Arlt - Interview

17/11/2010, par | Interviews |
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ARLT

Sur leur album "La Langue" comme sur disque, le duo mixte Arlt tord la chanson d'ici dans tous les sens, fouille son inconscient, lui fait raconter de drôles de choses. Au début ça surprend, mais ça devient vite addictif. Alors que le disque, jusqu'ici vendu par correspondance ou aux concerts, sort enfin (sur le label Almost Musique), nous avons pris langue avec Sing Sing - qui tient à son pseudo chantant - et Eloïse pour qu'ils nous parlent un peu de leur musique à l'alchimie singulière.

Arlt


Comment Arlt est-il né ? Sing Sing, tu avais sorti en 2007 un EP bien accueilli, "Ton pire cheval", et on s'attendait plutôt à ce qu'un album solo suive...
Sing Sing : Quand Minimum a sorti "Ton pire cheval", les chansons avaient déjà été enregistrées au moins un an avant, et le temps que le label se monte, que le disque soit fabriqué, Arlt était déjà bien en route. Il a été question que je donne suite à cet EP, mais entre-temps Minimum s'est cassé la gueule et moi j'étais occupé ailleurs... Ça ne veut pas dire que je ne m'y remettrai pas un jour ou l'autre, mais pour le moment c'est entre parenthèses. Concernant les débuts du groupe, ça doit faire quatre ans et demi qu'on a commencé.
Eloïse : Notre premier concert, c'était en... (elle réfléchit) En juin 2006.
Sing Sing : On s'est rencontrés un peu par hasard. Eloïse m'avait demandé pour deux dates de jouer de la guitare sur son répertoire de chansons traditionnelles. Je trouvais que ça se passait bien entre nous sur scène, on a donc continué à se rencontrer, discuter, faire des projets. De fil en aiguille, j'ai eu envie d'écrire des chansons qu'elle a peu à peu incorporées dans son répertoire, jusqu'à ce qu'elles deviennent l'argument principal du duo. Ce n'était pas quelque chose de concerté, de décidé bien en amont.

Mais dès le départ, vous aviez quand même une idée précise de ce que vous vouliez faire, ou ne pas faire ? Ce côté très dépouillé, vous le désiriez vraiment, ou s'est-il imposé par nécessité ?
Eloïse : Oui, c'est quelque chose qu'on a voulu, mais de toute façon il aurait difficilement pu en être autrement. Pour ma part, je ne suis pas une multi-instrumentiste, je suis à peine instrumentiste, en fait. On s'est toujours posé la question de rajouter ou non des choses, et finalement on s'est dit qu'on allait rester comme ça pour ce premier album, avec de l'absence, des moments en suspension, de manque, voire d'ennui.
Sing Sing : On a commencé en duo sur scène, et l'identité de Arlt s'est vraiment construite dans ce contexte-là. On voulait donc que le disque puisse être facilement reproduit en concert. On craignait que ce qui en faisait le sel éventuel se retrouve dilué dans des complications de prod, des arrangements trop étoffés qu'on n'aurait pas pu jouer. Et puis, ça m'intéressait aussi, en tant que "compositeur", de suggérer un maximum de choses sans avoir à les donner à entendre. Bon, sur l'album, et de temps en temps sur scène, on a Mocke, le guitariste de Holden, qui joue avec nous. Mais là aussi, on est plus dans l'évocation... J'avais envie de conserver un caractère un peu brut sur l'album, et qu'on se rende compte, au fil des écoutes, que c'est plus sophistiqué qu'il n'y paraît. Ça m'excite beaucoup qu'on soit un peu difficiles à situer à ce niveau là, que la première impression puisse être trompeuse.

Comment avez-vous écrit les chansons ? Quand on écoute vos textes, on a l'impression qu'une phrase vous est venue, qu'elle vous a plu et que vous avez tiré le fil...
Sing Sing : Je vais répondre, puisque c'est moi qui suis l'auteur de la plupart des textes. En fait, ce n'est pas très "écrit", justement. Comme pour beaucoup de choses, des idées me viennent en marchant, ou quand je fais quelque chose qui n'a rien à voir avec l'écriture, et j'ai alors une espèce de... (il hésite)

De flash ?
Oui, si on veut, enfin ça ne doit pas me tomber du ciel non plus ! (sourire) J'imagine que ce sont des choses qui ont travaillé en moi, sédimentées, amalgamées... Et je ne les note pas. J'en oublie beaucoup, et quand ça reste, que ça devient suffisamment lancinant, alors j'estime que ça vaut le coup d'être mis en musique. Ce n'est que la première étape, la phrase reste rarement dans cet état-là. C'est en composant que je commence à baragouiner sur la musique et à puiser dans les choses qui traînent au fond de mon inconscient. En général, je réajuste en fonction de ce que demandent la mélodie ou le rythme. Ça se construit un peu comme ça, et du coup je me suis toujours demandé si on pouvait vraiment parler de chansons. Il n'y a pas de méthode discursive, c'est plus des bulletins météo ou des phosphorescences qu'un canevas déroulé, très conscient.


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