Albums - Colder, Air + Baricco

03/09/2003, par mr modular | Albums en bref |
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COLDER - AgainCOLDER - Again
(Output / Discograph)

Quand on connaît le goût du label Output pour les sonorités eighties, "Crazy Love" qui ouvre ce premier album de Colder déçoit. Une rythmique psycho-rigide piquée à Joy Division, des hululements synthétiques décalqués sur du Danse Society , une basse tellement trop "Factory" et, pire, une voix fade à l'accent français de collège qui nous faisait déjà honte il y a une quinzaine d'année chez Mary Goes Round. On peut rêver mieux comme entrée en matière pour la "nouvelle sensation" de chez Output. Heureusement, le Français Marc Nguyen qui est le chef boucher de cette chambre froide a d'autres morceaux de choix en stock. Car, dès "Confusion" et sa ritournelle électronique subtile et entêtante, "Again" prend une autre allure : Colder se montre capable de tamiser le meilleur d'une certaine idée des eighties désabusées et mélancoliques pour n'en conserver que la substance (sic), substance sur laquelle sont greffés des éléments personnels véritablement ancrés dans le présent, sans cette odeur de naphtaline qui venait gâcher le "Crazy Love" précédemment conspué. Un peu comme si, au lieu de brailler à tue-tête "Lager, lager, lager", Underworld était introverti et taciturne. Cette alchimie fonctionne de la sorte sur la majorité des sept morceaux suivants si bien que, pour peu que l'on écoute ce disque sans discontinuité, "Again" a un effet plutôt agréable. Ceci étant, pour être tout à fait honnête, dans le genre, pourquoi ne pas plutôt consacrer son temps à Denzel & Huhn (2002) ou à Section 25 (1982) ?

AIR + BARICCO - City reading - Tre storie westernAIR + BARICCO - City reading - Tre storie western
(Record Makers / Source)

Après la fausse vraie joie que peut provoquer Colder, voici l'inattendue vraie vraie joie suscitée par cet album de musiques qui ont été composées par Air. Car, a priori, quoi de plus rebutant et décourageant qu'un disque écrit pour soutenir une lecture publique ? Justement, "City reading" est sorti ce printemps et s'il m'a fallu tout ce temps pour me décider à le chroniquer, c'est parce que ce disque hors normes demande du temps à l'auditeur et en définitive mérite amplement ce temps consacré exclusivement à la découverte de ce western musical tout à fait singulier, étrange et fascinant. Ces trois histoires ont été écrites et lues par Alessandro Baricco dans un italien tout en ondulations et en profondeurs et sont sous-tendues par des lignes de guitare sèche et de piano lumineux ainsi que quelques trouvailles électroniques. Le tout évoquant à merveille ces histoires de chasse à l'Indien qui tourne mal (pour le shérif) ou d'un très vieux pistolero face à l'étrangeté de n'être pas encore mort à son âge.
Paradoxalement, grâce à ce disque on peut mesurer le caractère éphémère de la musique (le spectacle a été produit seulement trois soirs en novembre 2002) de même que la sensation d'intemporalité qu'elle peut engendrer (ce disque ne se rattache à pas grand-chose de connu). Après l'excellente BO de "Virgin Suicide" en 2000, les deux gars de Air montrent qu'ils ne sont jamais aussi créatifs et inspirés que lorsqu'ils s'écartent des strictes structures pop. La langue italienne est une très belle langue. Avec Air, la langue italienne devient majestueuse.

 

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