival BB mix
à Boulogne-Billancourt pour jouer une poignée
de chansons uniques, sublimes, et devenues depuis totalement
mythiques. C'est peu dire que leur son, leurs mélodies
et leurs textes n'ont pas pris une ride. Le concert fut
suivi par une rencontre avec les quatre musiciens, qui
permit d'apprécier leur humour et leur simplicité,
et aussi d'apprendre qu'ils préparaient…
un second album (pas sûr qu'il faille forcément
s'en réjouir, mais vu les emplois du temps bien
chargés de chacun, pas sûr non plus qu'il
voie le jour prochainement).
(VA)
Lire la chronique de "Colossal Youth"
Gallon Drunk, la Maroquinerie, Paris, 29 octobre
A défaut d'avoir toujours de grandes chansons (quoique
certains albums se réécoutent très
bien aujourd'hui), les Londoniens de Gallon Drunk, apparus
au début des années 90, avaient un look,
un son, une attitude. Et ça n'a pas changé,
même si la formation a été quelque
peu remaniée. Le chanteur James Johnston, qu'on
a aperçu ces dernières années avec
Nick Cave et Mick Harvey ou dans "Clean" d'Olivier
Assayas, reste une bête de scène comme on
en voit peu, et les trois autres assurent méchamment.
Les gommeux en jean slim et perf soigneusement râpé
peuvent aller se rhabiller fissa : il n'y a bien que dans
leurs rêves qu'ils pourront approcher l'intensité,
la furie, l'énergie primitive de "Some Fool's
Mess", conclusion d'un très grand concert
de (vrai) rock'n'roll.
(VA)
Gossip, Festival des Inrocks, la Cigale, Paris,10
novembre
Sans mauvais jeu de mots, ce fut énorme. Tête
d'affiche d'une des soirées du dernier Festival
des Inrocks, à la Cigale, le trio de Portland mené
par la volumineuse Beth Ditto a livré une prestation
incendiaire face à un public totalement acquis
à sa cause (et un poil butch pour les premiers
rangs). Ce soir-là, la surcharge n'était
pas que pondérale, tant la fosse était pleine
au-delà du raisonnable, ne laissant d'autre choix
que de se mouvoir au rythme de la marée humaine.
Sur le petit tube "Standing in the Way of Control",
Beth se retrouva dans la fosse et une partie du public
sur scène, dans un joyeux bordel. La chanteuse
la plus charismatique de l'année ?
(VA)
Vic Chesnutt/Okkervil River, la Cigale, Paris,
13 novembre
Il faudra sans doute du temps pour se remettre de pareil
concert où l'on a entendu les mouches voler dans
la salle, suspendus que nous étions aux vibrantes
déflagrations vocales de Vic Chesnutt. Entouré
entre autres de membres de Silver Mt Zion et de Guy Piccioto
(Fugazi), qui l'ont aidé à accoucher du
sublime "North Star Deserter", le songwriter
d'Athens n'a jamais paru aussi intense dans l'immobilisme.
Une leçon de maître, y compris pour les excellents
Okkervil River et leur chanteur remuant qui eurent la
lourde tâche d'ouvrir le bal. Même la reprise
de "Ruby Tuesday" des Stones, avec des choeurs
assurés par tous les musiciens, s'en est trouvée
toute chamboulée ! (L.T.)
Lire la chronique de "North
Star Deserter"
Lire la chronique de "The
Stage Names"
Lire l'interview
de septembre
The National, l'Elysée Montmartre, Paris,
14 novembre
Après les avoir vus ces dernières années
dans la plupart des petites salles de la capitale, on
était heureux de retrouver nos amis américain
de The National à l'Elysée-Montmartre, signe
d'un changement de statut gagné à force
d'opiniâtreté. Sans être le plus intense
qu'il nous ait été donné de voir,
le concert d'une heure trente montra un sextette (augmenté
par moments d'un trompettiste et d'un tromboniste) en
pleine possession de ses moyens, aussi impérial
dans le faux plat – la plupart des titres de "Boxer"
– que dans les accès de rage d'"Alligator"
(les imparables "Secret Meeting", "Abel"
et "Mr November", tranchants comme des rasoirs).
Il faudra attendre le rappel pour que le groupe se détache
un peu de ses deux derniers albums, offrant une face B
dépouillée, "You've Done It Again Virginia",
puis une version à rallonge du magnifique "About
Today", tiré du mini-album "Cherry Tree",
et qui figurait aussi sur une compilation de POPpnews.
Autant dire que le plaisir, comme le concert, était
complet.
(VA)
Lire la chronique de "Boxer"
Lire l'interview
de mai
Electrelane, le Trabendo, Paris, 24 novembre
Un chouïa moins fort qu'à La Cigale (festival
Les Femmes s'en mêlent, 27 avril) mais encore une
claque sonique de la part d'un groupe à l'intensité
scénique rare. C'est seulement par la force de
leur musique, essentiellement instrumentale (surtout sur
scène où la setlist évite soigneusement
les chansons ), que les laconiques demoiselles de Brighton
emportent les fans de rock indé.
Ce soir-là, elles faisaient encore le plein de
spectateurs. Mais, cette fois, ils avaient la larme à
l'oeil. Les quatre fortes têtes ont annoncé
qu'elles prenaient un break d'une durée indéterminée.
L'émotion est là. La bouteille de champagne
offerte par Emma Gaze en guise de merci ne consolera pas
un public quasi dévot. (M. G.)
Lire la chronique de "No
Shouts No Calls"
Lire la chronique du concert
au Trabendo
Lire la chronique du concert
à la Cigale
Piano Magic, Klima, Le Nouveau Casino, 7 décembre

Le "gang Piano Magic" (si vous permettez ce
raccourci) a été très actif en 2007,
avec la sortie d'un album de Piano Magic, du premier album
de Klima et du chouette projet parallèle de Glen
Johnson et Cédric Pin, Future Conditional. Et comme
la qualité était une nouvelle fois au rendez-vous,
on ne peut que déplorer la relative discrétion
dans laquelle Piano Magic et Klima effectuèrent
une petite tournée dans notre pays à la
fin de l'automne. Pourtant, c'est dans un Nouveau Casino
plein et enthousiaste que le groupe de Glen Johnson a
livré un concert explosif et intense, prouvant
qu'il maîtrisait de mieux en mieux l'exercice. Des
versions de "St-Marie" ou "Part-Monster"
à pleurer, une reprise de Dead Can Dance en bonus,
un "(Music Won't Save You From Anything But) Silence"
au final tribal, le groupe aurait pu jouer des heures
sans lasser. Vous n'êtiez pas là ? La prochaine
fois, il faudra sans doute aller en Turquie, en Pologne
ou en Espagne pour applaudir Piano Magic. (GS)
Lire la chronique de "Klima"
Lire la chronique de "Part-Monster"
Photos par Guillaume et Marie.