Arctic Monkeys - Cornerstone

29/12/2009, par Julian Flacelière | Single |
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ARCTIC MONKEYS - Cornerstone
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ARCTIC MONKEYS - CornerstoneQu'on se rappelle les débuts des Monkeys en 2005. Alors qu'il était d'excellent ton de se poser en successeur de Libertines désintégrés ou, comme autre voie de garage, de suivre Editors, Rakes ou autres avatars de la résurrection de l'esprit cold wave, les cinq bambins de Sheffield n'avaient rien de mieux à avancer que des références aux Vines et à The Coral. Autrement dit, du côté de deux des plus grandes déconfitures publiques de la décennie, soit que leur carrière ait été malmenée par la maladie soit qu'ils n'aient jamais réussi à réellement percer malgré des disques somptueux. Si la référence au groupe de Craig Nicholls est une question d'énergie, celle aux lads de Liverpool est le temps passant de plus en plus manifeste, particulièrement depuis l'aventure Last Shadow Puppets.

Ainsi, musicalement, "Cornerstone" partage beaucoup avec certains titres de "Roots & Echoes" : ton général distingué et sage, climat quelque peu amer, mélodie inspirée, arrangements coquets, production immaculée, sans une tâche de gras ni de sueur. La parfaite chanson pop inoffensive, celle qui, au Royaume-Uni plus qu'ailleurs, patine une discographie d'une couche de respectabilité classique, borne plus ou moins obligatoire à franchir pour prétendre à y être pris au sérieux. C'est à la fois une belle chose et une impasse éventuelle, tant l'exercice est d'ordinaire lassant et superficiel. En garçon intelligent et plutôt fin conteur pour un chanteur pop, Alex Turner, à l'image d'un James Skelly révéré, aime à cultiver l'ambigüité. Cela fait des années qu'il évoque une figure anonyme, féminine, de nouveau convoquée ici, et, comme d'habitude, cela ne sent pas très bon. Il y a toujours dans les amours rêvés par Turner quelque chose qui tourne au vinaigre, sinon malsain, du moins perturbant. Dans "Cornerstone", il s'agit encore d'une fille, mais dont l'existence est tellement sujet à caution qu'il en vient à se demander s'il ne l'aurait tout simplement pas imaginée. L'auditeur non plus ne sait guère, Turner alternant faits du quotidien, détails matériels, adresse directe à l'aimée, qui n'existe peut-être pas, à la nouvelle conquête, dont il semble se ficher, récit à la première, à la troisième personne, et passages d'introspection, d'où un caractère instable et désordonné qui est assurément un des grands charmes de ce titre à priori un peu falot. Il l'interroge et s'interroge sans pour autant recevoir ni apporter de réponses ou d'éclaircissements, et on en vient, comme lui, à se demander si finalement, pour Turner parolier, l'amour ne serait pas avant tout un mirage, un "vision trick" pour le citer. La face-b du single, "Catapult", conjointement composée par Turner et Josh Homme, n'apporte pas vraiment d'eau au moulin, ou, en tout cas, moud les mêmes grains, démission, cynisme léger et quelques passages reverb en guise d'ornements. Plus proche du premier LP, mais aussi franchement plus bas du front, elle est préférée par certains à "Cornerstone". Dans l'ensemble, ce 45 tours, également disponible en CD, est à l'image de "Humbug" : attrayant, qu'on soit fan ou amateur occasionnel des Monkeys, et montrant leur face la plus pop à ce jour.

Julian Flacelière

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A lire également, sur Arctic Monkeys :
la chronique de "Humbug" (2009)
la chronique de "Favourite Worst Nightmare" (2007)
la chronique de "Whatever People Say I Am, That's What I'm Not" (2006)

Cornerstone
Catapult

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