Ils sont apparus ou se sont révélés
en 2007. On les suivra de près en 2008.
Elvis Perkins

Révélation majeure de l'année
(sur disque et sur scène), le fils de l'on sait
trop bien qui a su désormais se faire un prénom.
Mêlant adroitement les ingrédients d'un folk
acoustique de bon aloi à des épices voyageuses
(violon tzigane, fanfare, scie musicale), Elvis Perkins
leur ajoute les vertus d'une voix assez exceptionnelle
: entre storytelling et gouaille amusée, souple
dans les graves et nonchalante, elle se balade là
où tous les baladins du monde se donnent en ce
moment rendez-vous, sur des chemins imaginaires reliant
l'Amérique des pionniers à l'Europe de l'Est,
là où l'on peut croiser aussi bien Zach
Condon (Beirut) que les allumés du Ralfe Band.
A noter, pour l'anecdote, qu'Elvis a copiné avec
Gaëtan Roussel, chanteur de Louise Attaque, qui l'a
accompagné sur deux morceaux lors de son concert
au Festival des Inrocks en novembre.
Lire la chronique d'"Ash
Wednesday"
Lire l'interview
d'août
Klima

2007 aura été l'année de la sortie
du premier LP, si longtemps attendu, d'Angèle David-Guillou,
aka Klima. Certes, on l'appréciait volontiers chez
Ginger Ale ou, mieux encore, sur les disques de Piano
Magic (elle a encore illuminé de son beau timbre
quelques titres du majestueux "Part-Monster"),
mais on la savait, à travers des titres connus
sur des compilations ou d'obscurs split-singles, en possession
d'un univers particulièrement riche, pris dans
une mélancolie électro que ne déparent
pas les parties de guitare. Le premier disque n'aura pas
déçu, dévoilant par petites touches,
strates diversement arrangées, ambiances vaporeuses
ou précises, les méandres d'une psyché
complexe, et d'un talent musical protéiforme. Et
"Lady of the Lake" peut prétendre sans
problème au top des titres les plus envoûtants
de l'année.
Lire la chronique de "Klima"
The Wombats
Tout commence par un single au titre vraiment trop
malin pour être honnête, "Let's Dance
to Joy Division". Deux ou trois écoutes suffisent
pourtant à balayer tout soupçon de récupération
opportuniste et à nous coller la chanson au cerveau
comme un caramel mou aux plombages. Avec sa mélodie
imparable, son chant entraînant, ses arrangements
simples mais judicieux (harmonies vocales, discrets gimmicks
électroniques, chœur d'enfants…), le
morceau s'avère parfait pour commencer du bon pied
un jour de grève et/ou de crève. Le miracle
se reproduit en presque aussi bien sur l'album subséquent,
"Guide to Love, Loss & Desperation", paru
en novembre, où la puissance brute du power trio
(lignée The Jam ou Supergrass) est mise au service
de chansons sans doute pas révolutionnaires, mais
toujours bien tournées - The Wombats ne viennent
pas de Liverpool pour rien. Avec leurs "songs about
girls" ("Tales of Girls, Boys and Marsupials",
"Little Miss Pipedream", "Patricia the
Stripper", "Party in the Forest (Where's Laura
?)") et leur énergie juvénile toujours
bon esprit, ces garçons pourraient bien être
les Undertones des années 2000 - et 2010, espérons-le.
Chouette.
Lire la chronique de "Proudly
Presents... A Guide to Love, Loss and Desperation"
Patrick Watson

Le Canadien Patrick Watson et son groupe ont livré
avec "Close to Paradise" un deuxième
effort magistral. Son folk aérien et soyeux renvoie
assez nettement à Jeff Buckley, mais loin de n'être
qu'un pâle imitateur de plus, le Canadien nous emmène
pour un voyage au travers des paysages immenses de son
pays. On passe d'un désert invitant à la
contemplation ("Daydreamer") aux lacs à
perte de vue ("Man under the Sea","The
Great Escape"), envoûtés par une voix
fragile, toujours à la limite de la cassure et
un groupe impeccable, qui laisse à l'auditeur la
place pour pénétrer cet univers où
l'on se sent bien, mal, triste, heureux. Le songwriting
de Patrick Watson est une invitation à la rêverie,
tant on sent le Canadien marqué par les grands
espaces. Il en ressort des chansons de paysages comme
"Drifters", portée par un piano galopant,
qui défilent entre les mots et les sons de cet
album délicat. Il reste à souhaiter au Canadien
de conquérir le public européen (vu l'accueil
lors de ses récents concerts, c'est en bonne voie),
mais ce "Close to Paradise" en remuera plus
d'un, et devrait encore affirmer la place grandissante
du Canada sur la scène musicale.
Lire la chronique de "Close
to Paradise"
Land of Talk
Sorti en catimini à l'automne, avec un concert
parisien "low profile" (minuit passé
au Baron, ouaaiiiis…) dans la foulée, le
premier album des Montréalais de Land of Talk,
"Applause Cheer Boo Hiss", est pourtant l'un
des disques les plus jouissifs de l'année. D'Arcade
Fire à Broken Social Scene, on s'était habitué
ces dernières années à voir débouler
les groupes canadiens en grande formation, avec au minimum
trois guitares et une section de cuivres. Rien de tout
cela chez Land of Talk, qui se contente du bon vieux trio
guitare-basse-batterie. Comme Dinosaur Jr ou PJ Harvey
à ses débuts, possibles (mais réducteurs)
points de référence – on peut aussi
penser à Sonic Youth (pour les attaques de guitare),
leurs compatriotes de Metric, les Yeah Yeah Yeahs, Madder
Rose, Bettie Serveert, voire Cat Power… Le producteur
Jace Lasek (The Besnard Lakes) a su conserver le côté
brut et l'impressionnante dynamique du groupe, mené
par la charismatique chanteuse et guitariste Elizabeth
Powell (Lasek et Powell ont par ailleurs participé
à l'album de Patrick Watson, évoqué
juste au-dessus, dans un genre assez différent).
Accrocheuses même quand elles ne se conforment pas
à l'alternance couplet/refrain, énergiques
et subtiles à la fois, leurs chansons sont parmi
les plus excitantes que l'on ait entendues ces derniers
temps. Difficiles de se les sortir de la tête après
quelques écoutes.
St. Vincent

Aussi charmante que talentueuse, l'Américaine
Annie Clark, alias St. Vincent, 25 ans, a collaboré
avec The Polyphonic Spree et Sufjan Stevens avant de faire
paraître à l'automne dernier son premier
album, "Marry Me". Un disque qui impressionne
par sa grande ambition et sa façon de mêler
une multitude d'influences sans que celles-ci soient immédiatement
identifiables. Sur scène, seule (à la Flèche
d'or) ou en groupe (au Point éphémère,
à la même affiche que Clare and the Reasons
et Windmill), la jolie brune au teint d'albâtre
fait preuve d'un beau tempérament, qu'elle se lance
dans un solo destructuré à la Zappa ou qu'elle
reprenne dans le plus simple appareil Nico via Jackson
Browne ("These Days"). On rêve pour elle
d'un futur à la Joni Mitchell (avec un peu moins
de complications sentimentales) ou à la Kate Bush
(avec un peu moins de sons de synthé).
Lire la chronique de "Marry
Me"
Lire le blind
test
Alela Diane

Entendue pour la première fois sur la compilation
de Fargo "Even Cowgirls Get the Blues", son
titre "Pirate's Gospel" n'en finit de nous faire
dresser les poils. Alela Diane, californienne de 23 ans,
a commis le hold-up des cœurs de cette fin d'année
2007 avec pour toutes armes une voix poignante et un bouquet
de folksongs à la simplicité biblique. Dans
la digne veine de la Carter Family et de Karen Dalton,
son disque a tout du petit classique intemporel à
mettre sous le sapin de Noël ! Quant à son
concert - complet - à l'Européen en décembre,
lors duquel on a découvert quelques nouveaux morceaux
extrêmement prometteurs, il restera comme l'un des
moments de pure magie de cette année scénique.
Alela sera de retour pour une tournée française
en mars : ne la ratez pas !
Lire la chronique de "Pirate's
Gospel"
Lire l'interview de
décembre
La chronique de "Even
Cowgirls Get the Blues"
Someone Still Loves You Boris Yelstsin
Someone Still Loves You Boris Yeltsin (déjà
surnommé SSLYBY, mais ils l'ont bien cherché)
est, selon leur site, "le meilleur groupe de Weller
Street à Springfield, Missouri". Ah. Notez
qu'à quelques détails près, la connaissance
des deux premiers par exemple, cela pourrait être
vrai. La découverte de leur album "Broom",
dix chansons emballées dans un écrin de
pop cristalline à guitares, piano et chœurs
entortillés, laisse penser, en tout cas, qu'ils
se posent aussi en suiveurs du meilleur groupe pop chantilly
en courant après la formule miracle de The Shins.
Les ruptures casse-cou, les parties vocales acrobatiques,
l'effet immédiat de sunshine pop plaident en ce
sens. A écouter les ponts accélérés
ou ralentis de "House Fire" , les rythmiques
guitares – hand claps de "Yr Broom" ,
à savourer les dialogues parfois grêles et
pas très stables entre soliste et chœur sur
la plupart des titres, on se plaît à rêver
que ce préambule de trente minutes (court mais
élégant) puisse produire une jolie carrière.
Lire la chronique de "Broom"
The Fleets
Face au revival rock de la scène parisienne, il
serait presque de bon ton de se ranger derrière
l'étendard d'un groupe. Aux Plastiscines, Stuck
in Sound et autre BB Brunes, POPnews préfère
la pop enlevée et anglophile de The Fleets. Ce
quatuor qui ne manque ni d'idées, ni de verve est
parvenu avec son deuxième LP autoproduit "Millionaire"
à une écriture qui fourmille de mélodies
et de trouvailles renvoyant les apprentis rockeurs de
la capitale à leurs propres limites musicales.
Une bonne claque, un bain de jouvence, un rafraîchissement,
appelez ça comme vous voulez. Souhaitons qu'en
2008, The Fleets, encore inconnu au bataillon, s'offre
un décollage à la Hey Hey My My !
Lire la chronique de "Millionaire"
Lire le track by track
de l'album
Thee, Stranded Horse

Après des années à officier tantôt
seul, tantôt en groupe sous l'étiquette d'Encre,
Yann Tambour a troqué sa guitare électrique
pour une kora africaine. Celle-ci lui a inspiré
de très belles ballades acoustiques aux teintes
cristallines, chantées le plus souvent en anglais.
Un projet personnel et méditatif qui délaisse
les climats sombres d'Encre dans lesquels son auteur s'était
un peu trop enfoncé. En se réinventant en
griot blanc, Yann Tambour retrouve souffle et inspiration
!
La chronique de "Churning
Strides"
Lire l'interview
d'avril
Kate Nash
Clone de Lily Allen ou nouveau joyau made in Britain
? Kate Nash agace ou enchante. L'intéressée
s'en moque et semble vivre son conte de fée musical
avec l'insolence de ses vingt ans. Il faut dire que la
Lolita gouailleuse à plus d'un tour dans son sac.
Avec son accent mockney inimitable, ses bavardages de
peste et ses mélodies acidulées, la jeune
Anglaise incarne à la perfection (jusqu'à
la caricature ?) la formule "pop anglaise" du
moment. En comparaison, le retour en grande pompe (à
fric) des Spice Girls ressemble à un horrible soufflé
(déjà retombé).
Lire la chronique de "Made
of Bricks"
Guillaume Eluerd
Né à Versailles en 1970, Guillaume Eluerd
a d'abord enregistré de la musique électronique
sous le pseudonyme de Nimp, avant de prendre un virage
à 180 degrés. "The Year of the Dog",
premier album sorti sous son nom, donne dans un folk dépouillé
qui évoque José Gonzalez, Piers Faccini
ou Gravenhurst. Une écriture mature et d'une grande
finesse pour un disque à la fois grave et lumineux,
où l'espoir est toujours présent au bout
du tunnel.
Lire le track
by track de "The Year of the Dog"
Photos par Cécile [site], Guillaume [site] et Julien [site]