Abbey Road à vendre

19/02/2010, par Frédéric Antona | Autre chose |
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Les mythes partent en morceaux. EMI vient d'annoncer son intention de mettre en vente les mythiques studios Abbey Road. Et la nouvelle me fait mal. Pourquoi me tracasser pour ce bâtiment planté au beau milieu d'un quartier résidentiel londonien, me direz-vous ? La réponse est détenue par tous ceux qui ont la pop chevillée au corps. Car c'est dans ce sanctuaire que certaines des plus belles pages de la pop ont été écrites, tout comme d'autres jolies ritournelles l'ont été dans les studios Olympic (disparus aujourd'hui) à Londres, le Rockfield aux Pays de Galles ou le Record Plant à New York. Mais, bien sur, il y a ce détail qui marque : les studios Abbey Road furent avant tout le terrain de jeux des Beatles, notamment dans le fameux studio n°2 (le plus grand), où les Fab Four sévirent pendant huit ans, faisant exploser les conventions artistiques de l'époque. Abbey Road fut donc, pendant cette petite décennie, le centre du monde, immortalisé par ce fameux dernier album des Beatles, portant le nom des studios et les voyant traverser ce passage piéton placé à deux pas des lieux. Pour donner une idée de la magie qui entoure ces studios, il suffit de se téléporter en avril 1967 : les Pretty Things enregistraient "SF Sorrow" dans un studio, tandis que Pink Floyd amorçait l'enregistrement de son premier album dans la pièce à côté, et que les Beatles mettaient la touche finale à une bricole nommée "Sgt Pepper's" dans le studio 2. Les studios portent en eux cette magie de l'époque. Depuis lors, Abbey Road a accueilli nombre de groupes venus en ces lieux comme en pélerinage, avec un petit frisson dans le bas de la nuque au moment de passer la porte. Le poids de l'Histoire. Aujourd'hui, poussée par la récession en matière de vente de disques, EMI lance les studios Abbey road dans les bacs à soldes. La bonne nouvelle, c'est qu'un grand nombre de britanniques (y compris Sir Paul McCartney) ont saisi le National Trust (fonds National britannique, chargé de protéger le patrimoine culturel du pays) afin qu'il se porte acquéreur des studios au moment de la vente, et d'éviter que des investisseurs privés ne détruisent les lieux pour construire d'autres logements résidentiels, comme différents projets d'aménagement le prévoient. Espérons que le National Trust permette la préservation de ces lieux mythiques car, de toute la magie musicale née dans les sixties, Abbey road en est un des derniers vestiges originels. Laissez-moi vous raconter une petite histoire : lorsque je me suis rendu à Abbey Road en pélerinage (pour moi, c'est quasiment la terre sainte) il y a de cela quasiment deux ans, j'ai été bouleversé par plusieurs choses : rien n'a changé ou presque dans la rue, on pourrait presque refaire la photo de 1969. Ensuite, j'ai découvert que le batiment abritant les studios était finalement assez petit, ce qui m'a profondément touché : tant de vies ont été changées par la musique sortie de ce petit immeuble à un étage, tant que changements culturels... C'était une merveilleuse fin d'après midi d'août, il avait plu une partie de la journée, et le soleil venait de revenir. Et j'aurais juré entendre des gouttes de pop tomber des arbres. On ne touche pas aux lieux saints.

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