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ALBUMS
par Vincent Suberville
CALIFONE
- Roots and Crowns
(Thrill
Jockey / Pias)
[site]
- acheter
ce disque
On
avait laissé Califone sur un sentiment
d'échec. On les retrouve deux ans après
en espérant sentir à nouveau la grâce
d'un Quicksand/Rattlesnakes
somptueux. De prime abord, ce nouvel opus laisse perplexe.
Morceaux rugueux, country folk expérimental, blues
folk psychédélique : la tendance naturelle
du critique à vouloir catégoriser ce qu'il
écoute se trouve, comme souvent avec Califone, mise
en échec. C'est bien à un objet sonore non
identifié qu'on a affaire ici.
Album percussif et expérimental, son écoute
est exigeante et la beauté de ses chansons obscures
se révèle après de longues écoutes.
On est troublé par la texture des morceaux : percussions
râpeuses, guitares squeletiques, violons grinçants
; tout ici semble évoquer une maison hantée.
Par qui ? Les fantômes de deux ou trois bluesmen du
delta enterrés à la cave ; un ectoplasme de
Tom Waits s'aventure parfois dans les étages.
Au grenier, illuminant les ténèbres, la voix
de Tim Rutili.
Cet album, s'il n'atteint pas les sommets de Quicksand/Rattlesnakes,
nous permet donc de retrouver un Califone en meilleure forme.
NICHOLSON
- Moderne
(Les
Chroniques Sonores) [site]
Nicolas
Danglade est un homme très occupé. Non content
de diriger le label "Les Chroniques sonores" qui
nous a donné à écouter en 2006 les
excellents Kid
Francescoli, il mène en parallèle, et
en duo, son projet musical, le susnommé Nicholson.
La filiation avec une certaine chanson française
de qualité est revendiquée : textes caustiques
(Dutronc) posés sur un groove subtil (Gainsbourg).
Vêtues de leur tenue électro-légère,
plus susurrées que chantées, les chansons
de Nicholson font souvent mouche. Le groupe nous gratifie
ainsi de deux mini-tubes pince-sans-rire et sexy : "Animaux",
"L'Homme à la tête d'ail". On respire
ici les effluves d'une pop classieuse, millésimée
sixties, où la part belle est laissée à
l'harmonie.
En concert, Nicholson évolue en quatuor (guitare,
basse, batterie, chant) : on y redécouvre alors ces
chansons dans leur vérité crue. Elles s'y
révèlent, telles de petites bombes, et toute
leur colère contenue explose alors. La grande force
de Nicholson repose dans cette contradiction : sous la légèreté
de la forme et l'évidence des textes, la profondeur
du propos n'est jamais loin. Ce n'est pas si commun.
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