APOSTLE
OF HUSTLE
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Comme
avec Broken Social
Scene, tes textes sont souvent mystérieux.
C'est là encore un mélange, entre une écriture
où je laisse s'exprimer mon inconscient et des choses
vraies, qui sont
arrivées à mes amis plutôt
qu'à moi : je préfère ne pas trop me
dévoiler ! Par exemple, "Sleepwalking Ballad" raconte
une histoire vécue par un ami. Il rentrait dormir chez
sa mère, complètement soûl. C'était
dans une banlieue
où toutes les maisons se ressemblent,
(en français) "la même chose, la même
chose, la même chose…" Il s'est trompé de
maison, a monté l'escalier et s'est couché dans
un lit… où il y avait déjà une femme
qu'il ne connaissait pas.
La
chanson-titre, qui ouvre l'album, est construite
en triptyque, avec trois mouvements très distincts.
Etait-ce intentionnel, ou est-ce venu comme ça ?
C'est un bel accident. J'aime beaucoup la jouer
sur scène car pour le groupe, ça ressemble à de
la chute libre, il y a toujours des surprises… Au
départ, c'était assez difficile de faire
des concerts avec Apostle of Hustle, car j'ai l'habitude
de jouer avec Broken Social Scene, un groupe qui peut aligner
une douzaine de musiciens sur scène. Là, sur
cette tournée avec Feist, j'aurais voulu que
nous soyons six, mais c'était beaucoup trop
cher pour le label. Donc nous ne sommes que trois, avec
le batteur de Broken Social Scene qui remplace notre batteur
habituel, Dean Stone, indisponible. Il a fallu qu'on
réfléchisse à la façon de jouer
les morceaux de l'album, à ce qu'on voulait
mettre en avant. On n'a pas de cuivres, peu de claviers,
et on ne peut évidemment pas non plus jouer avec
trois guitares… Mais cette remise en question est
intéressante, on se rend compte qu'on peut
quand même faire beaucoup de choses en trio. Ce soir, à la
Cigale, ce n'est que notre quatrième concert
dans cette formation et je suis encore très concentré sur
mes pédales d'effets, je dois penser à plein
de choses en même temps. Donc, pour l'instant,
on n'improvise pas trop, même si les versions
live diffèrent forcément de celles de l'album.
Qu'est-ce que ça te fait d'être à la
même affiche que ton amie Feist, qui fait d'ailleurs
des chœurs sur l'album ?
C'est vraiment un grand plaisir. Ca fait six ans que
je joue de la musique avec Leslie, chacun connaît
bien le répertoire et le style de l'autre.
Sur la tournée, nous allons certainement faire des
morceaux ensemble, quand nous aurons trouvé le temps
de répéter.
Comment
as-tu travaillé avec Dave Newfeld ? Il a
la réputation d'être assez tatillon.
Ça s'est plutôt bien passé car généralement
nous n'étions que trois dans le studio : lui,
Julien et moi. L'atmosphère était donc
généralement sereine et propice au travail.
Mais quand quatre autres
personnes débarquent, il
a du mal à gérer la situation et il peut devenir
invivable. En même temps, c'est toujours un
peu bizarre de travailler
avec lui. Une fois, j'entre
dans le studio et il me
dit : "Tiens, écoute
ce que j'ai fait sur "Energy of Death"".
J'écoute donc… et je n'arrive même
plus à reconnaître la chanson ! Ca n'avait
plus rien à voir avec la version de départ,
c'était comme un remix. Je lui ai dit que ça
n'allait pas, alors il a réécouté et
au bout d'un moment, il a fini par admettre qu'effectivement,
il pourrait changer certaines
choses. C'est ce qu'on
appelle une collaboration.
Sur
des sites Internet, tu
fais référence à Manu
Chao et au groupe de musique cubaine du guitariste Marc
Ribot, Los Cubanos Postizos. Même si ta musique n'est
pas vraiment semblable aux leurs, tu vois des points communs
dans vos démarches respectives ?
Oui, tout à fait. C'est plus une communauté d'esprit
que des influences évidentes. La musique de Manu
Chao a beaucoup d'importance pour moi, je me sens
proche des sentiments qu'elle exprime. J'aimais
déjà beaucoup la Mano Negra, mais je trouve
que ses disques solo sont encore mieux, plus intéressants.
Il y a plus de fraîcheur, je trouve le son plus actuel,
en prise avec l'époque. Ce qui est amusant,
c'est que le type qui produit ses disques, Renaud
Letang, a aussi travaillé avec Leslie. A l'évidence,
c'est quelqu'un qui a beaucoup de talent, de
sensibilité et d'intelligence.
Quant à Marc Ribot, c'est le premier guitariste
solo auquel j'aie prêté attention, sur
un morceau de Tom Waits,
"Jockey Full of Bourbon"
(sur l'album "Rain Dogs", ndlr). Il
reste mon guitariste favori.
Quand je jouais dans les
bars avec mon groupe, on
reprenait quelques morceaux
de ses disques "cubains".
Il a vraiment un style
unique. Je l'ai vu sur
scène
avec John Zorn et d'autres
musiciens de premier ordre
(vraisemblablement la formation Electric Masada, qui a
tourné l'année
dernière, ndlr), c'était fantastique.
A
quand un nouveau disque d'Apostle of Hustle ?
J'ai des morceaux, mais pas le temps pour les enregistrer.
Pour le moment, je suis occupé par les concerts,
puis je dois travailler avec le reste du groupe sur le prochain
album de Broken Social Scene. Kevin et Brendan (Canning,
bassiste, ndlr) sont dessus en ce moment ; à mon
retour à Toronto, je découvrirai ce qu'ils
ont fait.
Propos
recueillis pas Vincent.