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austin lace et le yéti - interview - POPNEWS Novembre 2008

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AUSTIN LACE ET LE YÉTI

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Austin Lace était-il fan de Melon Galia ?
Fabrice : Oui, j'aimais bien le premier single, "Vous me quittez déjà", mais mon manager m'avait déconseillé d'écouter des groupes qui se vouvoient dans leurs morceaux.

Thierry : ah oui (il chante) "me trouvez-vous séduisant"...

Fabrice (Le Yéti)

Thierry De Brouwer

Thierry, depuis la fin de Melon Galia, il y a cinq ans, Samir Barris et Aurélie Muller (Soy un Caballo) ont chacun enregistré des disques de leur côté, alors que toi, tu sembles plus en retrait, plus réservé suite au succès apporté par le groupe. Qu'est-ce que tu as fait, depuis cinq ans ?
Thierry : Quand j'ai mis fin à Melon Galia, ça ne leur a évidemment pas fait plaisir. Ils avaient envie de continuer quelque chose, alors que moi j'avais vraiment besoin d'une pause par rapport à la musique, une vraie pause, quitte à... D'un point de vue commercial, ce n'était sans doute pas une bonne chose à faire, mais pour moi c'était salutaire.

Fabrice : Thierry, c'est un alien. Il est vraiment décalé par rapport à toute l'urgence dans laquelle on vit actuellement : sortir beaucoup de disques, être toujours présent... Il peut passer énormément de temps sans se dire un seul instant "il faut y aller, maintenant, il faut que je sorte mon disque". Tant qu'il ne sera pas entièrement satisfait de son truc, rien ne sortira. Dans l'industrie actuelle, c'est bien d'avoir un personnage comme lui qui prend le temps de faire un disque comme il l'entend.

Thierry : Mais je n'ai jamais arrêté de composer et d'écrire, je dois avoir plus de cent chansons... Fabrice m'a même aidé à faire un tri.

Fabrice : Il tient des fiches précises sur tous ses morceaux. Je n'ai jamais connu un esprit aussi... archiviste !

J'ai l'impression que la fin avortée de Melon Galia a été particulièrement douloureuse, presque traumatique. Les chansons de Samir y font directement allusion ("Mon agenda", trahissant un quasi sentiment d'abandon), et la présence d'Aurélie au sein de Soy un Caballo est profondément mélancolique. Les chansons du Yéti, aujourd'hui, sont elles aussi beaucoup plus sombres.
A la base on est des amis. On faisait de la musique ensemble, mais avec des aspirations différentes. Pour moi, Melon Galia reste une expérience formidable, on a tourné aux États-Unis, au Canada, on a fait de grandes rencontres... Mais j'avais tout le temps l'impression qu'une partie du projet m'échappait. Il y avait aussi peut-être une imagerie niaise, adolescente, qui ne me convenait plus. Aujourd'hui, c'est vrai, il y a peut-être plus de noirceur, il y a aussi plus de bouteille, mais je garde avant tout l'amour des mélodies et du côté pop fondamental - peut-être avec plus de détours et moins d'immédiateté. Peut-être qu'un jour je reviendrai à une musique avec plus de fraicheur. Au niveau des rapports qu'Aurélie, Samir et moi avons aujourd'hui, on est contents. On est contents que ce soit passé. Au début, ils m'en ont voulu d'avoir mis fin au groupe. Maintenant, je ne vais pas jusqu'à dire qu'ils m'en sont reconnaissants, mais ils comprennent.

Aurélie apparaît d'ailleurs à la fin de l'album d'Austin Lace.
Thierry : On reste une même communauté : le trompettiste du Yéti, Ludo, était déjà membre de Melon Galia. Aurélie chante sur "Poster With a View" qui clôt "The Motherman", et chantera également sur l'album du Yéti.

Fabrice : "Poster With a View", C'est un morceau qu'on trouvait très proche de l'univers de Soy un Caballo, dans le côté : on arrête le temps et on se donne le temps de laisser flotter une mélodie. Aurélie s'est d'ailleurs reconnue dans le morceau, elle a tout de suite accepté d'en faire les chœurs. C'est un choix artistique logique.

Qu'en est-il du disque du Yéti ? Est-il enregistré ?
Thierry : il y a eu pas mal de détours, j'ai eu de gros problèmes informatiques. Comme je suis derrière tout, j'ai du retomber sur mes pattes. Des choses ont du être refaites. Mais c'est en bonne voie !

Tu voudrais le produire ailleurs qu'en Belgique. Pourquoi ?
En Belgique, il y a une sacrée tendance à se dénigrer dans beaucoup de domaines – et parfois même à s'encenser de manière complètement débile, aussi. C'est plus naturel quand il y a eu une reconnaissance à l'étranger. J'ai bien vu avec Melon Galia qu'il suffit qu'il y ait la marque d'un intérêt à l'étranger, d'une herbe plus verte ailleurs, pour que sur ton propre territoire on s'intéresse à toi.

Un label aussi actif et productif que Bang!, c'est quand même une chance, non ?
Fabrice : Oui, c'est le dernier bastion de la musique indé en Belgique.

Thierry : Plus vraiment, d'ailleurs : ils viennent de se faire "avaler" par Pias...

Propos recueillis par Christophe Patris
Photos par Julien Bourgeois


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