Albums - Loose Fur, Minus 5

25/06/2003, par Jean-Christophe Mauger | Albums en bref |
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ALBUMS par JC

Deux disques qui, à première vue, ne partagent rien. L'un est expérimental et atonal, velvetien et new-yorkais, dépouillé et avant-gardiste. L'autre est riche et luxuriant, délicat et harmonieux, et définitivement californien. Ils voisinent toutefois dans cette chronique bicéphale car ils ont tous deux en commun d'être interprétés et parfois composés par le duo protéiforme de Wilco (Jeff Tweedy - Glenn Kotche) - histoire de témoigner comment ce groupe parti d'une niche étroite en est venu, par son éclectisme et son absence de complexes, à irriguer tout un pan de la musique américaine contemporaine. REM vieillit (mal) mais sa relève semble assurée.


LOOSE FUR - Loose furLOOSE FUR - Loose fur
(Domino / PIAS)

Le troisième volet de la collaboration entre Jim O'Rourke et Wilco (le premier produisit "Yankee Hotel Foxtrot" du second, Tweedy et Kotche jouant pour leur part sur "Insignificance" d'O'Rourke) est de loin le plus enthousiasmant. Alors qu'il était cantonné aux manettes sur "YHF" (pour un résultat à mi-chemin entre la totale réussite et le foutage de gueule), Jim O'Rourke s'est vu octroyer sur "Loose fur" la possibilité de parsemer les six longues chansons de cet album de ses dissonances languissantes et de ses merveilleuses parties de guitare à la Steely Dan (et de son ironie cinglante ; goûtez pour voir le parfait "If I said I love you, I was talking to myself"). Eperonnés, Tweedy et Kotche donnent le meilleur d'eux-mêmes dans le registre douloureux et atonal qui est le leur depuis deux ans et la musique de Tweedy n'a jamais sonné aussi naturelle et évidente depuis l'album acoustique d'Uncle Tupelo. Le caractère parfois hermétique de certains morceaux ("So long" et l'instrumental "Liquidation totale") peut parfois décontenancer, il n'empêchera pas de goûter l'exceptionnelle alchimie que le trio peut dégager sur des merveilles comme "You were wrong" et "Chinese apple". Tellement remarquable qu'on n'ose imaginer qu'il puisse ne pas y avoir de suite à un coup d'essai aussi violemment recommandé.

MINUS 5- Down with WilcoMINUS 5- Down with Wilco
(Yep Roc Records)

Quand il n'est pas guitariste remplaçant chez REM, Scott Mc Caughey monte avec le titulaire un chouette groupe de copains, le Minus 5, au sein duquel il accueille pour ce troisième album, outre les musiciens de Wilco, Sean O'Hagan et Ken Stringfellow. "Down with Wilco" a ceci en commun avec "Yankee Hotel Foxtrot" qu'il fût rejeté par une major company dont on taira le nom (d'abord par charité ensuite parce qu'on l'ignore) avant d'atterrir chez Yep Roc et d'être distribué au lance-pierres dans notre beau pays. Que ceci ne rebute pas les amateurs de pop gouleyante à la Beach Boys, Scott Mc Caughey partageant avec O'Hagan une admiration éperdue pour les surfeurs californiens et une capacité certaine à saturer l'espace sonore à larges rasades de mellotron, moog, sections de cuivres et autres synthétiseurs. On pourra à la rigueur tomber d'accord avec la major déjà citée pour remarquer une sévère baisse de régime au milieu du disque mais le début (avec "Retrieval of you"») et la fin (avec "View from below"  et le délicieusement ironique "Dear employer" où un employé démissionnaire énumère les invraisemblables raisons qu'il a de quitter son job) satisferont les amateurs de chansons sophistiquées arrangées comme des pièces montées, les autres ayant pour l'instant coincé l'album de Loose Fur dans le lecteur.

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