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ACETATE ZERO

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Sur chacun de vos enregistrements la fragilité instrumentale est mise en exergue, d'autant que les enregistrements ne sont jamais très produits. Est-ce là selon vous l'une des clés de la fascination engendrée par votre art ? Si l'on vous dit que vos disques sont "excellemment mal enregistrés/mixés", qu'en pensez-vous ?
Il est indéniable qu'on n'adopte pas une attitude très millimétrée vis-à-vis de nos morceaux. On enregistre très vite en ne négligeant rien, mais à notre manière. L'instinct remplace la technique et parfois, on est très satisfaits de ce que l'on entend. Prises individuellement certaines pistes font branleuses et ont l'air d'avoir rien à foutre là. Mais en mixant le tout, ça marche. Pourquoi une carotte est-elle plus orange qu'une orange ? Notre matériel est ce qu'il est et on fait corps avec. Nous enregistrons tout à l'oreille et si le morceau est bancal, il est préférable, qu'au bout du compte, il sonne bancal.

D'ailleurs, si on vous proposait un producteur, lequel choisiriez-vous parmi ces noms là : Steve Albini, Aidan Moffat, John Cale, Nikki Sudden, Dave Friedman, Alan Vega ?
A part pour certaines phases, nos morceaux sonnent comme on le souhaite. Désolé, on préfère garder notre argent et s'acheter pour le coup une pédale supplémentaire. Il y a des gens évidemment qui transforment des HLM en cathédrales mais on ne sait si cela nous conviendrait. Matt Elliott a tout le pédigré qu'il faut : docteur en feedback chez Flying Saucer Attack, master machiniste chez 3rd Eye Foundation, alchimiste chez Movietone... Un grand gaillard fort en gueule qui plus est, il nous faut au moins ça.

Vous aimez brouiller vos belles mélodies par de grosses distos... Qu'est-ce qui vous plaît tant dans cette forme de sabotage ?
Chacun apporte ce qu'il est. F & S font ce qu'ils peuvent mais après tant d'années à adorer Satan, cela a laissé des traces. Et pourtant. S ne croit qu'au white noise et compose 'christmas clouds in negative' : raté. Pareil pour F qui enregistre 'Gone' d'une traite : raté. E fait dans le feutré et sature 'Diabolus in musica' : encore raté. Ce sont des exceptions qui confirment la règle. En plus, on a une fascination pour plein de disques qui ne sont que des désastres sonores, qu'on écoute finalement quasiment pas car inécoutables mais dont on ne se séparerait à aucun prix : Dead C, certains Glenn Branca, Borbetomagus... Bien sûr, on se doit de citer aussi les Becketts ('lust' !) et les 3d's, pour allégeance éternelle et notre croyance au beau.

Que représente pour vous l'expérience de la scène par rapport au travail de studio ?
En concert, rien n'est sûr, on reste toujours sur le fil du ratage, un jack qui se tord, les amplis dans le rouge, la flûte qui coince, les cordent qui se brisent... mais quand ça marche, ça marche vraiment. La dernière fois, en Belgique, certains n'ont toujours rien compris. Paix à leur âme.

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