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ALBUMS
par Vincent Arquillière
MARTHA
WAINWRIGHT - Martha Wainwright
(V2) [site]
Après le père, la mère et le fils, je voudrais... la
fille ! Sacrée famille que celle des Wainwright... Après Loudon,
Kate et Rufus, c'est donc au tour de la blonde Martha de pousser la chansonnette – avec
une puissance vocale à laquelle le folk ne nous avait plus guère
habitués – et de nous livrer ses confessions. Sans convaincre totalement,
son premier album (distribué tardivement en France après avoir été disponible
en import) révèle un nouveau songwriter féminin à forte
personnalité. Si le disque souffre par moments d'une facture un peu trop "mainstream" ou "adult
rock" qui semble le destiner avant tout au marché nord-américain,
il regorge de chansons brillantes, interprétées avec une conviction
qui ne peut laisser indifférent. Martha règle ici pas mal de comptes
avec les hommes (son père, d'anciens amants ?), mais ses textes ne virent
jamais à l'aigre ou à l'exhibitionnisme. Sur disque comme sur scène – où elle
reprend élégamment Barbara -, c'est dans le dépouillement,
mots crus sur mélodies nues, qu'elle séduit le plus. Reste à savoir
si, dans le futur, son écriture atteindra les mêmes sommets que
chez le reste de la famille.
RICHARD
THOMPSON
- Front Parlour Ballads
(Cooking Vinyl / Wagram) - [site]
Richard Thompson est grand, on le sait depuis plus de 35 ans et ses débuts
au sein de Fairport Convention. Mais son excellence est si régulière
et l'homme si discret qu'on avait presque tendance à l'oublier. "Front
Parlour Ballads" vient nous le rappeler d'une éclatante manière,
en treize chansons qui se contentent pourtant de l'essentiel. Après tout,
avec une voix et un jeu de guitare pareils, on peut très bien se passer
d'arrangements alambiqués et d’accompagnateurs de luxe. Pas de Mitchell
Froom, de Pete Thomas ou de Joey Waronker cette fois-ci, donc, mais une inspiration
des grands jours, des mélodies superbes, un art du storytelling à son
zénith. Comme le titre l'indique, les morceaux sont pour la plupart des
ballades, aux tempos alanguis, mais d'une telle richesse que jamais l'ennui ne
guette. Derrière ces madrigaux modernes, d'un extrême raffinement
musical et littéraire, se cache une sensibilité résolument
pop, dans le meilleur sens du terme.
JOSE
GONZALEZ
- Veneer
(Peacefrog)
- [site]
Amateurs d'ironies, ce disque est pour vous. D'abord, José González
est... Suédois, comme son nom ne l'indique pas vraiment. Ensuite,
le titre de son premier album, "Veneer" ("apparence", "vernis" en
français) décrit assez mal son contenu, dénué de
toute fioriture, réduit à l'essentiel – une voix, une guitare
privée d'électricité, un rien de percussions, une trompette
sporadique. Enfin, le quatrième morceau du disque, "Heartbeats",
sert de musique à une pub pour des écrans de télé haute
définition (un produit qui techniquement, est à l'opposé du
son naturel, presque lo-fi, du disque), où des balles de toutes les couleurs
descendent les rues pentues de San Francisco. Et comme par hasard, il s'agit
du seul morceau que González n'a pas écrit (c'est une reprise de
ses compatriotes electro-pop The Knife)... Pour le reste, "Veneer" est
une belle collection automne-hiver de folk-songs dépouillées comme
les Scandinaves savent si bien les faire, un peu frustrante par sa brièveté (une
grosse demi-heure), mais extrêmement prometteuse. Y brille particulièrement
le riche jeu de guitare de l'ami José, pétri d'influences latines – comme
son nom l'indique davantage.
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