Est-ce que tu te sens proche de certains Français qui revendiquent aussi une culture anglo-saxonne et qui font de la chanson rock ?
Sincèrement non. Je ne suis pas très curieux, mais je suis sûr qu'il se passe des trucs bien. J'aime beaucoup Fred Poulet, par exemple. Il n'est pas assez estimé. Je trouve que c'est un gars méritant qui a une vraie poésie verbale et musicale. C'est barré, c'est drôle, c'est blues et c'est rock. J'ai rencontré aussi de fortes accointances avec Bashung parce que c'est un des rares mecs qui revendiquent des choses que j'écoutais : Wire, Neubauten, Nick Cave. Donc fatalement, je m'y suis intéressé et puis j'aime bien une certaine forme de mélancolie. Des artistes comme Ferré, Nougaro, Christophe ou Murat peuvent également me toucher. Leur musique contient une certaine théâtralité qui me parle.

Est-ce qu'en trois albums, tu as senti ton écriture évoluer ? Sur ce disque, j'ai le sentiment, qu'elle s'est resserrée, pour aller à l'essentiel...
Oui, absolument. Je n'ai jamais abordé les textes sous un angle poétique - même si j'y suis sensible - mais pour qu'on puisse écouter mes chansons presque sans écouter le texte. Un peu comme on écouterait un morceau en anglais. Je travaille vachement le texte pour que, tout à coup, il disparaisse. Sur ce disque, j'ai souhaité employer des mots plus simples pour que les textes puissent être lisibles au premier abord sans pour autant amputer la force évocatrice des mots.
Tu dis que pour chaque album tu construis un univers autour, comment arrives-tu à passer d'un univers à l'autre ?
C'est ça qui est terrible. C'est super dur. Si les gens savaient combien ça me coûte de faire un disque. Je ne peux pas le nier, je donne tout même si ça me rapporte peu. Je devrais essayer de prendre ça un peu plus à la légère mais, au fond, je m'investis. Comment je passe d'un univers à l'autre ? Heureusement je suis bien entouré, j'ai ma femme, la mer, on nage beaucoup, on aime manger, etc. On a quitté Paris pour ne pas être tout le temps dans un microcosme. C'est fondamental de ne pas jouer la comédie.
Est-ce que tu souhaites associer ton travail à d'autres artistes ?
J'ai plutôt collaboré avec des gens sur scène. "Tutti Quanti", c'est un morceau que j'ai écrit pour Jeanne Birkin et j'ai espoir de le partager un jour avec elle. J'ai très envie d'écrire pour les autres, j'en ai même toujours eu envie.
Et le fait de ne pas avoir de groupe, ce n'est pas trop dur parfois en tournée ?
Je pourrais avoir une équipe fidèle mais je trouve ça excitant de fonctionner par rencontres. Sur la tournée, "Dragueuse de fond", j'ai dû faire soixante à soixante-dix dates tout seul, strictement en solo. Certains soirs dans ma loge, j'étais déprimé. J'aurais aimé partager ces moments avec d'autres.
Comment tu te vois dans dix ans ?
Comme une référence, une vedette (rires). Je me vois pareil : curieux, gourmand, anachronique. Un peu poétique et drôle aussi. J'espère juste que plus de gens le sauront.
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