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Arman Méliès - interview - POPNEWS Juillet 2008

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ARMAN MÉLIÈS

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Il y a une forme de pression à être soutenu par ces gens-là ?
Non, pas du tout ! Pendant l'album, c'était vraiment mes deux repères, "qu'est-ce qu'Alain en penserait ?" / "qu'est-ce que Dominique en penserait ?" Mais c'est tout, pas du tout de pression ; en plus, humainement, ils sont tellement adorables, ils ont tellement fait de boulot au niveau des médias pour moi que j'ai plutôt l'impression qu'ils ont ouvert mille portes pour moi plutôt que de faire en sorte qu'on m'attende au tournant. (En plaisantant) on a l'impression, après, que je suis auréolé, d'une façon presque abusive... "Ah, il est parrainé par Dominique A. et Bashung" !

Arman Méliès, par Julien Bourgeois

En parlant du morceau de Bashung, c'est différent d'écrire pour quelqu'un d'autre ?
C'est un petit peu différent mais j'avais pour ligne conductrice de faire quelque chose de pas si loin de mon univers ; je me suis dit "Bashung, tout le monde doit lui proposer du Bashung tout le temps" et puis s'il a fait appel à moi, c'est qu'il aime à peu près ce que je fais donc je vais plutôt lui proposer quelque chose qui soit assez proche de mon univers, quitte à ce que cela ne lui parle pas et que moi, je puisse l'utiliser. J'avais quand même conscience que j'écrivais pour M. Bashung mais ce n'était pas si différent que cela ; curieusement, c'est même presque plus facile car il n'y a pas toutes ces barrières conscientes ou inconscientes que l'on se met, ça coule un peu plus de source, on ne se pose pas quinze fois la question : la chanson, elle sonne donc on va lui proposer et puis on verra ; en plus, on a travaillé ensemble pendant huit-dix mois pendant lesquels on se voyait, on se faisait écouter des trucs, je repartais, je rebossais. Je savais que s'il y avait un truc qui lui plaisait pas, il y avait moyen de prendre une autre direction. La première fois que je lui ai fait écouter les morceaux, je n'en menais pas large. Mais sinon, c'est quelqu'un qui est tellement simple et tellement gentil que c'était super facile.

D'ailleurs tu l'as jouée sur scène avec Joseph d'Anvers ?
Oui, au départ on voulait la faire à trois avec Alain mais il était en concert ; j'ai dit à Joseph, c'est con, on va essayer de la faire à deux, il nous snobe (rires). C'était plus pour la blague qu'autre chose, mais on était super contents de la faire.

Il y a pas mal d'allusions au cinéma dans tes chansons, dans ton nom d'emprunt... Quel est ton rapport avec celui-ci ?
J'ai pas l'impression que ça m'influence directement sur les textes mais, quand je le vois en salle, l'état dans lequel on est quand ressort d'une salle de cinéma, est tellement magique que je trouve que c'est vraiment l'art qui permet de réenchanter le réel de la façon la plus simple : on sort d'une salle de cinéma, on met ses clés dans la serrure de la voiture, le bruit des clés n'est plus le même, alors qu'on l'a entendu 5000 fois avant... on claque la portière, c'est pareil, on marche dans une allée de graviers, on passe au McDrive et on a l'impression d'être dans un film de Tarantino, on se dit "la déco des McDo, c'est pas si nul que ça..." Le cinéma, ça rafraîchit l'œil, ça permet de cultiver une acuité : on regarde les choses différemment...

Tu es assez cinéphile ?
Oui et du coup, en faisant de la musique, j'aimerais bien que quelqu'un, en ayant écouté mon disque, ait la même perception.

Et en cinéma, tu as quelques réalisateurs préférés ?
Euh... Terence Malick par exemple, j'aime beaucoup Desplechin, Gondry - tout n'est pas au même niveau mais il y a des choses assez extraordinaires – et puis Gondry, c'est vraiment le successeur de Méliès, le côté bout de ficelle, carton pâte, les trucages à deux balles mais qui ont une force poétique que les images de synthèse à deux milliards n'ont pas. Après, il y en a plein d'autres...

Il y a un côté suranné, nostalgique dans ton univers ; tu sais d'où cela vient ?
On m'en parle souvent mais, sincèrement, je ne sais pas d'où ça vient, si ce n'est que je n'ai pas l'impression d'être totalement adapté au monde dans lequel on vit, mais sans rêver d'un autrefois qui était mieux avant. C'est juste que je trouve que le monde dans lequel on vit est un tantinet agressif et j'ai peut-être tendance à cultiver une sorte d'outre-monde...

Un univers parallèle ?
Oui. Mais après, pourquoi est-ce qu'il y a autant de mélancolie, c'est un mystère. J'ai toujours été plus touché par Nick Drake que par Carlos, enfin feu Carlos...

Qualifierais-tu ta musique de romantique ?
Oui, y'a un peu de ça ; au début, quand on me disait ça, je disais, "non, non pas du tout" car les auteurs romantiques, le XIXème, ce n'est pas quelque chose qui me touche. Mais au final, il y a un côté romantique dans le côté idéaliste des romantiques, le retour à la nature, l'utopie fouriériste enfin plein de trucs qui me taraudent plus que je ne le crois et qui ressortent dans mes chansons.

As-tu toujours le temps d'écouter beaucoup de choses différentes ?
Jusqu'à très peu de temps, j'aurais dit oui mais ce n'est plus le cas depuis quelques mois, c'est la première fois depuis... 20 ans peut-être ! Je vais moins dans les magasins et comme je ne télécharge quasiment pas – pas pour des raisons idéologiques mais parce que je suis un peu fétichiste et j'aime bien avoir les disques, le vinyle, la série limitée avec le beau livret... – je ne vais plus beaucoup chez les disquaires et, du coup, j'en achète moins. Donc je suis sans doutes en train de passer à côté de beaucoup de choses ; je me rattraperai...

Et ton séjour chez POPnews, ça t'a apporté quelque chose ?
Oui, c'est indéniable. Quand j'étais en train de juger un disque, je me disais que telle couleur sur un morceau, c'était un peu pompeux ; mais le morceau que t'es en train d'écrire, c'est un peu ça... Ça m'a vraiment permis de prendre du recul par rapport à ce que je faisais.

Il y avait même une rétroaction par rapport à ce que tu écrivais toi-même ?
Alors non, c'était vraiment quelque chose que je ressentais quand j'écoutais le disque à chroniquer. Mais à aucun moment je ne me suis dit "ce que tu critiques, c'est un peu ce que tu es en train de faire alors du coup, je ne vais pas le mettre dans la chronique".


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