Albums - Jullian Angel, Luis Francesco Arena

16/05/2005, par Jean-Charles Dufeu | Albums en bref |
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ALBUMS par Jean-Charles Dufeu

JULLIAN ANGEL- Melancholic EcstasyJULLIAN ANGEL - Melancholic Ecstasy
(Another Record) [site]

Débroussaillant les contrées d'une électro-pop pas si fréquemment explorée, Jullian Angel se promène, et nous avec, d'une plage à l'autre de ce disque, finalement moins mélancolique, et certainement beaucoup moins statique en tout cas, que ce à quoi le titre pourrait nous faire croire. Au milieu des boucles et des bricolages synthétiques, des constructions en strates successives et des ruptures de tons, c'est la voix qui sert de guide, et, en hôte bienveillant, elle sait se montrer accueillante sans trop envahir l'espace. Autour d'elle se superposent tous les éléments nécessaires à la construction de morceaux tour à tour énergiques, enjoués, retenus, graves ou... mélancoliques. Par un étonnant paradoxe, c'est la faculté qu'a chaque titre de ne pas ressembler au précédent, et de développer sa propre unité, de ton et de forme, qui fonde la cohésion de l'ensemble. Aux envolées artificielles de violons, qui ouvrent le disque sur une note particulièrement. optimiste, répond la basse crépusculaire de "Missing Destiny", à la batterie fougueuse de "Revival", l'ambiance cold-wave de "Fallen"... On évolue donc, on explore, on contemple. Et au moment où l'on pourrait s'égarer, on est rapatrié vers des structures plus simples. C'est "Shine" par exemple, qui derrière son voile presque tribal et ses sonorités électroniques, a toute l'efficacité, la rectitude authentique d'un titre folk. Le disque se conclut d'ailleurs sur une plage où les machines ne jouent plus qu'un rôle secondaire par rapport à la mélodie elle-même, emmenée par la guitare sèche. Comme pour attirer l'attention sur ce qui demeure la principale attraction de l'album : un sens profond de la chanson.

LUIS FRANCESCO ARENA- Luis Francesco ArenaLUIS FRANCESCO ARENA- Luis Francesco Arena
(Another Record) [site]

Un autre disque pour Another Record. Un autre univers aussi. Spontanément plus familier a priori, puisqu'il s'agit cette fois d'un album qu'on pourrait, par un raccourci facile, qualifier de folk. Un folk décharné et désenchanté où se baladent simplement une guitare acoustique, quelques notes de piano, de violon ou de violoncelle, d'autres instruments très occasionnellement, et la voix haut perchée de Pierre Louis, connu par certains pour officier comme leader des Headcases, lorsqu'il ne débranche pas sa guitare. Une promenade de santé ? Ça pourrait en être une s'il n'y avait dans le chant cette immédiateté viscérale, cette propension à surgir dans les moindres recoins d'une chanson en apparence apaisée. Là où son collègue Jullian Angel excelle à instaurer des atmosphères, à grand renfort d'ingéniosité synthétique, Luis replace le débat sur l'homme, de chair et de sang, faillible et imparfait, au centre de l'expression artistique, et étire ses chansons, dans le dépouillement le plus volontaire, jusqu'à faire ressentir à son auditeur l'épreuve physique que cela peut représenter. Sur la corde raide et usée de cette dizaine de titres, jaillissent de ci de là quelques illuminations mélodiques qui suffisent à faire de ces morceaux autre chose que des messages de détresse envoyées à la mer. A l'intérieur de l'emballage de verre, transparent et fissuré, le papier à lettres a gardé l'éclat que son expéditeur voulait lui donner. A chacun de savoir ouvrir la bouteille.

Ces deux disques ne sont pas disponibles chez Amazon, mais ne coûtent que sept euros sur le site d'Another Record.

 

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