2010 : le bilan

11/01/2011, par la Rédaction | Bilans annuels |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Et pendant ce temps-là en France…

Une petite playlist Spotify à écouter en lisant l'article.

"La Reproduction" d'Arnaud Fleurent-Didier, meilleur album français de 2010 (ceux qui avaient commandé le pressage vinyle l'avaient d'ailleurs entendu dès 2009) ? L'un des plus médiatisés, en tout cas, l'un des plus discutés, aussi. Certains n'y ont entendu que les états d'âme d'un trentenaire bobo parisien, lorgnant un peu trop vers la variété seventies à leur goût. Ce serait faire peu de cas des ambitions d'AFD, qui ne se contente pas de se regarder le nombril mais prend le pouls d'une génération - la sienne -, s'interroge sur sa place dans la société et l'héritage social et culturel légué par ses parents (le génial "France Culture"). Il agace parfois, bouleverse souvent, même si on n'a pas grandi du côté de la place Clichy. Espérons qu'il ne faudra pas attendre encore six ans pour la suite.

C'est aussi une certaine bourgeoisie française qu'ausculte Florent Marchet dans "Courchevel", mais à travers la fiction plutôt que l'autofiction. Textes acides et bien tournés sur mélodies imparables (le single "Benjamin", beaucoup entendu sur France Inter), arrangements variés et minutieux, voix qui explore toutes les nuances entre le détachement et l'émotion sincère : l'auteur de "Gargilesse" a peut-être sorti là son album le plus abouti et le plus susceptible de toucher le grand public. On a par ailleurs retrouvé Florent Marchet dans les crédits de quelques chansons gracieuses de La Fiancée, adepte comme les tout aussi prometteurs Young Michelin ("Je suis fatigué") du EP vinyle à l'ancienne - en attendant des albums, sans doute. Dans l'entourage de Marchet toujours, 2010 a aussi marqué le grand retour de son ami Erik Arnaud, avec un troisiême album aux textes rêches et plombés et à l'équilibre musical rare, "L'Armure", sous le regard terrible de Manset.

 

Malgré l'évidence de son talent, Bertrand Belin aura dû patienter jusqu'à son troisième album, "Hypernuit", pour être reconnu à sa juste valeur. Un disque qui a davantage séduit le public que ses deux précédents malgré un dépouillement à la limite de l'austérité, qui lui a valu des comparaisons avec Bashung. L'écriture poétique et elliptique du Breton et le raffinement de son jeu de guitare devraient encore faire des adeptes en 2011, avec une tournée qui l'emmènera sur les routes françaises jusqu'en avril.

On aimerait que son ami Bastien Lallemant récolte les mêmes lauriers. Après trois ans de gestation, son album "Le Verger", réalisé par Bertrand Belin et Albin de la Simone, a enfin offert ses fruits goûteux, à consommer quand même avec modération (toutes les chansons racontent des histoires de meurtre...). A l'heure du téléchargement, Lallemant a tenu à proposer un bel objet, un petit livre-disque avec un récit en photos et ses propres peintures. Une jolie réussite.

Même alternative au boîtier plastique/digipack chez Karl Alex Steffen : "Les Traces" est accompagné par un livret format à l'italienne mettant les textes en regard avec les superbes travaux picturaux et photographiques de Mathias Mareschal et Clémence Cottard. Le disque lui-même se présente comme un récit mis en musique, où se mêlent titres rock, morceaux parlés et ambiances sonores, un peu dans la lignée d'un Diabologum. Ca change des chanteurs qui racontent leur vie...

Pas de ça non plus chez Arlt, duo mixte parisien qui jette des ponts un peu branlants entre la chanson médiévale et un Velvet basse tension sur "La Langue". Chansons à deux voix, à la fois minimalistes et tarabiscotées qui, une fois passée une première réaction de perplexité, voire de rejet, deviennent vite obsédantes. Une magnifique anomalie.

Cette année, le trop rare Alexandre Varlet aura donné signe de vie artistique avec un beau vinyle en édition limitée, "Soleil Noir", et une apparition intimiste sur la terrasse du 7ème Ciel. Ce disque enregistré seul avec sa guitare dans la foulée de "Ciel de fête" aura mis du temps à sortir, mais il le fallait !

Photographe réputé, Nicolas Comment s'est associé au producteur Marc Collin (Nouvelle Vague) pour produire "Nous étions Dieu", sous forte influence Rodolphe Burger (textes parlés, guitares éparses), en poussant jusqu'à l'Allemagne (rythmiques krautrock). Pas mal dans le genre, si on aime le genre en question. Côté poil à gratter, Véronenous aura concocté "La Fiancée du Crocodile", qui de toute évidence ne laisse pas de glace. Univers bien différent chez Thomas Pradeau, dont le premier album "A deux pas de ma rue" est sorti en novembre sur My Major Company. Le jeune Montmartrois tente de marier la poésie popu de la Butte, l'écriture pop en français des Innocents et de L'Affaire Louis Trio et la science des arrangements de Neil Hannon ou Rufus Wainwright (même s'il cite plutôt Queen et Mozart), entre classique et cabaret. Ce n'est pas toujours réussi - certains morceaux sont même assez pénibles -, mais le très beau "Audrey", qui ouvre l'album, nous incite quand même à miser quelques euros sur ce garçon qui manie joliment l'acoustique : piano, cordes, accordéon...

Enfin, hors concours, citons encore deux olibrius : Cheval blanc (ex-bassiste de No One is Innocent dans une autre vie) est l'auteur d'un dyptique de EPs "The Art of The Demo" dévoilant un univers poétique intime et rugueux que le goût de l'emphase alourdit parfois un peu. la suite sur un album en préparation. Et puis Eric Lareine, de la trempe des Loïc Lantoine, Alain Leprest, André Minvielle. Une sorte de clown triste expressif, en équilibre instable entre music hall, free jazz et poésie. Son disque "Eric Lareine et leurs enfants" rend justice à son talent singulier autant que méconnu. (VA et LT)

Eric Lareine, par Julien Bourgeois

We Are Unique, comme son nom l'indique

We Are Unique : un nom qui sonne bien, mais aussi un nom parfaitement justifié pour cet excellent label toulousain, qui fêtera en 2011 ses 10 années d'activisme et de défrichage musical. Et l'année 2010 a été particulièrement riche, avec des disques forcément marquants. Les retrouvailles avecAngil & the Hiddentracks ont confirmé l'ambition maîtrisée de Mickaël Mottet, qui a su faire de "The And" une forêt pop dense, pleine de surprise, dans laquelle on prend plaisir à flâner, à se faire surprendre ou charmer par les invités qui s'y trouvent. Il y a eu aussi la Stéphanoise Raymonde Howard, qui a livré un disque compact et sévère, mais pourtant plein de charme et catchy, qui porte en son titre les traces de son empreinte musicale ("For All the Bruises Black Eyes and Peas". Enfin, il y a eu Lunt, groupe formé par Gilles Deles, par ailleurs cofondateur du label, qui avec "Switch the Letters" a su prendre au corps et aux tripes en une balade captivante, parfois calme, parfois plus orageuse, mais qui n'a rien de monotone et au contraire un pouvoir de séduction subtil (album "Switch the Letters"). Les abonnés au label (We Are Unique recommence son système de souscription pour 2011) auront même eu le plaisir d'écouter en exclusivité le disque de Del, projet power-pop de Mickaël Mottet, dont les morceaux enregistrés en 2003 étaient curieusement restés inédits depuis. Des adhérents gâtés, des disques inclassables, We Are Unique a marqué de son empreinte l'année. (MC)

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals