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ANIMAL COLLECTIVE

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L'un de mes confrères a écrit à propos de votre musique que les deux clefs étaient "excitation" et "enthousiasme"... Est-ce que ça reflète bien votre état d'esprit et votre musique ?
Avey Tare : dans le processus d'enregistrement, il y a peut-être un peu plus que ça, avec chacun des membres qui apporte quelque chose, pour en faire une sorte d'expérience sonique. Mais on aime l'idée que l'énergie soit contagieuse et je crois qu'on met effectivement beaucoup d'enthousiasme dans l'écriture de nos chansons.



Je suis toujours aussi surpris de constater à quel point l'énergie, la violence même de votre musique est liée à quelque chose de positif, alors qu'elle a vraiment tendance à être connotée par des sentiments négatifs ou pour le moins mitigés habituellement. Est-ce que vous êtes des gens si positifs que ça dans la vie ?
(Réaction cacophonique générale)

Geologist : on n'essaie pas d'être spécialement énervé, c'est vrai. Je pense qu'on peut aussi être triste, comme tout le monde. Et on peut aussi s'énerver, comme tout le monde. Mais ce n'est pas des sentiments qu'on cherche à développer dans notre musique. Nous ne nous détestons pas les uns les autres. D'ailleurs, on ne déteste personne en particulier. Peut-être que quand j'étais petit je détestais mon frère parfois ? (Rires).

Dunkin : je n'écris pas les chansons et mon point de vue n'engage que moi, mais j'ai l'impression que la colère est vraiment quelque chose qu'on essaie d'éviter. Il y a beaucoup de gens qui voient ça comme une progression de la vie, mais pour moi ce serait plutôt quelque chose de régressif.

Avey Tare : beaucoup d'artistes essaient d'explorer le côté sombre des choses avec la violence. Il me semble qu'on a pris le parti de penser qu'il pouvait y avoir quelque chose de positif à exploiter là-dedans. Il peut y avoir des sentiments violents, on peut éprouver une joie violente...

Panda Bear : Surtout exprimée dans le domaine de l'Art. Je pense que c'est l'endroit où la violence devrait s'exprimer d'ailleurs, ce qui peut de fait donner lieu à des oeuvres magistrales.

Avey Tare : c'est un peu notre objectif de recycler la violence en en faisant quelque chose à quoi les gens peuvent se raccrocher comme étant très positif. On aime le contraste entre des choses un peu noires et de la joie pure, mais on l'approche comme quelque chose de globalement positif et pas comme quelque chose d'inquiétant ou de glauque. Même si la musique est violente et noire, on l'envisage comme étant positive.

Pourtant vous avez fait une reprise de Nirvana ("Polly"), qui est typiquement le groupe à la fois violent et très noir...
Avey Tare : c'est vrai, mais "Nevermind" est un album qui me fait particulièrement du bien. Toutes les chansons dessus sont très bonnes. C'est vrai que "Polly" est une chanson sombre, mais malgré tout, je n'arrive pas à être déprimé par l'écoute de cette chanson. "In utero" est indéniablement différent. C'est à la fois brutal et honnête. On essaie aussi d'être aussi honnête qu'on peut.

Panda Bear : je pense que toute la rage qu'il y avait chez Kurt Cobain était vraiment tournée contre lui-même. Il était tellement personnel dans la façon dont il composait ses chansons que ça en devient possible de n'être sensible qu'à l'aspect énergique et d'en faire quelque chose d'entraînant.

Vous connaissez la formule selon laquelle la création artistique correspond à 10% d'inspiration et 90% de transpiration. Quelle serait la proportion pour vous ?
(Rires désordonnés)

Avey Tare : je suis personnellement assez convaincu que l'Art est un énorme effort pour exprimer ce qu'il y a de plus personnel en soi, ce qui rejoint un peu cette idée.

Geologist : il y a définitivement des deux dans notre musique. Je pense qu'on ne peut vraiment pas minimiser l'aspect transpiration. On travaille dur, je ne crois pas qu'on soit spécialement fainéants.

Avey Tare : il faut aussi une partie inspiration pour fluidifier le processus. Il y a forcément quelque chose à un moment qui fait qu'on a envie de travailler autant. Mais c'est sans doute comparable à n'importe quel autre boulot en fait. Il faut quelque chose de stimulant pour faire avancer la machine.

Vous êtes à la fois très liés aux machines et aux animaux, et les deux s'en ressentent dans votre musique. Si vous deviez choisir entre ces deux mondes antagonistes, lequel des deux l'emporterait ?
Avey Tare : les deux ont certainement beaucoup de valeur et on est à la jonction. On ne pourrait pas abandonner le monde des machines et de la technologie, c'est ce qui nous rend humains... et les musiciens que nous sommes. En même temps, je pense qu'il y a quelque chose de très attractif dans un certain mode de vie animal, mais je crois qu'on se sentirait très vite isolés si on vivait de cette façon.

Panda Bear : sur les nouvelles chansons, on n'utilise pas d'instruments traditionnels, et ce serait très tentant de dire qu'on est définitivement passé du côté des machines. Pour autant, la façon dont on les utilise est très primaire, presque animale pour le coup. Ce qu'on fait avec ces machines n'a rien à voir avec ce qu'on pourrait faire avec un ordinateur. Les machines elles-mêmes sont très rudimentaires. Pour moi, le processus reste très organique.

Vous avez défini votre musique comme quelque chose "qui vient de l'âme". Pour moi, il y a indéniablement une dimension physique dans votre musique. Quelle place vous faites au corps dans cette définition ?
Avey Tare : James Brown disait que le secret de l'âme était dans les pieds. Je pense qu'on peut dire en toute modestie qu'on aime s'adresser au corps, à l'âme, au coeur... A l'imagination. Nous ne sommes pas sectaires.

Propos recueillis par Jean-Charles Dufeu
Photos : Julien Bourgeois

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