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ARTS & CRAFTS

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Jason Collett...
Jason... Jason, c'est un peu la figure paternelle de la bande. C'est un songwriter incroyablement doué. Il joue avec Broken Social Scene sur scène, il est maintenant devenu un membre à part entière du groupe, et en tournée, il prend soin d'eux... Un peu comme le grand-père, très sage. Quand il est là, tout est calme. Il a deux enfants de treize et onze ans, sa sagesse doit venir de là. Il a d'abord sorti des disques sur lesquels on sentait qu'il y avait un grand talent, mais pas pleinement réalisé. Et puis il a eu des enfants très jeune, il a placé sa famille avant la musique. Maintenant que ses enfants savent aller au lit seuls, il peut partir de la maison pendant des mois, il s'est repris au jeu et nous sommes très contents qu'il participe à l'aventure. Nous avons sorti "Motor Motel Love Songs", qui est en fait une compilation de deux disques qui étaient sortis séparément au Canada. Nous l'avons sorti en Amérique du nord et nous allons bientôt le sortir en Europe. Il est en train de bosser sur de nouveaux titres, dans la même veine. Howie Beck va le produire, et cela sortira l'année prochaine. Il a réussi à trouver un équilibre entre travailler sur ses morceaux, faire ses concerts à lui et jouer avec Broken Social Scene.

Ca doit être difficile de gérer les disponibilités de tout ce monde ?
Je passe tout mon temps à regarder un grand calendrier en me demander où et quand mes groupes peuvent jouer selon qui est disponible ! C'est vraiment difficile, tout le monde joue avec tout le monde.

Valley of the Giants
C'est un de ces projets qu'on fait réellement par amour, parce qu'on entend un disque. C'était une expérimentation, comme la plupart des grands disques. Anthony, de Shalabi Effect, est le géniteur du projet, s'est dit qu'il était entouré de musiciens talentueux, et qu'il fallait qu'il travaille avec eux. Il a réfléchi comme un fou pour réussir à concilier les emplois du temps de chacun et a loué une ferme entre Toronto et Montréal, où il a emmené tout le groupe, en plein hiver. Il y avait Brendan de Broken Social Scene, Charles de Do Make Say Think, Sophie de Godspeed You Black Emperor et Deirdre, de Square Waves. Ils se sont donc rassemblés, ont écrit des morceaux, fumé des tonnes de pétards et enregistré pendant deux semaines. C'est de là qu'est né le disque. Certains critiques ont écrit qu'ils n'étaient pas allés jusqu'au bout du concept, mais ça fait partie de la magie du projet, le fait que ce soit improvisé, que ces musiciens très doués apprennent à se connaître presqu'en direct. Brendan m'a fait écouter le disque et je me suis dit qu'il fallait que je le sorte. Ils ont fait quelques concerts, mais il est quasi impossible de les avoir tous disponibles en même temps. Ils auront de nouveaux morceaux, pour peu qu'ils réussissent à trouver le temps de se réunir à nouveau ! C'est un projet ouvert...

Apostle of Hustle

Apostle of Hustle
C'est le projet d'Andrew Whiteman, qui est le guitariste solo de Broken Social Scene. Ca faisait des années qu'il faisait des concerts sous le nom de Apostle of Hustle dans les clubs de Toronto, de très belles improvisations avec ses amis Julian Brown à la basse et Dean Stone à la batterie. Il a passé pas mal de temps dans sa famille à Cuba et à Barcelone, et il est tombé amoureux des musiques espagnoles et cubaines. Et puis il y avait aussi l'influence de Broken Social Scene, le côté rock indé. Il a rassemblé tous ces éléments, avec l'aide de David Newfeld, qui a joué un grand rôle dans la conception de ce disque et est aussi le producteur de Broken Social Scene. Et nous, nous avons sorti le disque. D'une certaine façon, c'est peut-être le projet que nous avons sorti qui est le plus dans la lignée de Broken Social Scene. Si tu aimes Broken Social Scene, alors tu aimeras Apostle of Hustle. Mais ça s'en éloigne aussi pas mal. Andrew est un musicien si doué. C'est vraiment un guitariste virtuose. Il peut jouer mieux que tout le monde, mais il ne le fait pas car c'est la musicalité des choses qui l'intéresse, il fait littéralement chanter son instrument. Une chose intéressante à propos d'Apostle of Hustle, c'est qu'Andrew a appris à jouer de cette guitare cubaine nommée "Tres" - je ne peux pas vraiment t'expliquer la différence avec une guitare normale - et que cela donne une coloration très spécifique à sa musique. C'est le genre de personne à penser à la modalité de sa musique, à lire des livres là dessus.

Il a une très belle voix aussi...
Oui, très douce, très belle. Mais il ne faut pas négliger l'apport de ses musiciens et de David Newfeld qui a produit l'album. David est un peu un savant fou.

Tu as des projets en dehors de la musique ?
A titre personnel ? oui, je dirige une agence photo. Je fais aussi du design de site web, c'est moi qui ai réalisé celui d'Arts & Crafts...

En tant que dirigeant d'un label, que penses-tu de l'état du marché de la musique à l'heure actuelle ?
Tous les dix ans, un nouveau format apparaît, depuis cinquante ans. Quand est arrivé le CD, tout le monde en était fou. Dès 1995, le marché était saturé. Tout le monde avait racheté ses disques favoris en CD par exemple. Alors un nouveau modèle est arrivé. Le modèle actuel, c'est que tu enregistres quarante ou vingt chansons. Douze de ces chansons sont censées payer pour l'enregistrement de toutes, car tu les mets sur un CD. De nos jours, les gens ne sont pas forcément intéressés par l'achat de douze chansons. Ils en veulent une, peut-être deux. Donc tu sors deux chansons et cela les fait acheter les douze. Maintenant arrive un nouveau modèle où tu dis : les gens peuvent acheter les chansons qu'ils veulent. Et on leur répond que ce n'est pas possible, qu'il faut qu'ils achètent les douze. Mais la technologie évolue, et c'est la seule chose qui a jamais fait changer la musique, la technologie. Dès qu'on a pu l'enregistrer, la musique a changé. Dès qu'on a pu l'amplifier, la musique a changé. En tentant de s'opposer à cette évolution, le business est en train de s'auto-détruire. Mais le public va faire sans eux. Au lieu de garder le contrôle, de tenter d'avoir une vision d'avenir, ils laissent la main au public, qui ne se préoccupe pas tant du côté artistique en l'occurrence que de ce qu'il veut en tant que consommateur. Et on ne peut pas lui reprocher, puisque jusqu'à très récemment, il n'y avait pas d'alternative, il était impossible de télécharger un morceau en le payant. C'est à nous de nous débrouiller maintenant. Il y aura toujours de la musique, il en sera toujours produit, et il y aura toujours des gens pour vouloir en écouter. Notre boulot, c'est de nous assurer que nous contentons ce besoin de consommer de la musique, que ce soit en enregistrements ou en concerts. Je n'ai pas de réponse sur la façon de le faire, mais je peux te dire que nous sommes très impliqués dans la carrière de nos artistes, sous tous ses aspects, et que si l'aspect enregistrement doit disparaître, et bien nous serons impliqués dans ces autres aspects, dans la partie concert, ou dans la partie édition. Voilà.

D'un autre côté, il y a beaucoup des gens qui mettent leur musique en libre téléchargement sur Internet, parce qu'elles n'ont pas accès à d'autres médias pour la faire connaître...
Le problème avec le milieu de la musique, c'est que tout le monde a la vue basse. La musique est aussi un produit. Regarde, dans sa grande sagesse, que fait l'industrie du disque quand les ventes baissent ? elle sort plus de disques. De plus en plus. Comment un magasin va-t-il pouvoir avoir en stock toute cette musique ? Comment le public va-t-il pouvoir l'acheter ? Si on arrêtait de faire de la musique à jamais, à partir de maintenant, dans le monde entier, il serait tout de même totalement impossible d'écouter tout ce qui a été fait jusqu'à présent.

Mais n'y-a-t-il un problème d'intermédiaire ? comment peut-on découvrir Broken Social Scene aujourd'hui par exemple ?
C'est impossible. Mais il faut se rendre à l'évidence. Cela ne coûte plus rien d'enregistrer de la musique aujourd'hui. Dans les années cinquante, il fallait quasiment vendre son âme pour pouvoir enregistrer. Aujourd'hui, n'importe qui le peut. N'importe qui avec une connexion internet peut mettre sa musique à la disposition de tout le monde. Et c'est génial, il y a plus de choix, plus de musique intéressante, il y aura moins de superstars. La bonne musique surnagera toujours, le bouche à oreille triomphera toujours.

Merci à Laetitia et Constance.
Propos recueillis par Guillaume Sautereau

Site d'Arts & Crafts : http://www.arts-crafts.ca/