2010 : le bilan

11/01/2011, par la Rédaction | Bilans annuels |
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Pavement
C'est malheureusement au Zénith que j'ai pu enfin avoir la chance d'assister à mon premier concert de Pavement, avec en ouverture, The National dont le concert aura été pourri par une acoustique hasardeuse.
Je me suis donc retrouvé dans la peau du vieux fan idiot, qui se caractérise par le fait d'avoir acheté ses places six mois à l'avance (le Zénith n'était finalement pas plein), d'arborer un vieux T-shirt qui laisse entrevoir la bedaine du trentenaire et de murmurer les refrains de chaque morceau. Pavement a l'air d'avoir moins vieilli que son public. Mis à part Scott Kannberg qui a pris un peu de poids et qui porte la "casquette-béret qui camoufle la calvitie", les quatre autres gardent un éternel look d'ado. Après une entrée très surprenante avec, en fond, une ballade de Malicorne, les Américains égrènent tous leurs principaux standards en débutant avec "Silence Kit" suivi de "In the Mouth a Desert" et "Stereo". Aucun ordre chronologique donc dans la setlist du groupe de Stockton. Cela va assez vite, seuls "Fight This Generation" et "Stop Breathin" se verront rallongés. Kannberg souffre sur "Date w/ Ikea". Nastanovich hurle autant qu'il le peut sur "No Life Singed Her". Stephen Malkmus affiche nonchalamment l'air du mec le plus cool de la terre en faisant son cabotin minimaliste, prenant des poses volontairement ridicules. Les Américains se planteront deux ou trois fois, mais offriront un excellent concert qui aura bien rassasié le fan. Après, force est d'admettre qu'aujourd'hui, The National c'est quand même plus intéressant. (VLD)


Peter Walsh / The Apartments
Après un passage bref mais marquant en novembre 2009, Peter Walsh devait revenir en France pour deux concerts parisiens fin mai. On aura finalement dû se contenter d'un showcase sur la belle terrasse du magazine Magic! quelques jours plus tard, qui reste quand même l'un des plus beaux concerts de 2010. En formation électrique, accompagné de membres de 49 Swimming Pools et Grisbi, l'Australien offrira une poignée de classiques ainsi que deux nouvelles chansons, "Twenty One" (le rappel voix-guitare de l'Européen) et "Black Ribbons" en duo avec Natasha Penot de Grisbi (la version studio a émergé sur le net). En attendant un nouvel album qu'on espère pour 2011, le label Talitres aura eu la bonne idée de rééditer le sublime "Drift" (1993) avec des démos de 1986 en bonus. Bref, presque une grosse actualité pour un artiste qui nous a souvent laissés sans nouvelles pendant des années... (VA)


Lloyd Cole
L'ex-leader des Commotions poursuit tranquillement sa carrière de folksinger bientôt quinquagénaire. Sa livraison 2010, "Broken Record", présente onze chansons qui ne cherchent jamais à être dans l'air du temps, rappelant la bonne country de Nashville et les classiques de Tim Hardin et Kris Kristofferson que le chic Anglais du Massachusetts reprend régulièrement en concert. L'originalité vient plutôt du mode de commercialisation du disque, le musicien ayant lancé une souscription sur son site internet pour financer les sessions d'enregistrement. Autre petit changement : après des années de concerts solo, l'auteur de "No Blue Skies" a monté un trio acoustique, The Small Ensemble, avec lequel il a donné deux concerts à Paris à l'automne dernier : l'un, complet et magnifique, à l'Alhambra ; l'autre, quelques jours plus tard, totalement impromptu et gratuit, au Pop In. Il paraît loin, le temps où Lloyd, soutenu par une major, remplissait des grandes salles. Pas sûr pourtant qu'il regrette cette époque. (VA)


Edwyn Collins / Orange Juice
On a bien failli perdre Edwyn Collins il y a cinq ans, quand une double hémorragie cérébrale lui fit frôler la mort. L'ex-chanteur d'Orange Juice s'en est heureusement sorti et, même s'il n'a pas retrouvé toutes ses facultés physiques, il a pu se remettre à la musique, avec l'aide se sa femme et de son fils. Témoignage de cette résurrection, l'album "Losing Sleep" enregistré avec quelques jeunes musiciens disciples et fans, des membres de Franz Ferdinand, des Drums, des Magic Numbers ou des Cribs, ainsi que quelques congénères comme Johnny Marr et Roddy Frame. Si certains de ces collaborateurs ont tendance à phagocyter les chansons, aux mélodies par ailleurs un peu inégales, ils apportent aussi un sang neuf dont le maître de céans fait le meilleur usage. Avec ses riffs acérés, ses textes affûtés et son envie d'en découdre, "Losing Sleep" retrouve la formule à succès de "A Girl Like You", même si l'Ecossais n'aura pas vraiment réédité ce coup d'éclat dans les charts. Sa voix n'a en tout cas pas trop souffert, comme on a pu le constater en novembre lors d'un émouvant concert au Nouveau Casino.L'année 2010 aura aussi vu la parution d'un superbe coffret réunissant l'intégrale d'Orange Juice, dont une bonne dose d'inédits. Plus de trente ans après ses débuts, Edwyn Collins est devenu une référence pour la génération pop actuelle, mais ne semble pas près de raccrocher les gants. Tant mieux. (VA)


John Cunningham
Si son vrai come-back devrait avoir lieu en 2011 avec un nouvel album et une tournée, on a eu le grand plaisir de renouer cette année avec l'un des songwriters les plus injustement négligés des deux dernières décennies. D'abord à travers la B.O. de "Memory Lane", sur laquelle le réalisateur pop-friendly Mikhaël Hers avait glissé "Maryport", extrait du sublime "Shankly Gates" qui avait fait (un peu) connaître John Cunningham en 1992. Ensuite sur disque, grâce à Joe Pernice qui a réédité sur son label Ashmont les deux derniers albums en date du Britannique, "Homeless House" et "Happy-Go-Unlucky". Mais on l'a surtout retrouvé en chair, en os et en sourires, pour un concert forcément intime à la Loge, une petite salle parisienne. Là, accompagné des Chiltons, de Fugu ou, le plus souvent, seul, l'auteur de "Taming the Family" a rappelé avec une humilité bouleversante qu'il avait sa place parmi les grands. (VA)


Brian Eno
Loin des disques amuse-la-galerie comme il sait en faire (voir le récent LP concocté en duo avec David Byrne, "Everything that happens will happen today"), très loin surtout de ses ex-comparses de Roxy Music à qui il aura -tant pis pour lui- laissé le soin de briller en live à Rock en Seine, c'est en formation électro élargie (avec le musicien électronique John Hopkins et le guitariste Leo Abrahams) et sur le prestigieux label Warp que Brian Eno aura donné le meilleur de lui-même cette année avec "Small Craft on a Milk Sea". De l'ambient minimal dont il est l'inventeur aux turbulences hachées de morceaux qui ont senti passer leur Richard D. James, en passant par des options néo-classiques qui envoient Badalamenti et Richter sur le banc des remplaçants, ce disque fastueux est un brillant résumé de carrière électronicienne, une somptueuse prise pour le label, un vademecum pour l'éternité. (DL)


Mark Kozelek / Sun Kil Moon
On se perd un peu dans la discographie profuse de Mark Kozelek (qui depuis plusieurs années sort sur son propre label Caldo Verde), constituée en grande partie d'albums live et de compilations de versions alternatives. Il faut donc fouiller un peu pour dénicher de vrais trésors, comme ce "Admiral Fell Promises" rassemblant dix longs morceaux pour la plupart inédits, signé Sun Kil Moon bien qu'il s'agisse d'une oeuvre solo. Soit la voix et la guitare classique de Kozelek, et rien de plus. Mais quand on a acquis une telle maîtrise de son art, on peut très bien se passer du reste. En se concentrant sur l'essentiel, le Californien livre l'un de ses plus beaux disques, collection de réminiscences (des gens, des lieux, à San Francisco et ailleurs) mélancoliques mais sereines. Malgré la virtuosité de son jeu de guitare en picking, autant influencé ici par le flamenco que par les grands du folk, "Admiral Fell Promises" n'a rien d'une démonstration technique, d'un pur disque de musicien pour musiciens ; il s'adresse directement au coeur et à l'âme. (VA)

 

The Divine Comedy
Retour en forme du blanc-bec étique le plus smart de la pop anglaise. Neil Hannon fait sur "BANG goes the Knighthood" une cure régénérante, retrouvant dans ses archives musicales de quoi alimenter un beau brasier de chansons bavardes et primesautières. De l'exercice de style léger ("Can You Stand Upon One Leg?") au pied-de-nez nostalgique ("At the Indie Disco") en passant par la finesse lettrée ("The Lost Art of Conversation"), le disque regorge de pépites parfaitement taillées. Les concerts qui ont suivi, entre exposition solo, maladresses et tour de force, ont été l'occasion de belles retrouvailles avec le public français. (DL)
Chronique de "BANG goes the Knighthood"

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