On les croyait morts, perdus, oubliés,
et pourtant ils sont revenus cette année, en forme,
en chair, en os ou en CD.
Happy Mondays
On avait de bonnes raisons de les enterrer, les joyeux
drilles des Happy Mondays, vu que c'est ce qui est arrivé
cette année – au sens propre - à leur
découvreur Tony Wilson, fondateur de l'Haçienda
et de Factory, rien que ça. Qui plus est, avouons
qu'on imaginait assez les frères Ryder et Bez vieillissant
prématurément et profitant des royalties
de la grande époque pour s'éclater tranquillos
dans leur coin.
Eh bien non, les Happy Mondays ont fait leur retour, presque
au complet, et en forme, après – tenez-vous
bien – quinze ans d'absence (on passera charitablement
sous silence les quelques come-backs purement alimentaires
dans l'intervalle). Même si tout cela sent à
fond l'opération marketing, c'est tout de même
plus classe que de ressortir un énième best-of.
Mais le plus surprenant dans l'histoire, c'est que l'album
est bon. En revanche, sur scène, c'était
juste passable : lors de leur concert à la Cigale
en novembre, les gesticulations absurdes de Bez et l'énergie
d'une chanteuse d'appoint auront tenté de faire
oublier le "chant" franchement limite d'un Shaun
Ryder pas très concerné. Bon, c'était
toujours mieux que lors de certains concerts "mythiques"
de la "grande" époque, où ils
étaient trop défoncés pour jouer.
Lire la chronique de "Uncle
Dysfunktional"
Catherine Howe
On n'avait jamais entendu parler avant cette année
de l'Anglaise Catherine Howe et de son mirifique premier
album "What a Beautiful Place", sorti à
l'origine en 1971. Merci donc aux bienfaiteurs du label
Numero d'avoir réédité ce bijou de
folk-pop orchestral et pastoral, passé inaperçu
à l'époque en raison de la faillite de la
maison de disques qui l'avait publié. Accompagnée
par de brillants musiciens de sessions et le London Symphony
Orchestra, Catherine Howe, âgée à
l'époque de vingt ans seulement, s'y révèle
comme une artiste d'un immense talent et d'une grande
sensibilité, à classer aux côtés
de Judee Sill, Joni Mitchell ou Laura Nyro. Perdues pendant
trente-six ans dans les limbes de l'oubli, les chansons
frémissantes de ce "song cycle" ont gardé
une telle fraîcheur qu'on les croirait enregistrées
cette année par un petit prodige du néo-folk.
Vic Chesnutt
Soyons honnête : on ne l'attendait plus vraiment,
après des albums plutôt corrects mais pas
franchement renversants. Alors ce nouveau disque de l'homme
d'Athens a de quoi nous mettre en joie : chantant ses
mélodies mises à nu ou un folk torturé
au fer rouge des guitares, Vic Chesnutt fait mouche avec
ses chansons finement accompagnées par les voix
entrelacées et les instruments des membres du label
Constellation et nous revient - il fallait tout de même
le faire après des disques comme "West of
Rome" ou "Is the Actor Happy?" - avec l'un
de ses albums les plus poignants.
Lire la chronique de "North
Star Deserter"
Alpha
Premier véritable album vocal depuis le "Stargazing"
de 2003, "The Sky is Mine" vient rappeler l'excellence
d'Alpha à un moment où son histoire semble
s'enfoncer dans une confidentialité regrettable.
Publié et disponible sur le label du groupe, apparemment
soumis aux aléas de la distribution, le disque
est aussi le fruit d'une refonte interne : Andy Jenks,
cofondateur en partance, apparaît à la basse,
sur un seul titre, tandis que Wendy Stubbs, chanteuse
dès la première heure, a écrit ou
cosigné avec Corin Dingley la quasi totalité
des morceaux. Elle pose d'ailleurs presque seule sa voix
sur des plages qui ont conservé intact l'esprit
de cette musique capiteuse : mélodies rêveuses,
aspirations stratosphériques, fusion du piano,
de l'harmonium ou des cordes dans une électro ambient,
tentation permanente d'une soul blanche qui lierait pour
l'éternité Burt Bacharach, Michel Legrand
et Scott Walker. Le groupe a par ailleurs prouvé
qu'il n'était pas qu'une créature de studio
en donnant un beau concert, à la fois intime et
épique, fin août au festival Rock en Seine.
Lire la chronique de "Stargazing"
Lire la chronique de "The
Sky Is Mine"
The Sleeping Years
C'était une autre époque : les (meilleures)
radios lançaient alors des flèches sucrées
en provenance du Royaume Uni, Chirac n'allait pas tarder
à se faire élire (pour la première
fois) président de la République et Dale
Grundle mêlait sa voix à celle d'Alice Lemon
au sein des Catchers, un groupe capable de nous consoler
de toutes les vicissitudes de l'époque. Des années
plus tard, le talent du chanteur des Catchers est toujours
intact et son projet, The Sleeping Years, a accouché
de trois merveilleux EP (tant au niveau visuel que sonore).
Et POPnews a suivi de très près ce come-back
discret mais très réussi : interview, chroniques,
un petit MP3 exclusif, compte-rendu de concerts et même,
le blog de The Sleeping Years sur l'enregistrement de
leur album à sortir en 2008... A suivre donc !
Lire les chroniques de "You
and Me Against the World", "Setting Fire to
Sleepy Towns" et "Clocks and Clones"
Lire l'interview
de juin
Lire le blog sur "Les
Sleeping Years en studio"
The Jesus And Mary Chain
A défaut d'un nouvel album (il paraît qu'ils
y travaillent), les frères Reid auront fait un
come-back scénique très remarqué
en 2007. Avec notamment un concert au mégafestival
Coachella (et le fantasme ultime Scarlett Johansson qui
vient chanter les choeurs sur "Just like Honey"
- les veinards...) et un autre, plus que digne, à
Rock en Seine. L'occasion de retrouver un son unique et
génial (bien qu'il soit une somme d'emprunts à
l'histoire du rock et de la pop) qui a fait un paquet
d'émules, de Black Rebel Motorcycle Club aux Raveonettes.
A signaler également, la sortie en début
d'année du sympathique "Little Pop Rock",
album enregistré par Jim et William avec leur soeur
Linda, sous le nom de Sister Vanilla.
Lire l'interview
de Sister Vanilla de mars
Dinosaur Jr
Cela faisait dix ans que J. Mascis n'avait rien sorti
sous le nom de Dinosaur Jr, et dix-huit ans que le line-up
d'origine (avec Lou Barlow) n'avait rien enregistré.
Réconcilié, le trio a signé avec
"Beyond" un album pas indigne des "Bug"
et "You're Living All Over Me" d'antan. Des
cheveux un peu plus filasses (et blancs pour Mascis),
des solos un peu plus gras, mais un sens mélodique
toujours imparable et un son toujours aussi monstrueux
sur scène, le mur d'amplis Marshall n'étant
pas là que pour décorer.
Lire la chronique de "Beyond"
Alexandre Varlet

Dix ans de carrière et seulement trois albums
au compteur. Alexandre Varlet prend son temps. Avec "Ciel
de Fête", il a trouvé un équilibre
parfait entre écriture poétique ciselée
et mélodies folk-rock veloutées, produites
par l'orfèvre Nicolas Leroux (Overhead). Plus concis
que par le passé, plus intense que jamais, le trentenaire
est engagé sur la voie d'une maturité artistique
qu'il incarne à merveille sur ce disque comme sur
scène. Un vrai plaisir à ne pas bouder.
Lire la chronique de "Ciel
de fête"
Lire l'interview
d'octobre
Superflu

Comme Holden et Tue-loup, Superflu est une formation
née au milieu des années 90 et qui a pris
le temps de marquer son territoire par petits cercles
concentriques de plus en plus larges. Après une
pause de cinq années où il s'en est fallu
de peu qu'on l'oublie, le groupe de Nicolas Falez revient
en pleine forme avec des chansons rock douces-amères
qui laissent éclater de subtiles mélodies
et quelques saillies de guitare bien senties. Avec "La
Chance", Superflu a toujours la fièvre, comme
le dit la chanson. Encore pour dix ans ? On l'espère.
Lire la chronique de "La
Chance"
Lire l'interview de
mai
Prefab Sprout
Cela faisait des années qu'on n'avait plus de
nouvelles de Paddy McAloon, ce génie de la pop.
Il est réapparu en catimini en 2007, sur un CD
bonus accompagnant la réédition de "Steve
McQueen" (1985), où il réinterprétait
en solo voix-guitare quelques chansons du chef-d'oeuvre
de Prefab Sprout. On ignore si l'inspiration lui est revenue,
mais la voix est toujours aussi exceptionnelle, et ces
versions acoustiques célestes sont parmi les choses
les plus émouvantes qu'on ait entendues cette année.
En parlant de revenant, à l'orée de
2008, il serait inconvenant d'omettre le retour tant de
fois annoncé et autant de fois repoussé
de My Bloody Valentine. Oh, certes, de musiques de film
en remixes, Kevin Shields se rapprochait petit à
petit du radar ces derniers temps. Mais de là à
imaginer que concerts et, peut-être, un nouvel album,
seraient au programme pour 2008 - dix-sept ans après
!
Remarquez, avec dix-sept ans de recul, même si l'influence
de "Loveless" ne s'est légitimement pas
démentie sur plusieurs tonnes de musiciens depuis,
il est tout de même amusant de constater l'empressement
que mettent nouveaux et anciens fans à payer illico
leur billet dans le seul but masochiste de se faire dézinguer
l'appareil auditif par les Irlandais pendant vingt (très
longues) minutes d'une improbable coda bruitiste à
"You Made Me Realize". Dix-sept ans plus tard
ou pas, My Bloody Valentine sur scène, on demande
à voir.
Photos par Julien Bourgeois [site]