Albums - Pete Aves, Jonathan Donaldson & The Color Forms

18/05/2005, par Julien Espaignet | Albums en bref |
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ALBUMS par Julien Espaignet

PETE AV- BystandingPETE AVES - Down Beat
(Euro-Visions) - acheter

En pop, comme dans beaucoup d'autres domaines, l'excès de compétence peut se révéler un écueil aussi impitoyable que l'excès d'incompétence. Au temps où les High Llamas, en musiciens surdoués qu'ils sont, reproduisaient peu ou prou "Smile" et "Pet Sounds" à la nuance près, leurs disques séduisaient de prime abord avant de donner l'impression de tourner tristement en rond. Un peu comme ce cuistre qui, lorsque, tout jeune, je m'adonnais au rugby au Lyon Olympique Universitaire, épatait la galerie en enquillant les essais sans grand mérite, puisque sous-classé de deux catégories d'âge. Bref, depuis "Snowbug", le groupe de Sean O'Hagan s'est brillamment ressaisi en réinvestissant son talent à des fins plus aventureuses et (en partie) affranchies des dogmes wilsoniens. Pete Aves, guitariste des High Llamas, poursuit de son côté depuis 2002 une carrière solo dont le but paraît d'éviter justement le radotage, la facilité. Pour ce faire, il n'hésite pas à esquisser des canevas mélodiques hybrides, dilater le format chanson, instiller dans sa pop très européenne des rythmiques et un sens de l'improvisation propres à un certain jazz. D'où ce "Down Beat" à la fois laid-back et mûr, s'autorisant ici et là quelques escapades swinguantes ("Mirror", digne d'un croisement entre John Howard et le Stevie Wonder de "Isn't She Lovely"). Un peu longuet, il est vrai, mais courageux, en sa volonté même de remise en cause, et toujours élégant. Comme un Louis Philippe anglais, juste un peu moins précieux et soucieux du détail - c'est un compliment.

Jonathan Donaldson & The Color Forms - Beyond Blue BellsJONATHAN DONALDSON & THE COLOR FORMS - Beyond Blue Bells
(Traveling Talons)

Dans le livret du disque, un jeune homme aux faux airs de Ian Dury période "New Boots and Panties" se marre comme un bossu. Le raccourci est facile, mais il est tentant d'imaginer Jonathan Donaldson (c'est lui) pris alors en flagrant délit d'hilarité devant la réaction forcément incrédule de l'auditeur lambda à la première écoute de ce "Beyond Blue Bells". Qualifiant sa musique de "pop maximaliste" (hum), se réclamant d'Aztec Camera et des Who, ce songwriter originaire du Massachusetts paraît en tout cas prendre un malin plaisir à jouer avec nos nerfs. Hormis un "Open up the Gates for Me" d'ouverture coloré et jubilatoire comme du They Might Be Giants, pas une chanson ici qui n'emprunte d'ahurissants chemins de traverse, ne multiplie les fausses pistes ou tout simplement ne soit, proverbialement, impossible à fredonner sous la douche. Beaucoup d'idées, certes, mais encore trop peu de discernement. Le meilleur exemple reste "The Impassioned Eyes of Song", comptine débutée au banjo sous des auspices on ne peut plus charmeurs et qui, à mi-chemin, s'auto-détruit sous les coups de boutoir d'un refrain aussi dissonant et éraillé que du Pere Ubu. Comme une preuve conjointe de son goût et de ses défaillances, notre homme s'excuse, dans les notes de pochette, auprès de Jonathan Richman pour l'emprunt un tantinet moqueur de "Higher Power" qu'il commet dans "Look Me Over". Or il devrait quand même savoir que Jonathan Richman est bien incapable de la moindre forme de rancune ou d'aigreur, non ? (ou alors, c'est à désespérer de tout)

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