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ALBUMS par Mr Morel

AI PHOENIX - I’ve Been Gone - Letter OneAI PHOENIX - I've Been Gone - Letter One
(Glitterhouse / Chronowax)


Il y a deux ans, Ai Phoenix signait un très beau "Lean that way for ever", disque fait de folk bucolique, de minimalisme et de mélodies crève-cœur. Leur nouvel album passe un peu outre la spécificité musicale de ce dernier opus, lorsque le groupe semblait composer des BO de westerns métaphysiques et imaginaires. Dans un répertoire plus pop et résolument plus joyeux, Ai Phoenix délaisse un peu la retenue de son jeu, pour parfois toucher l'auditeur plus fort. De belles mélodies doucereuses en ballades accrocheuses, le couple Patrick Lundberg/Mona Morg chante en entrelacs sur des tapis de guitares raffinées. Le groupe évoque plus que jamais un chaînon manquant entre Low et Mazzy Star. Parsemé d'instruments à vent, d'accordéon, d'arrangements toujours intelligents et parcimonieux, l'album se dégusterait à merveille en amoureux. Et dans un monde idéal, Ai Phoenix concurrencerait sérieusement Norah Jones.

SLOWBLOW - Noi AlbinoiSLOWBLOW - Noi Albinoi
(Kitchen Motors / Milan)


Le film "Noi Albinoi" décrivait avec noirceur et drôlerie le quotidien excessivement ennuyeux d'un jeune islandais enfermé sur son île du bout du monde, rêvant d'un meilleur ailleurs, d'une histoire d'amour sous des tropiques plus accueillants. La BO composée par Slowblow, le groupe du réalisateur Dagur Kari sous-tend à merveille la douce amertume du film, cet aller-retour entre l'émerveillement offert par l'Islande et l'inexorable ennui qu'elle suggère malgré elle. Dagur Kari compose donc une musique sombre, lente, aux frontières de l'ennui, pourtant étonnement ludique et mélodieusement magnifique. Les guitares et les pianos s'étirent vers l'abstraction mais retombent toujours sur leur mélodie. On dirait parfois la retenue décontractée de Mathieu Boogaerts s'essayant au flamboyant de Tortoise ou Giant Sand héritant de la BO de "Dead Man" par Neil Young. Des comparaisons pourtant trop réductrices face aux pleins et déliés qu'offre Slowblow. Du Jazz ivre au Lalo Schifrin revu à la sauce lo-fi en passant par une chanson-générique aux allures folk (en tout point déchirante), Slowblow s'accapare les genres, s'en amuse et les re-crée pour finalement offrir une BO des plus belles et atypiques entendues depuis des lustres.

IMMORTAL LEE COUNTY KILLERS - Love Unbolts the DarkIMMORTAL LEE COUNTY KILLERS - Love Unbolts the Dark
(Sweet Nothing / Chronowax)


Par quel miracle toute une jeune génération de musiciens semble avoir écouté conjointement dans leur prime jeunesse les Buzzcocks et Skip James ? A l'instar du Gun Club, de Nick Cave, de Jon Spencer et de nombres de groupes de rock 70's, les Von Bondies, Soledad Brothers, Withe Stripes et autres Kills ont en effet décidé de tremper leurs guitares soniques dans les eaux troubles du Mississippi. Les Immortal Lee County Killers sont de ceux là, des irréductibles des trois accords qui sillonnent l'Amérique depuis des années, faisant cracher les six-cordes vintage devant un public de quelques convertis. Les ILCK c'est la frange radicale de ce courant "indie-blues-punk". En duo (batterie et guitare), le groupe joue tantôt fort et rapide, tantôt lent et poisseux, rongeant le blues jusqu'à la moelle avec tant de hargne que leur musique prend parfois un tournant inattendu et irait jusqu'à évoquer Can. Du blues à la musique répétitive, il n'y a finalement qu'un pas. Du fait de son concept mi-live/mi studio, l'album peine à être cohérent et reste trop disparate pour envoûter totalement. Certains morceaux n'en sont pas moins jubilatoires, comme cette reprise de Skip James, "The Devil got my Woman" tube lumineux à l'origine, métamorphosé ici en morceau à insérer dans la BO de "Délivrance", soit une chanson languide, malsaine et moite. Satan est de retour dans le bayou et on en redemande.