Andrew Bird - Paris, La Maroquinerie, le 29 mars 2007

06/04/2007, par Jean-Charles Dufeu | Concerts |
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ANDREW BIRD - Paris, La Maroquinerie, le 29 Mars 2007

 

Andrew Bird

Il est rare de voir un concert ponctué par autant de sifflements, et plus surprenant encore pour une performance de cette qualité. "Comme d'habitude", diront pourtant ceux qui ont déjà vu Andrew Bird sur scène ces dernières années. Peut-être est-ce la routine pour lui et ses proches les plus fidèles, mais pour les pauvres spectateurs que nous sommes, il n'est pas si fréquent d'assister à un tel déploiement de maîtrise technique, d'aisance artistique et de ferveur scénique. Certes, on savait Andrew Bird doué. On le découvre virtuose et profondément exigeant quand il s'agit de livrer une lecture des titres de son très récent "Armchair Apocryphia", passé en revue quasiment entièrement ce soir-là. Accompagné d'un seul batteur (qui assurait une première partie bidouillante, marchant légèrement sur les plates-bandes de Four Tet - si on peut se permettre d'extrapoler à partir du dernier morceau entendu), le Bird se démultiplie sur scène, enregistrant des boucles à n'en plus finir, qui s'enchevêtrent les unes aux autres dans un tourbillon mélodique assez fascinant, et assure alors tous les rôles : violoniste à l'archet énergique, guitariste au violon en bandoulière, chanteur en solo avec guitare, xylophoniste à l'âme délicate et bien sûr… oiseau siffleur.

Andrew Bird

Quand l'homme orchestre opère, c'est un mini festival auquel assiste l'auditoire venu admirer la nouvelle coqueluche (jusqu'à l'idolâtrie béate parfois) et les versions qu'il livre de ses chansons confirment à quel point les prouesses techniques font écho chez Bird à une véritable profusion artistique. Car aucun des titres repris ici ne suit le déroulement exact de son modèle sur album, malgré le naturel avec lequel ils sont tour à tour revisités. Et l'aisance apparente dont il fait preuve sur scène contraste avec le refus systématique de se plier à la simplicité lorsqu'il s'agit de (ré)interpréter un titre. Le seul vrai regret de cette soirée sera donc de voir le merveilleux "Mysterious Production of Eggs" quasiment ignoré de la playlist, en dehors de la chanson de bienvenue "Nervous Tic Motion of the Head to the Left" grâce à laquelle Andrew Bird, qui cache dans le fond une nature de petit plaisantin, se met volontairement en scène, plus maniéré que jamais (mais ça l'arrange bien au fond). Par ailleurs, les nostalgiques qui, comme moi, espéraient un peu l'explosion "Fake Palindromes" en rappel ont quand même pu se consoler avec une belle reprise de Bob Dylan, "Oh Sister", identifiable aux paroles plus qu'à la musique (l'introduction laissait plutôt présager "Knocking on Heaven's Door" à vrai dire), nouvelle preuve superflue du talent du bonhomme pour irradier son univers sonore, au-delà mêmes de ses propres compositions. On souhaite donc voir la même formule (magique forcément) s'accomplir sur la scène de la Cigale dans quelques semaines. Nul doute qu'Andrew Bird saura réunir à nouveau ces deux éléments qui font le succès d'un concert : salle comble et public comblé.

Jean-Charles Dufeu.
Photos par Guillaume Sautereau

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