Arlt - Track by Track

16/02/2011, par Silvio Lung | Track by track |
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ARLT

Arlt, "duo doué" parisien, qui fait des ponts entre le Moyen Âge, les oiseaux et la mer, plutôt folk, presque expérimental mais tellement accessible, et pas que, se prête au jeu du track by track, disséquant sa "Langue", véritable petit bestiaire des relations à deux, ou presque. Où l'on apprend que les chansons peuvent grandir avec le temps, que la poésie qui s'ignore est touchante, et que les Japonais peuvent découturer Satie. Oui.

1-La Rouille :
C'est la première chanson de Arlt.
Avec fumée partagée, goût du cuivre, érection et cette surprise de taille ; c'est déjà Noël, encore une année de foutue.
La première version enregistrée commence à dater, quatre ans et des brouettes. Belin (Bertrand) prêtait alors main forte : imitation de mandoline, polyrythmies à la cave, cliquetis de guitare.
Nous avons ici réenregistré le morceau mais Mocke, du groupe Holden qui réalise l'album et tient les guitares additionnelles, a inséré dans le mix les overdubs de la version originale. C'est volontairement assez mal calé, ça groove à côté de la plaque ce qui pour nous est un motif de joie. Et on peut entendre les fantômes de la première version, du coup. Nos voix plus jeunes de quatre hivers (à l'occasion des choeurs, qui sont d'époque. Sur la même chanson, le Sing Sing qui fait les choeurs a plus de cheveux que le Sing Sing qui chante les couplets. C'est pas magique ?).

2-Après quoi nous avons ri :
Une comptine. Le ciel est vide et les trottoirs pleins d'oiseaux cons (et morts, sans doute mais c'est pas sûr). D'abord tu as la trouille puis tu te fends la pipe. Comme dans "La Rouille", il est question de chute et d'étonnement. Bref. Pas grand-chose à dire sur l'enregistrement. Tous les titres du disque ont été joués live, dans la même pièce, fenêtres ouvertes sur la mer. Proches des conditions sur scène. Puis remontées un peu (dans la foulée des mises en boîtes, pas en post-prod), avec des coupes, du remontage, à l'arrache. C'est un album vaguement naturaliste au départ (nous voulions ressentir à l'écoute la présence physique de ceux qui sont en train de jouer et aussi entendre la pièce où ils jouent) mais parcouru de greffes laborantines, de légères manipulations et de discrets collages un peu aléatoires . Savoir que Mocke improvise ses parties de guitare, au casque, en même temps que nous, mais dans une autre pièce. On a monté les accidents en sauce. "La Langue", c'est aussi un éloge de l'accident.

3-La Honte :
Au début c'est Eloïse qui devait la chanter, seule (c'est une chanson de femme). Au final elle se contente des choeurs et c'est moi qui fais la chanteuse.
C'est enregistré guitare-voix, au saut du lit, vers 7h du matin, encore ivre de la veille et mal luné. Je joue sur une vieille gratte électrique débranchée, mal accordée et je chante comme ma grand-mère à l'église. Ma grand-mère à l'église, met comme ça du coeur aux cantiques, s'égosille de traviole, casse les oreilles. Elle est bien, ma grand-mère. Il faudra que je dise un jour combien, en plus de ça, c'est un grand poète qui s'ignore.
L'intro, cette fausse bossa exécutée avec les pieds a été jouée dans un second temps, plaquée avant le morceau, à la hussarde. Pas très soyeux le fondu enchaîné, c'est le moins qu'on puisse dire. Avec Mocke on se demandait comment évoquer une orchestration à la Vannier avec deux guitares. Eh bien, on ne peut pas. Mais quand j'entends cette intro, mon cœur fait des bonds. Et je trouve qu'elle sent bon, c'est important.

4-Château d'eau :
Je traînais sans trop savoir qu'en faire ce riff qui m'évoquait, à tort ou à raison aussi bien une ballade médiévale qu'un truc africain déplacé. J'ai mis un certain temps à lui trouver son développement, sa résolution, la suite d'accords qui ouvre le morceau en son milieu. Par "Combien j'en veux à ton paysage", on est en droit d'entendre "combien j'en veux à ton cul". Mais ça n'est pas obligé. Comme quasiment tout l'album, elle a été enregistrée en direct, ma gratte et nos deux voix, en trois prises, quatre tout au plus, Mocke y fait des interventions rares, comme avec du fil doré, des petits machins pop qui n'insistent pas et Pierre-Jean Grappin à la batterie a ensuite défait les coutures de la chanson avec humour et un sens oblique de l'à propos qui donne au morceau une progression narrative un peu inattendue, un peu escarpée. Je ne sais pas si ce que je dis là est très clair. Ni pourquoi je le dis. C'est bizarre, non, de paraphraser son propre album ?

5-Les Dents : Comme "La Rouille", c'est déjà une "vieille" chanson. Elle figurait sur notre ep 4 titres (on le vendait dans les concerts, dans une jolie pochette austère signée Florian Javet).
L'originale était plus lyrique, le chant plus grave, plus engagé. Bertrand (Belin) y avait couché quelques violons romantiques et dissonants pas vilains du tout. Entre temps, on en a même fait une version longue, tendue comme tout, avec un interminable solo de guitare bruitiste au milieu. C'était une fausse bonne idée, mais il en faut. Cette fois, Eloïse chante très doucement comme s'il s'agissait d'une berceuse, je joue moi-même comme si je pensais à autre chose et on entend Mocke dans le lointain comme une fête foraine écoutée derrière les fenêtres fermées ou avec la tête sous l'eau. C'est à la fois une halte et une digression dans le parcours de l'album.

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