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ALBUMS
par David Larre et Christophe Dufeu
TAMARA
WILLIAMSON - The Boat
(Ocean
Music / Socadisc)
[site]
On avait quitté Tamara Williamson sur les rives d'un
enregistrement cousu main, dont la sophistication le disputait
à la maîtrise ("The
Arms of Ed"), on la retrouve pour un voyage au
long cours, qui suit cette fois les méandres de la
prise live, avec tremblé de voix, guirlandes de guitare
et mélodies volontairement un peu bancales. À
nouveau assez autobiographique, mais peut-être romancé,
le disque évoque, à petites touches, la traversée
possible de l'Atlantique par son père, qui, selon
le dossier de presse, "devint roi d'une île paradisiaque".
Ça s'appelle "The Boat" et ça sort
chez Ocean Music, tout est donc normal. Le fait que les
prises live soient déjà anciennes leur donne
une fraîcheur indéniable. On reste néanmoins
surpris de les voir reparaître pour certaines plus
de dix ans après, avec ce qu'il faut d'étrangeté
et d'atemporalité pour les rendre nécessaires.
Sur ce qui est peut-être le meilleur titre, "The
Journey", la voix de Tamara et l'intensité de
son interprétation ("I hated love", entre
autres joyeusetés) rappellent pourtant quelque chose
des meilleures vocalistes de l'époque, quelque part
entre Beth Gibbons et PJ Harvey. Mystère que cette
chanteuse rare soit restée si confidentielle.
DL
TARA
KING TH. - A Sigh of Relief
(Ocean
Music / Socadisc)
[site]
- acheter
ce disque
C'est
probablement la pire des raisons qui m'a conduit à
m'intéresser (tardivement) à Tara King Th.
Il s'avère en effet que j'ai fait partie, il y a
quelques années de cela, d'un groupe étudiant
quasiment homonyme (le "Th." pour "Theory"
en moins). Me voilà donc intrigué par le trio
et prêt à en découdre avec ces "usurpateurs"
(sic). Mais mes intentions belliqueuses n'ont pas résisté
longtemps devant la voix désarmante de Béatrice
Morel-Journel. L'electro-pop dépouillée de
cet album est en effet habitée avec grâce et
malice par une chanteuse dont le registre doit autant à
Nina Persson et Jennifer Charles qu'aux vocalises de Liz
Frazer. Et les chansons, volontairement réduites
à quelques claviers et à cette voix, frôlent
le sublime, évoquant parfois le "Londinium"
d'Archive ("There Are Still Things to Gaze at")
ou allant piocher des influences jazzy. Seul bémol
: "It's Hard to Be a Cat", une réinterprétation
de "La Métamorphose de Mister Chat" de
Dionysos : pourquoi chausser d'aussi gros sabots quand on
est fait pour les ballerines ? Encore que le groupe réussisse
à transformer le morceau et à le rendre plus
intéressant sur la fin. Et dans l'ensemble, on restera
sur l'impression d'un disque ouaté et aérien
qui nous laissera dans une douce apesanteur.
CD
NIRE
- My Father's Record Player
(Oic
Records) [site]
Apesanteur et dépouillement, deux termes qui peuvent
également qualifier Nire, élégant duo
originaire de Portland pratiquant à haute dose le
surf et – ce qui nous intéresse ici - un folk
superbe : une chanteuse qui joue des claviers, un chanteur
qui s'accompagne à la guitare acoustique - deux voix,
deux instruments au service de mélodies splendides,
chuchotées… Le tout enveloppé dans une
pochette "faite maison" qui témoigne d'un
touchant amateurisme (au sens noble) et de la sincérité
de l'investissement du groupe et de son label. La guitare
sert de base aux morceaux enrichis de nappes d'orgue ou
de quelques notes de piano qui tombent comme ces grosses
gouttes de pluie annonçant un orage qui – ici
- n'éclatera pas. On pense évidemment aux
chansons les plus épurées d'Elliott Smith,
influence assumée, ou à des Catchers timides
et minimalistes. Les cinq morceaux, tous aussi forts, nous
tiennent en haleine, le souffle court, de peur de casser
le fil ténu qu'Erin Morgan et Josh Hinton parviennent
à tisser avec l'auditeur. Superbe !
CD
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