Autour de Lucie - Interview

24/11/2000, par Guillaume Sautereau | Interviews |
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echaSur le premier album, il y avait un morceau produit par Michael Head... c'est un désir qui vous est venu comment ?
Valérie : en fait, c'est plus la vie qui nous a présenté ça, on a rencontré le manager de Michael Head, qui est sur Paris. On ne savait pas du tout , on est devenu ami avec lui et puis un jour il nous a dit qu'il était manager de Michael Head et qu'il cherchait une voix féminine pour chanter une de ses chansons... on n'a pas gardé contact, on n'est pas amis, c'était juste une expérience sur une chanson... maintenant, j'ai du mal à t'en parler parce que c'était il y a hyper longtemps, pour moi c'est devenu juste deux jours à Liverpool avec des gens certes extrêmement doués mais tellement sur une autre planète. Humainement, je ne peux pas dire qu'il y ait vraiment eu d'échange...

Tu étais fan ?
V: oui, le premier album, "Pacific Street", c'est un des premiers disques que j'ai achetés...

Vous avez tourné aux Etats-Unis de manière assez intensive, on parle pas mal de vous sur les mailing-list de l'international pop, est-ce vous arrivez à expliquer pourquoi ça marche aussi bien là-bas ?
Jean-Pierre : C'est surtout dû au label qui nous a en licence là-bas qui fait bien son travail. Je pense aussi que le fait que des groupes comme Air et Daft Punk marchent, ça a à la fois décomplexé tous les français, toutes chapelles confondues et montré aussi aux anglo-saxons qu'en France, ce n'était pas forcément Johnny Halliday. Parce que souvent, aux Etats-Unis quand tu parles de musique française, le mec le plus connu en France : "Oh yeah, French music, Johnny Halliday..."
Valérie : ou alors "Ca plane pour moi"
Jean-Pierre : ça a beaucoup aidé, tout ce qu'on a appelé la French Touch... et puis après peut-être qu'il y a une lassitude des américains en pour leur propre format. Ils sont en trop de s'ouvrir à des choses plus européennes, à d'autres parties du monde que New York, Los Angeles...

Et d'un point de vue personnel, vous avez trouvé ça intéressant de vous confronter à un type d'audience différent ?
Valérie : bien sûr...
Jean-Pierre : Ca fait pas mal d'air de voir les réactions des gens hors des guides culturels habituels en France... pour ne pas les nommer ! ils ont des réactions beaucoup plus natures, ils sont beaucoup plus candides, la musique est davantage inscrite dans leur mode de vie, donc ils vivent les choses plus intensément, plus directement. Ils sont assez ouverts finalement. Apr exemple, à Boston, il y avait un festival de rue qui avait lieu entre midi et deux tous les jours. des gens regardaient le concert, trouvaient ça bien et puis allaient dans le magasin au coin de la rue et achetaient le disque. Y'a un rapport hyper direct, presque puéril à la musique, je pense que c'est plus inscrit dans leur mode de vie, par exemple à la douane quand tu dis que tu es musicien, ça existe musicien, tu n'es pas un OVNI, c'est une vraie fonction sociale aux Etats-Unis, au moins dans la tête des gens.
Valérie : c'est vrai que quand tu rentres en France, tu as l'impression d'être un troubadour, un ménestrel...

JP & Valérie

Vous avez quelque chose de prévu pour le troisième album là-bas ?
Jean-Pierre : Oui, il va sortir au mois de février...

Vous avez un site internet, est-ce que vous êtes intervenus dans la conception du site ?
Valérie : oui, on est intervenu dans son élaboration...
Jean-Pierre : Mais on n'a pas trop le temps... j'ai l'impression qu'internet c'est pour les gens qui n'ont rien à foutre dans la vraie vie !!
Valérie : on a pu faire ce qu'on voulait, c'est-à-dire mettre on a mis des photos de tournée, montrer un peu notre quotidien, on essaie de l'alimenter, de mettre le plus de chose possible, et puis c'est vrai qu'il faut avoir le réflexe, moi je ne suis pas équipée...
Jean-Pierre : et puis on a des masses de temps à consacrer à ça...
Valérie : si on va en faire un truc vraiment concret, c'est vrai qu'on gagne pas assez bien notre vie, moi ça fait deux ans que je veux m'acheter un ordinateur et je pense que je vais attendre encore une dizaine d'années. Cest notre maison de disques qui nous a permis d'avoir ce site mais dans le concret, comme tu veux alimenter si tu n'as pas le matériel...
Jean-Pierre : on n'est pas très cyber en fait...
Valérie : je pense que si on voulait l'alimenter régulièrement et faire quelque chose de vraiment vivant, il faudrait l'avoir sous la main vraiment tout le temps. S'il faut y penser, attendre un rendez-vous... c'est foutu. On a ce site, il y'a quelqu'un qui s'en occupe, mais de là à dire qu'on y va souvent...

Vous pensez que ça peut changer les relations avec votre public ? par exemple, vos camarades de Superflu ont un site est mis à jour assez souvent, avec le carnet de tournée de Nicolas, des photos du public...
Jean-Pierre : il faut faire attention, il peut y avoir une dérive quasi-boys band, "regardez le groupe est en studio, le groupe monte dans le camion...". Au delà de ça, je pense que ce n'est pas changer l'autobus qui va changer la gueule des passagers. Ca change peut-être l'efficacité, le nombre de gens, la facilité à les cibler... mais de manière générale, la communication s'opère toujours du haut vers le bas... un gros site, c'est un outil technologique cher, ça implique des choses...
Valérie : notre site, ça rentre dans une certaine case promo, au lieu de faire une campagne télé, on a eu un gros site...

Quel regard vous-avez sur l'évolution de la scène indépendante depuis vos débuts, sur le fait que certains groupes soient passés de "cultes" à quasiment mainstream, avec un gros succès, comme Radiohead, PJ Harvey et Björk ?
Jean-Pierre : je crois qu'il y a un gros déclencheur à tout ça au niveau mondial, c'est Nirvana... Avec Nirvana, les grosses maisons de disques internationales ont réalisé qu'on pouvait faire de l'argent avec un groupe venu de nulle part sur un petit label et après ça a déclenché tout ce qu'il y a maintenant, avec en plus la panique de récupération de toute l'électro...le regard que j'ai sur tout ça, je ne sais pas... je vais pas te faire un topo sur l'évolution de la culture de masse depuis 10 ans (rires)... Valérie, qu'en penses-tu ?
Valérie : je sais pas... des gens comme Björk... tous les dix ans, y'a eu quelqu'un qui a commencé de façon très indépendante et est devenu une méga-star...
Jean-Pierre : ce qu'il y a de bien là dedans, c'est que les grosses maisons de disques acceptent peut-être plus qu'avant de signer des licences, de ne pas maîtriser un projet de A à Z. Dans les années 70, Polygram construisait leurs studios, ils construisaient les consoles, les magnétos, les micros, c'étaient leurs artistes, leurs musiciens, leurs producteurs, leurs pochettes, leurs réseaux de distributions, leurs chaînes de télé. Tout était concentré. Maintenant les maisons de disques acceptent de ne plus avoir le boulot de directeur artistique et ça c'est plutôt bien. Parce que je pense qu'en fait les maisons de disques paniquent, elles ne savent plus quoi faire. Le marché a totalement explosé, le nombre de disques qui sort, c'est complêtement délirant. C'est la perception que j'en ai en tout cas. Les grands groupes sont vraiment perdus...

Une petite question encore ?... comment vous vous voyez évoluer pour votre quatrième disque, vous avez des pistes ou il est encore trop tôt ?
Jean-Pierre : Non, tu sais les tournées nous occupent beaucoup, on a du mal à mélanger les deux.
Valérie : Faut se nourrir avant de faire un disque. Le disque est sorti le 21 mars 2000, on est en octobre. Depuis que c'est sorti on a fait énormément de concerts, de route. On n'a pas suffisament emmagasiné pour refaire un album. Mais bon on commence à y penser, on s'ouvre à tout ce qui se passe, on écoute, on réfléchit chacun de notre côté mais on n'a pas du tout commencé à travailler... et on ne veut pas, parce que je préfère qu'on emmagasine tous au lieu de se dire "bon allez maintenant on travaille" et puis qu'on n'ait rien... il vaut mieux que cela soit une vraie envie...

photos/ propos recueillis par Guillaume
Merci à Valérie et Jean-Pierre, Lionel et Richard, and God Save the Village Vert !

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