“A Hard Day’s Night” (“Quatre garçons dans le vent”) de Richard Lester avec The Beatles (DVD)

23/01/2015, par | DVD |
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Une fois n’est pas coutume, il sera ici question d’un DVD et même d’un film, avec certes de gros morceaux de musique à l’intérieur, et le groupe le plus célèbre de l’histoire de la pop. Edité en DVD et Blu-Ray par l’excellente maison Carlotta dans une version restaurée et riche en bonus, “A Hard Day’s Night” est à la fois un témoignage de la Beatlemania qui faisait rage à l’époque (1964) et une mise à distance ironique de cette hystérie collective. On sent les Fab Four encore amusés par les cris des hordes de fans qui guettent chacune de leurs apparitions, et pas totalement épuisés par le rythme de dingue – « punishing schedule », comme disent les Anglo-Saxons – que leur impose leur succès (ça viendra bientôt, le groupe abandonnant la scène et passant de plus en plus de temps en studio à peaufiner ses disques). Le titre vient d’ailleurs d’un accident de langage de Ringo, retenu par John Lennon : « It was a hard day… night », aurait-il dit en sortant de studio au terme d’une longue journée, et s’apercevant qu’il faisait déjà nuit.

Si “Help”, également réalisé par Richard Lester et sorti l’année suivante, se présentait comme une fiction délirante, “A Hard Day’s Night” garde un substrat documentaire. Un argument minimal – les Beatles se rendent à Londres pour participer à une émission de télé – donne l’occasion de les montrer pendant quelques jours dans un train, dans la rue, en voiture, à l’hôtel, lors d’une rencontre avec la presse, en compagnie de leur manager, pendant le filage du show, etc. Le but étant de subvertir par un humour à la Marx Brothers – quoique en même temps très anglais – chacun de ces moments à priori banals et sans doute très proches de la réalité (cf. les questions idiotes des journalistes sur leurs coupes de cheveux, qui rappellent les conférences de presse absurdes de Dylan en 65-66). Certains dialogues sont d’ailleurs inspirés de bons mots que les quatre de Liverpool, connus pour leur esprit sardonique (surtout Lennon), avaient sortis en interview.

Le personnage du grand-père de Paul, joué par Wilfrid Brambell (malgré une différence d’âge de seulement 30 ans avec McCartney !), est une belle trouvaille : quelque part entre Groucho et Peter Sellers, c’est souvent lui qui fait dérailler le récit par ses facéties et ses actes répréhensibles, quoique jamais bien méchants. Mais les Beatles eux-mêmes ne sont pas en reste, à la fois soudés et chacun dans son rôle, Ringo étant sans doute le plus drôle car constamment dépassé par les événements. Le rythme vif, le goût du nonsense et de la loufoquerie, l’insouciance qui se dégage de l’ensemble collent à l’image qui était celle du groupe à l’époque. Aussi populaire qu’influent, le film est aussi synchrone avec les bouleversements que connaît alors le cinéma, la Nouvelle Vague en France mais aussi en République tchèque (Forman, Menzel…) ou en Pologne (Polanski, Skolimowski…), dont il incarnerait le versant pop. Et montre, derrière la fantaisie, une jeunesse en train de devenir une véritable force sociale et économique, et de gagner son autonomie par rapport à la génération précédente.

Musicalement, le film et sa B.O. – en fait un album à part entière – témoignent d’un quartette en transition, entre l’innoncence rock’n’roll des débuts (dont le morceau-titre est un bon exemple) et une écriture plus raffinée qui s’épanouira sur les disques suivants. Le son aussi évolue, avec notamment l’apparition d’une douze-cordes jouée par George Harrison qui influencera toute la scène folk-rock américaine, Byrds en tête. La plupart des compositions sont signées Lennon, particulièrement inspiré, notamment sur les ballades. Mais dans le genre, Macca se défend bien : “And I Love Her” est un sommet de délicatesse. Ces morceaux plus mélancoliques apportent par ailleurs des respirations bienvenues au sein d’un film qui lève rarement le pied. “A Hard Day’s Night” montre un groupe déjà extrêmement populaire, qui va bientôt régner sans partage sur la décennie. Et il suffit d’écouter la bande-son pour comprendre pourquoi.

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