Albums 2015 en bref

30/12/2015, par , Benoit Crevits, Judicaël Dacosta et Sandrine Lesage | Albums en bref |
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Les rédacteurs de POPnews passent en revue les disques de Beach House, Baston, The Brian Jonestown Massacre, Anne Cardona, Alain Gibert, Julia Holter, J.C. Satàn, Tobias Jesso Jr., Raphaële Lannadère, Protomartyr et Puts Marie.

Beach House - Thank Your Lucky Stars

Beach House-Thank your lucky stars

Après un cinquième album fidèle à l’imagerie dream-pop de Beach House, presque trop, la surprise de "Thank Your Lucky Stars", sorti quelques semaines après "Depression Cherry", vient rasséréner l’auditeur. Une voix plus claire, des lignes mélodiques plus immédiates, toujours cet art de la voltige maîtrisé. Mais aussi un goût de métal qui viendrait s’ajouter à celui un peu plus écœurant du feutre : l’univers cotonneux est moins étouffant, mais toujours présent pour nous rattraper quand il le faut. (S.L.)

 

Baston - Gesture

Pochette de l'EP "Gesture"


Ce trio rennais est parmi ce qui se fait de mieux en garage en France aujourd’hui, et c’est peut-être parce qu’il y injecte une forte dose de pop et de surf. La guitare fuse dans un tube bien roulé de l’Atlantique de leur Bretagne natale tandis que la rythmique balaie l’écume qui tentait de squatter la plage trop longtemps. Baston, c’est un peu comme si la Nouvelle-Orléans découvrait le nouveau Georges Brassens, on serait un peu surpris géographiquement mais on finirait par s’y faire. Et bien n’en déplaise aux sceptiques, on a trouvé des alchimistes de la vague en France, et on s’y fera aussi. (J.D.)

 

The Brian Jonestown Massacre - Thingy Wingy (mini-album)

Pochette de "Mini Album Thingy Wingy"


Anton Newcombe enchaîne les disques avec une constance désarmante, et depuis qu’il a pris les rênes de son label A Records et ses appartements dans son studio à Berlin, il semble plus que jamais avoir trouvé un équilibre créatif. Multipliant les projets et les collaborations, on retrouve sur cet album un titre composé avec Tess Parks ("Pish"), un autre chanté en slovaque et composé avec Vladimir Nosal ("Prsi Prsi") et la participation d’Alex Maas, chanteur de The Black Angels, qui fit un détour par Berlin pour enregistrer avec Anton une reprise des 13th Floor Elevators, "Here Comes the Waiting for the Sun", sur laquelle il joue de la jarre électrique. Plus directs que dans ses compositions passées, les riffs de guitare placés en intro de morceaux tels que "Pish" ou "Get Some" scellent d’emblée le sort de l’auditeur, qui ne pourra pas se sortir d’une session d’écoute intensive. Le titre "Dust", quant à lui, douce balade reposant sur une rythmique acoustique et la voix assurée d’Anton, ajoute encore un niveau d’écriture à un album qui est bien plus abouti qu’une simple compilation de morceaux récents. (J.D.)

 

Anne Cardona - Oiseau de nuit

Adepte de la mélodie qui fait mouche et des textes qui vont droit au but, Anne Cardona a sorti en septembre son premier album. Rapidement happé par la voix claire et sensible d'Anne Cardona, "Oiseau de nuit", réalisé par Benoit Guivarch et Nicolas Leroux d'Overhead ainsi que de Jean-Louis Piérot, contient dix chansons aux influences folk qui nous ont particulièrement séduits. (B.C.)

 

Alain Gibert - Sublime ordinaire


Avec une pop épurée, à l'écriture classieuse, le premier album d'Alain Gibert nous a beaucoup plu. "T'aimer me suffira", "Miroir, qui est la plus belle ?" sont au carrefour d'une pop anglo-saxonne et d'une chanson française qu'on affectionne tout particulièrement ici. On retrouve dans ces dix titres beaucoup d'élégance, une orchestration toujours maîtrisée qui font de "Sublime ordinaire" une belle réussite. (B.C.)

 

Julia Holter - Have You In My Wilderness 

Équilibriste sur le fil de la littérature et des expérimentations sonores, la Californienne Julia Holter continue de creuser le sillon d'un parcours inclassable. Après plusieurs albums-concept, elle agrège sur son quatrième album en trois ans des versets poétiques d'une voix claire et posée entre clavecin, violons ou saxophone. (S.L.)

 

 

J.C. Satàn - s/t

Pochette de "s/t" de J.C. Satàn 

Pour leur premier album sur le label français Born Bad Records, les cinq de J.C. Satàn tracent de magnifiques sillons qu'ils confectionnnent dans une pâte digérée d'influences garage-psyché-pop, qu'ils sont les seuls à cuisiner. Ce disque étend encore leur territoire et le tempo se fait parfois plus doux – "I Will Kill You Tonight" ou "Ti Amo Davvero" –, et les arrangements plus complexes."Waiting For You", avec ses multiples voix, cuivres et riffs de guitare, entraîne ainsi l'auditeur dans un dédale de plus de 6 minutes 30, qui laisse entrevoir un avenir radieux et ingénieux au quintet italo-bordelais. (J.D.)
 

 

Tobias Jesso Jr. - Goon


C'est indénialement l'une, sinon la révélation de 2015. Mais ça aurait aussi bien pu être celle de 1975… Quand d'autres (de Grimes à Kendrick Lamar, de Julia Holter à Chassol) défrichent de nouvelles voies musicales, Tobias Jesso Jr. s'en tient à un songwriting nettement plus sage, qui semble rendre hommage aux grands anciens, jusque dans les titres des chansons. On pense bien sûr aux singers-songwriters des années 70, Harry Nilsson, Randy Newman, Elton John ou Carole King, sans oublier Lennon et McCartney (séparément). Le résultat pourrait être un peu scolaire si les faiblesses et les imperfections (la grande bringue à bouclettes n'est ni un immense chanteur, ni un pianiste de compète) ne rendaient ces chansons souvent autobiographiques aussi émouvantes. Reste à savoir si le Canadien, passé su statut d'underdog à celui de wunderkind – il écrit désormais pour Adele ou Sia – réussira à garder la tête froide. (V.A.)

 

Raphaële Lannadère - L


Exit L qu'on avait découvert en 2011 avec "Initiale". Raphaële Lannadère s'affranchit, se dévoile avec un album périlleux, audacieux, qui peut déstabiliser de prime abord, mais qui montre aussi toute la palette musicale de cette chanteuse attachante. (B.C.)

 

Protomartyr -The Agent Intellect 

Protomartyr Agent intellect

Sur son troisième album, le groupe de Detroit évolue vers une musique un peu plus complexe sans pour autant s'assagir. Joe Casey chante/dit toujours ses textes brillamment rageurs avec l'énergie du désespoir, sur les riffs crasseux et jubilatoires de Greg Ahee, pied au plancher ("The Devil in His Youth", ouverture tranchante) ou en prenant son temps (les six minutes tout en tension retenue de "Ellen"). Certains ont parlé par paresse de post-punk (plutôt de "néo-post-punk", alors, nous sommes quand même en 2015), et l'influence de la scène alternative US des années 80 est tout aussi prégnante, mais le son et l'écriture de Protomartyr n'appartiennent qu'à eux. Autant physique que cérébral, l'un des disques les plus intenses de l'année – et on peut en dire autant des concerts. (V.A.)

 

Puts Marie - Masoch I-II

Masoch II cover art

De deux sessions d’enregistrement, et de deux EPs est née cette collection de chansons, les premières depuis la pause effectuée par les cinq Suisses de Puts Marie. Une identité vocale forte, celle de Max Usata, des prestations scéniques habitées et un rock décomplexé qui étire et malmène les influences blues, jazz, groove et hip-hop font de cet album un cousin des années 2010 du dEUS de "In A Bar Under The Sea". Autant dire le meilleur. (S.L.)

A lire également l'interview de Puts Marie dans POPnews en novembre 2015.

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