2010 : le bilan

11/01/2011, par la Rédaction | Bilans annuels |
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Alina Orlova
La jeune et belle Lituanienne a débarqué sans coup férir en avril. Signée chez Fargo, Alina Orlova a bluffé son monde avec un superbe premier album, "Laukinis Suo Dingo", un disque qui ne s'éternise certes pas mais qui est plein de superbes miniatures, où la jeune femme déploie un talent mélodique fort, une voix cristalline et des adresses linguistique et stylistique de tous les instants. Si elle a mis du temps avant de percer par chez nous, la venue de l'hiver a vu Alina Orlova remplir les salles, et c'était mérité. Et un nouvel album est déjà prêt (et disponible dans son pays, si vous cherchez...). On la retrouvera donc rapidement, et c'est tant mieux. (MC)
Chronique de "Laukinis Suo Dingo"


The Strange Boys
Le genre de petit groupe qui ne paie pas de mine : débraillé, ahuri, potache. La réunion des derniers de la classe et de têtes à claques du lycée. Eh bien, la claque c'est eux qui nous l'ont mise cette année avec leur deuxième album, "Be Brave". Une sorte de rock garage crasseux et nasillard qui revisite les années 50 et 60 sans aucun passéisme et avec une insolente décontraction. Sur scène, Ryan Sambol, le songwriter attitré de ce gang texan, semble beaucoup s'amuser à vérifier son petit effet sur le public. Dans la même veine "rock foutraque", 2010 aura révélé aussi Kurt Vile (ex-War on Drugs) et Harlem aux accords de guitares aussi crades que leurs cheveux. (LT)
Chronique de "Be Brave" 
Interview de The Strange Boys


Alone with King Kong
Thomas Rocton est un jeune Messin qui cumule trois vies musicales : membre de l'Orchestre national de Lorraine, tromboniste de sessions pour des tas de gens recommandables (Daphné, Readymade FC, Barbara Carlotti, Vincent Delerm, Diving with Andy…), et, enfin, auteur-compositeur-interprète-multi-instrumentiste fan des Kinks, Elliott Smith, Nick Drake, Wilco ou Smiths. C'est cette troisième personnalité qu'il dévoile sur le premier EP à diffusion limitée d'Alone With King Kong, sorti sur le micro-label Chez.Kito.Kat et emballé dans une jolie pochette artisanale. Six morceaux entre pop et folk, une grosse vingtaine de minutes, et déjà la révélation d'un talent rare - on aura entendu peu de mélodies et de guitares aussi lumineuses que celles de "No Art" ou "The Clock" en 2010. Un nouveau maxi est prévu pour cette année : parions qu'il confirmera ces excellentes dispositions. (VA)
Site MySpace de Alone With King Kong



On serait sans doute passé à côté du premier album de Jæ, "Balls and Kittens, Draught and Strangling Rain", sorti sur un label inconnu et sans distribution française, si on n'avait eu la chance de voir la jeune Néerlandaise (installée en Norvège) en concert dans des petits lieux - voire des appartements -, profitant de l'occasion pour acheter son disque. La musique de Jæ, aux allures naïves, est essentiellement acoustique mais elle parvient à échapper à la vulgate folk grâce à des arrangements étranges, à la limite de la dissonance parfois, des mélodies qui semblent d'inventer au fur et à mesure que se déroule la chanson, et une voix sans âge, comme celle d'Eloïse Decazes (Arlt). Si le disque pèche un peu par son uniformité (tous les morceaux sont très lents, et leur instrumentation minimaliste), il s'en dégage quelques moments de pure grâce, sans équivalent dans la production de cette année. Une artiste à suivre de près. (VA)
Site MySpace de Jæ


Musée Mécanique
Sorti en 2008 sur Frog Stand, le label de Clare and the Reasons, "Hold This Ghost", premier album de Musée Mécanique, aura mis un an et demi pour traverser l'Atlantique. Mais ça valait le coup d'attendre : ces garçons de Portland ont réalisé une petite merveille de pop de (grande) chambre finement ouvragée et onirique, intimiste et panoramique à la fois, à l'instrumentation particulièrement riche et variée - guitares douces, piano et synthés vintage dialoguent avec glockenspiel, accordéon ou scie musicale. On pense à Elliott Smith, à Grandaddy, aux premiers Radar Bros., même si le champ des influences du groupe est à l'évidence plus large. On ne fut pas tellement surpris quand ils reprirent, lors de leur très beau concert au Point Ephémère, deux morceaux de "Pet Sounds" : leur musique aux tons sépia, délicieusement cotonneuse, inspire la même nostalgie mélancolique que celle des Beach Boys d'après la plage. (VA)
Site MySpace de Musée Mécanique


Best Coast
En une année, Bethany Cosentino et son groupe Best Coast se sont fait une place au soleil de la Californie. Il faut dire que le jeune femme combine tout ce qu'il faut : un côté girl next door, un peu punkette mais qui pourrait parler aux geeks ("oh, elle s'affiche toujours avec son chat, trop lol") et en plus a composé son disque avec son pote Bobb, qui ressemble à un ninja métalleux à la retraite. Mais surtout, "Crazy For You" a bien des qualités : des mélodies qui rentrent dans la tête, une simplicité rafraîchissante et une qualité d'écriture qui établit une liaison entre un soupçon d'atmosphère Cocteau Twins (la première source d'inspiration de la jeune femme), le surf-rock et la power-pop émo des ex-gloires Weezer (il suffit de lire les titres : "Boyfriend", "When I'm With You" ou "Happy"). Bref, peines de coeur et up and down classiques d'une jeune pas tout à fait femme mais plus adolescente, mais pas de pannes d'inspiration pour cet album que l'on se plaît à ressortir et à réécouter régulièrement. Et puis, vous auriez envie de laisser pleurer la jolie Bethany ? (MC)
Site MySpace de Best Coast


Fool's Gold
De toutes les formations américaines actuelles inspirées par les musiques africaines, Fool's Gold - dont le premier album est enfin sorti en France en 2010 grâce au label Cinq7 - est sans doute l'une de celles qui puisent le plus à la source. A l'évidence, les membres de ce collectif de Los Angeles à géométrie variable (une demi-douzaine de musiciens minimum, souvent le double) partagent la même passion pour le soukous, le jazz éthiopien et le "desert blues" touareg. A ces influences s'en mêlent d'autres, notamment orientales : les deux fondateurs de Fool's Gold (en référence aux Stone Roses ?), le chanteur et bassiste Luke Top et le brillant guitariste Lewis Pesacov, sont d'origine israélienne et la plupart des textes sont en hébreu. Très efficace sur disque ("Surprise Hotel" a sans doute l'un des riffs les plus indélébiles de l'année), leur world-pop, qui a fait danser à deux reprises le public parisien en 2010 (à la Bellevilloise, puis à la Machine du Moulin Rouge), est carrément irrésistible sur scène. On attendra toutefois le deuxième album pour voir si ce groupe en forme de "melting-potes" saura faire évoluer sa formule gagnante tout en conservant sa personnalité. (VA)
Chronique de l'album de Fool's Gold


Siobhan Wilson
Sorti sur le label participatif My Major Company, "Songs", le premier album de la jeune Ecossaise à prénom irlandais – et Parisienne d'adoption – Siobhan (prononcez "Shivone") Wilson, s'inscrit pile-poil dans la vague folk sur laquelle nombre de musiciens surfent depuis quelques temps. Compositions classiques arrangées avec goût et émaillées de quelques touches modernes bien dosées, textes sensibles et sans mièvrerie, et surtout une voix superbe, claire, pure, agile, aux accents un peu celtiques, qui la place d'emblée dans la grande lignée des chanteuses folk britanniques : voici une débutante qui, du haut de sa petite vingtaine, affiche déjà une belle maturité. Il en fallait pour s'attaquer à un monument tel que "Voir un ami pleurer" de Jacques Brel, dont Siobhan livre une magnifique version (en français) qui s'affranchit de l'original sans pour autant le trahir. Respect. (VA)
Chronique de "Songs"


Perfume Genius
Revenu à Seattle après un démarrage un peu cramé dans la Big Apple, Mike Hadreas n'a pas la jeunesse insouciante, et son excessive timidité aurait pu l'empêcher de laisser émerger ses talents de singer-songwriter. Sous l'énigmatique pseudonyme de Perfume Genius, il a osé enregistrer ses morceaux qui tiennent autant de la confession que d'une forme de transfiguration fragile du matériau autobiographique. Sa musique, dans le sillage de Chris Garneau, a pour elle une certaine densité de mystère qui en fait tout le prix : un piano hanté et tremblant, une voix qui apprivoise doucement le silence, et l'on tient là quelques titres les plus saisissants de l'année, à l'image du désolé "Mr Petersen". (DL)
Chronique de "Learning"
Interview de Perfume Genius


Stornoway
Un peu perdu dans la masse des sorties de 2010 malgré sa superbe pochette, "Beachcomber's Windowsill", premier album de Stornoway (du nom d'une ville des Hébrides extérieures, en Ecosse), mérite indéniablement un petit rattrapage à l'heure des bilans de fin d'année. Comme Villagers ou Shearwater (voire James à leurs débuts), ces jeunes musiciens d'Oxford ne craignent pas le lyrisme, le chant à gorge déployée - et si possible en choeur - et le foisonnement instrumental à dominante acoustique. Si leur rock'n'roll credibility frise le zéro (l'ornithologie et la préservation des fonds marins comptent parmi leurs principaux centres d'intérêt ; autant dire qu'à côté, Coldplay c'est Mötley Crüe), la beauté de leurs compositions, entre folk enlevé et indie-pop romantique, leur a déjà valu des critiques élogieuses outre-Manche. Le reste du monde suivra-t-il ? (VA) 
Site MySpace de Stornoway


Warpaint
Leur EP "Exquisite Corpse" avait ravi la critique avec ses trames post-punk tissées de folk et de post-rock, et ses voix féminines qui ne faisaient qu'amplifier le charme exercé par cette combinaison nouvelle. Dire que le Lp "The Fool" était attendu avec impatience relève de l'euphémisme. Mais avec l'indépendance farouche qui les caractérise, les Californiennes de Warpaint ont fait abstraction de la pression pour concocter un Lp éthéré et sombre, laissant plus de place à l'attente et aux respirations que son dense prédécesseur. S'il a pu en décevoir quelques uns - sans doute par son rythme inégal, alternant plages contemplatives et refrains envoûtants -, "The Fool" n'en est pas moins une preuve nouvelle de l'immense talent de ces musiciennes. Avec ses morceaux évolutifs, ses rythmiques changeantes, ses riffs froids et ses chœurs sensuels, ce premier album marie complexité et facilité d'écoute, à tel point que ce mélange inédit peut sembler d'emblée familier. Pour ne rien gâter, ce groupe devenu exclusivement féminin (avec l'arrivée de la batteuse Stella Mozgawa, au jeu redoutablement efficace et puissant) relève le défi d'être à la fois explosif et séduisant sur scène, les chants de sirène contrebalançant la froideur de l'instrumentation. Plus qu'une révélation, il s'agit d'une confirmation : Warpaint fait partie des groupes avec lesquels il va falloir compter, et c'est tant mieux. 
Chronique de "Exquisite Corpse"
Concert au festival des Inrocks

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