Anthonin Ternant se coupe en trois

22/03/2016, par Romain Benard | Albums |
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Black Bones

Avec Yuksek et The Shoes, les Bewithed Hands ont marqué la pop française de ces dix dernières années, faisant de Reims le pôle d’une musique audacieuse et inventive. Anthonin Ternant, chanteur hirsute du collectif, revient triplement en ce printemps : trois projets scéniques, trois disques, une personne. L’équation parait fantaisiste, le résultat, lui, est plutôt fabuleux.

En échappée solitaire, le Rémois est à l’origine de Blackbones, formation en quartet de zombies fluorescents amateurs de baseball ; The Wolf Under The Moon, one-man-band en forme de roi médiéval mégalomane (et fluo) ; Angel enfin, où l’on retrouve Anthonin seul encore, mais dans la peau d’un ange avec des ailes en carton et des conflits de personnalité mystiques. Trois divisions théâtrales d’un même univers naïf, trois déclinaisons narratives d’une grande comédie musicale avant-gardiste où les inspirations demeurent essentiellement liées aux thèmes de la mégalomanie, de la mort, de la solitude des espaces infinis et des êtres surnaturels. Trois EP enfin, sortis en ce début d’année et disponibles sur la plateforme Le Marché Super. Trois recueils de chansons tubesques aux mélodies entêtantes, utilisant la langue anglaise avec une simplicité rare.

Musicalement, on est promené entre plusieurs styles : Black Bones, le plus psychédélique du tryptique, a des airs de Happy Mondays et de LCD Soundsystem (I’m Gay), parfois proche aussi du Reflektor d’Arcade Fire dans ses rythmiques disco. The Wolf Under The Moon présente une orientation plus new-wave, synthétique et fragile dans ses instrumentations (Unreality) alors qu’Angel, peut-être le plus sensible des trois projets sur disque, est un magnifique continent folk, touchant à la grâce par la simplicité de ses arrangements de guitare et d’orgue (le sublime Angels Turn Around).

Il est donc important d’embrasser l’unité de ces trois disques (issus d’une seule tête pensante, et quelle tête !), autant que de les distinguer par leurs individualités : chacun est un exercice de style débordant d’imagination. Anthonin a opté pour l’insatiabilité, ne s’empêchant rien, honnête et humble comme un enfant sortant d’un atelier d’arts plastiques. Car si l’écriture musicale de ce tryptique est remarquable, elle n’est que la partie visible d’un univers total qui n’est pas sans rappeler les derniers travaux d’Adam Green ou, plus historiquement, des époques fantasques de David Bowie. En plus de la musique, Anthonin se charge des artworks, avec un trait très personnel, à la fois enfantin et tribal, des décors et des costumes de scène. L’ensemble trouve écho dans l’univers visuel des comics et des séries télévisées comme Tales from the Crypt ou The Rocky Horror Picture Show. Même second degré dans l’iconographie funèbre, même irradiation pop, même universalité.

On y retrouve de manière évidente le style si particulier des Bewitched Hands, notamment sur leur dernier album, Vampiric Way, qui marquait une évolution plus glam et moins délurée par rapport à Birds and Drums. Moins remarqué cependant que le premier, il avait précédé de peu la dissolution du groupe et laissé un peu d’amertume aux fans de la pop orchestrale du groupe rémois. On est d’autant plus heureux de retrouver en 2016 le talent si délicat d’Anthonin Ternant, et de goûter sans mesure à la cohérence de ce tryptique discographique.

 

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