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ALBUMS
par Jean-Charles Dufeu
JULLIAN
ANGEL Melancholic Ecstasy
(Another Record) [site]
Débroussaillant les contrées d'une électro-pop pas si
fréquemment explorée, Jullian Angel se promène,
et nous avec, d'une plage à l'autre de ce disque, finalement moins mélancolique,
et certainement beaucoup moins statique en tout cas, que ce à quoi le
titre pourrait nous faire croire. Au milieu des boucles et des bricolages synthétiques,
des constructions en strates successives et des ruptures de tons, c'est la
voix qui sert de guide, et, en hôte bienveillant, elle sait se montrer
accueillante sans trop envahir l'espace. Autour d'elle se superposent tous
les éléments nécessaires à la construction de morceaux
tour à tour énergiques, enjoués, retenus, graves ou...
mélancoliques. Par un étonnant paradoxe, c'est la faculté qu'a
chaque titre de ne pas ressembler au précédent, et de développer
sa propre unité, de ton et de forme, qui fonde la cohésion de
l'ensemble. Aux envolées artificielles de violons, qui ouvrent le disque
sur une note particulièrement. optimiste, répond la basse crépusculaire
de "Missing Destiny", à la batterie fougueuse de "Revival",
l'ambiance cold-wave de "Fallen"... On évolue donc, on explore,
on contemple. Et au moment où l'on pourrait s'égarer, on est
rapatrié vers des structures plus simples. C'est "Shine" par
exemple, qui derrière son voile presque tribal et ses sonorités électroniques,
a toute l'efficacité, la rectitude authentique d'un titre folk. Le disque
se conclut d'ailleurs sur une plage où les machines ne jouent plus qu'un
rôle secondaire par rapport à la mélodie elle-même,
emmenée par la guitare sèche. Comme pour attirer l'attention
sur ce qui demeure la principale attraction de l'album : un sens profond de
la chanson.
LUIS
FRANCESCO ARENA Luis Francesco Arena
(Another Record) [site]
Un autre disque pour Another Record. Un autre univers aussi. Spontanément
plus familier a priori, puisqu'il s'agit cette fois d'un album qu'on pourrait,
par un raccourci facile, qualifier de folk. Un folk décharné et
désenchanté où se baladent simplement une guitare acoustique,
quelques notes de piano, de violon ou de violoncelle, d'autres instruments
très occasionnellement, et la voix haut perchée de Pierre Louis,
connu par certains pour officier comme leader des Headcases, lorsqu'il ne débranche
pas sa guitare. Une promenade de santé ? Ça pourrait en être
une s'il n'y avait dans le chant cette immédiateté viscérale,
cette propension à surgir dans les moindres recoins d'une chanson en
apparence apaisée. Là où son collègue Jullian Angel
excelle à instaurer
des atmosphères, à grand renfort d'ingéniosité synthétique,
Luis replace le débat sur l'homme, de chair et de sang, faillible et
imparfait, au centre de l'expression artistique, et étire ses chansons,
dans le dépouillement le plus volontaire, jusqu'à faire ressentir à son
auditeur l'épreuve physique que cela peut représenter. Sur la
corde raide et usée de cette dizaine de titres, jaillissent de ci de
là quelques illuminations mélodiques qui suffisent à faire
de ces morceaux autre chose que des messages de détresse envoyées à la
mer. A l'intérieur de l'emballage de verre, transparent et fissuré,
le papier à lettres a gardé l'éclat que son expéditeur
voulait lui donner. A chacun de savoir ouvrir la bouteille.
Ces
deux disques ne sont pas disponibles chez Amazon, mais
ne coûtent que sept euros sur
le site d'Another
Record.
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