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ARMAN MELIES - Les Tortures Volontaires
(Remark / Warner)
[site] - acheter
ce disque
Près
de 15 ans après son premier album, on peut se plonger en
arrière et se demander comment, au fil des ans et des albums,
Dominique A est parvenu à occuper ce statut de tête
de file de la chanson
qui nous intéresse (je ne parlerai
pas de NCF...). Au début des années 1990 donc,
on avait – en matière de chanson française – soit
affaire à des
chanteurs à textes mais dont les musiques restaient un peu étriquées,
soit à des musiciens intéressants mais dont les textes
n'auraient pas eu la
moyenne à une rédaction de fin
de CM2. Bien sûr, on pourra trouver des contre-exemples à cette
généralité (Manset, Bashung...), mais
il faut tout de même se rendre à l'évidence
: l'alphabet de la chanson
inspirée du rock de nos générations
devait débuter par ce "A" qui mettait un soin égal à composer
ses musiques inspirées des Talking Heads et de tant d'autres
et à écrire ses textes, dans une approche littéraire
qui avait jusque-là échappé à Trust
et Téléphone...
Pas étonnant donc
que l'auteur de "La
Mémoire Neuve" défende
bec et ongles Arman Méliès,
qui offre de quoi satisfaire
ceux qui aiment les textes,
les mélodies et
les arrangements raffinés.
Derrière la voix
douloureuse du chanteur,
chacune des chansons
de ces "Tortures
volontaires", souvent
composées comme
de petites symphonies,
crée un univers
mélancolique,
aux paroles concises
et superbes ("Sur
nos joues / A la chair
rosie / D'anciens feux
iront même abdiquer
/ Dans nos mains nous
porterons nos fils /
Sur leurs fronts, aucune
trace des légendes
/ Passées").
Textes mis en lumière,
certes, mais jamais ampoulés
: Méliès
chante à mots
choisis les réalités
d'aujourd'hui ("Low
Cost"), fait passer
sa vision du monde en
quelques phrases. D'entrée
de jeu, "Les Alizés" nous
font prendre le large
et dans ce périple
qui dure le temps d'un
album, jamais nous n'éprouverons
l'envie de revenir à la
berge. Le moral du capitaine
n'est pas vraiment au
beau fixe mais ses histoires
de caravelles, de fuites
et d'ivresses suffisent à nourrir
notre imaginaire, même
si le bateau tangue,
même si les vagues
s'écrasent sur
le pont comme sur les
magnifiques "Sur
nos Fronts" ou "Dora".
En guise d'accalmies,
trois instrumentaux : "Roma
Troma" nous emmène
en Italie, "Le Retour
des Caravelles" – très
inspiré des films
de Jacques Demy et de
la musique de Michel
Legrand, morceau un peu
plus faible pour moi
qui ne suit pas trop
fan du genre – vers
Cherbourg ou La Rochelle, "Géopolitique
des Brumes" évoque
le naufrage ou la perdition...
Au final, ces "Tortures
volontaires" trouvent
ainsi une résonance
profonde à ceux
qui acceptent de voyager
avec Arman Méliès
et de partager ses tourments
et l'on finit, avec un
brin de masochisme, par
en redemander.
Christophe Dufeu
Les Alizés
Low Cost
Sur nos fronts
Roma troma
Fuir (la belle échappée)
Ivres
Entre les lames
Le retour des caravelles
Dora
Géopolitique des brumes
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