| ALELA
DIANE
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Vos chansons ont
un côté intemporel, comment l'expliquez-vous
?
Oui, il y a plein de références à des
choses qu'on n'utilise plus aujourd'hui, des choses qu'on
laisse derrière nous. Je ne sais pas si j'ai un côté
mélancolique mais je suis sans doute un peu contemplative
; je m'intéresse plus au passé qu'aux dernières
nouveautés. Par conséquent, j'écris
peut-être un peu comme certains artistes il y a une
cinquantaine d'années ou un siècle. Ma conception
de la vie ce n'est pas de gagner de l'argent ou de réussir
à tout prix, j'aspire à quelque chose de simple
: rassembler mes amis autour d'un bon repas, boire du thé,
être avec mon chat à la maison… Ça
donne ce genre de chansons.
Depuis la sortie
de votre album, vous avez enregistré un EP qui s'intitule
"Songs Whistled Through White Teeth". Connaissez-vous
Andrew Bird, un autre grand siffleur de chez Fargo ?
De nom mais je n'ai jamais écouté sa musique.
Je vais m'y mettre, promis.
Comment sonnera
votre prochain album ?
Il sera différent forcément. Ça fait
déjà quelque temps que j'y travaille, j'ai
pas mal de chansons, il y a aura probablement plus d'instruments.
Mais je pense que ce disque ("Pirate's Gospel")
contient l'esprit même de ma musique parce qu'il est
porté uniquement par la voix, la guitare et quelques
discrets arrangements.
Où trouvez-vous
l'inspiration pour les paroles ?
Dans la vie de tous les jours. A l'époque où
j'écrivais les chansons de ce disque, je m'interrogeais
beaucoup sur la définition du foyer parce que je
vivais à San Francisco et que mes parents venaient
de vendre la maison de mon enfance suite à leur séparation.
Donc je n'avais plus d'endroit où aller. Mes paroles
relatent cette perte de repères et aussi la mémoire
des membres de famille qui ne sont plus là. C'est
un album assez nostalgique.
Est-ce qu'on peut
dire que vos chansons sont parfois proche du storytelling
?
Oui, un peu. "Pieces of String" notamment. C'est
une histoire que ma mère m'a racontée à
propos de mon arrière-grand-mère. C'était
une femme qui collectait tout ce qu'elle trouvait dans un
grand sac en se disant que ça pourrait servir un
jour. Pour moi, cette chanson, c'est une façon de
perpétuer la mémoire familiale, proche de
la tradition orale même si je n'ai jamais connu cette
femme et si elle me semble à moitié folle.

Et la spiritualité
dans tout ça ? Le titre "Tired Feet" comporte
un credo en latin "In Excelsis Deo" ?
Oh ça ! Je faisais partie d'un choeur quand j'étais
plus jeune. On interprétait des chants religieux.
On a même fait une tournée des églises
en Italie. Beaucoup de chansons parlaient de Dieu et comportaient
cette formule "In Excelsis Deo". Mais ce n'est
pas une chanson à la gloire de Dieu. J'évoque
le sentiment d'isolement que l'on peut ressentir quand on
est dans un pays étranger et qu'on ne parle pas la
langue. Le seul endroit auquel vous pouvez vous raccrocher,
c'est une église. Je l'ai vécu personnellement.
Vos influences musicales
?
Mes parents chantaient dans la cuisine tous les jours. On
n'écoutait pas beaucoup de musique, on en faisait.
On avait quelques disques : Patsy Kline, The Shangrilas,
surtout de la old country. On avait aussi un disque de Paul
Simon, "Graceland". C'est à peu près
tout.
Qu'est-ce que vous
pensez du climat politique aux Etats-Unis ?
Ce qu'il se passe est assez malsain. Quand on voyage, on
se rend compte que ce n'est pas facile d'être américain
de nos jours. C'est même parfois assez humiliant.
Mais pour l'instant, je ne me sens pas capable de me servir
de la musique pour dénoncer la politique du gouvernement
ou militer pour certaines causes.
Propos recueillis par
Vincent Arquillière et Luc Taramini
Photos de Julien Bourgeois
Merci à Adrien.
A lire également
:
La chronique de "Pirate's
Gospel"
La chronique d'"Even
Cowgirls Get The Blues"
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