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AUSTIN LACE
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(à Fabrice) Pourtant, tu chantes en anglais...
Lionel : Avec un accent de merde !
Fabrice (interloqué) : Avec un accent de merde ? Non, ça va. Je ne pense pas avoir un accent anglais mais...
Lionel (s'excusant à moitié) : Il est prof d'anglais.
Fabrice: Et de néerlandais. J'ai ma propre manière de prononcer en anglais, mais si ça colle bien et que c'est naturel, ça passe.
(Flagorneur) On ne dirait pas en écoutant cet anglais parfait qu'Austin Lace est un groupe de Nivelles...
Lionel: La Bande de Nivelles ! (tout le monde rit)
Je n'ai pas compris...
Fabrice : Tu ne connais pas la Bande de Nivelles? C'était une bande de tueurs du Brabant-Wallon, dans les années 1980. C'est comme ça qu'on les appelait en Flandres.
Lionel : C'est un très mauvais jeu de mots. Une fois en concert, on s'est présentés comme la bande de Nivelles, et ça n'a pas du tout fait rire !

Mais au fait, pourquoi chanter en anglais ?
Fabrice : Je me sens à l'aise, je peux me cacher derrière les mots en anglais. Toutes les choses crues et intimes, je n'oserais jamais les dire en français.
Enzo : C'est le sens, surtout. En anglais, tu peux coller des mots qui sonnent bien mais ne veulent rien dire ensemble. Pas en français.
Fabrice : Sur la radio nationale, ils ont une émission qui traduit des morceaux anglais en français, comme pour une leçon d'anglais. Et dernièrement, ils ont traduit les paroles de "Kill the Bee", qui ne veulent rien dire ! "Very funny hairy grizzli who's in your arms" : le drôle de grizzli poilu qui est dans tes bras, ça ne signifie rien !
Lionel : Et alors, tu avais l'interprète qui traduisait très froidement : "very funny : très drôle". En plus, ils ont traduit "hairy" (poilu) par "grisonnant". Du coup, la phrase ne voulait plus rien dire du tout !
Le clip de "Kill the Bee" est une réussite. Qui l'a réalisé ?
Lionel : C'est un ami à moi qui a monté sa boîte de production, Playtime Films. On a tourné dans une rue de Bruxelles où Fabrice habitait. C'est un faux plan-séquence sous forme de poursuite, avec des scènes chronométrées qui devaient arriver au bon moment.
Fabrice : On court après un truc, et à la fin on s'aperçoit que c'est un landeau avec un bébé dedans, mais la fin est un peu foireuse. La scène de la piscine était une belle prouesse. Ils passaient la musique mais moi, sous l'eau, je n'entendais presque rien... Mais il y a un esprit très Jacques Tati. On vient de tourner un deuxième clip, pour "Come On, Come, Come On" dans les Ardennes belges. Très surréaliste.
Les paroles de "Wax" sont assez énigmatiques...
Fabrice: Ça pourrait être l'histoire de la dernière nuit d'un soldat américain qui va partir à la guerre le lendemain, et qui va faire le plus grand nombre de saloperies possible.
Lionel : Ah, c'est ça...?
Fabrice : C'est une nuit de délire en fait.
Mmh. En fait, vous ne vous souciez pas de la cohérence des paroles.
Fabrice : Non, l'important, c'est que ça sonne bien. Et puis, à l'époque, je sortais avec un GI...
Comment vient la mélodie ?
Enzo : Sur "Wax", le guitariste avait trouvé la mélodie, j'ai mis un beat dessus et Fabrice, sa voix.
Fabrice : Tu sens la suite d'accords qui t'inspire une ligne de voix. Quand tu vois que tu commences à trop coller aux accords, le morceau tourne à vide. Sinon, c'est magique: tu fais deux-trois accords, tu les laisses mariner trois heures et la nuit tu te réveilles avec une mélodie de voix. Tu te dis : "il faut absolument que je le colle dessus les accords", alors tu prends ton téléphone, tu vas dans "Mes sonneries" où tu as 3 secondes d'enregistrement, tu fais vite une petite ligne de voix et le lendemain tu fais une ébauche sur le huit-pistes. Et après, on retravaille en groupe. En gros, c'est souvent comme ça.
Votre guitariste est parti pendant l'enregistrement...
Fabrice : Oui, il a craqué à la fin. Il a fait beaucoup de trucs pour l'album, mais c'était un solitaire, il se mettait à l'écart de la bande. Pendant notre tournée en Norvège avec les John Wayne Shot Me, il s'isolait et ne voulait jamais s'engager à fond au niveau humain. C'était un de mes meilleurs amis et ça s'est mal terminé... J'espère qu'on se reverra un jour.
Ce n'est pas l'ami à qui est dédié "To Ronald" ?
Fabrice: Non, Ronald, c'est un vieux pote d'enfance avec qui je me suis aussi disputé à la fin. Des souvenirs d'enfance en Ardèche. Une sombre histoire de fugue, de dispute parentale...
C'est tout de même curieux de quitter le groupe quand le succès arrive...
Enzo : Je lui avais dit de ne pas partir, je lui avais dit: "réfléchis bien, l'album va sortir...". Mais il est parti.
Et donc, le nouveau guitariste c'est...
Lionel : Moi.
Fabrice : Il va mieux dans l'esprit du groupe.
Et quel est l'esprit du groupe ?
Lionel : Insouciant, léger, pas très discipliné.
Fabrice : A Marseille, on est parti picoler en ville après le concert, et on s'est rendu compte qu'on ne savait pas du tout où était l'hôtel... Pour jouer dans le groupe, il faut juste accepter que ça soit bordélique.
Le format pop très carré semble vous convenir parfaitement pour l'instant. Mais plus tard ?
Lionel : On va garder le côté mélodique, mais on a envie de mettre plus d'électro, des trucs à la Phoenix. On veut être plus rentre-dedans.
Fabrice : Garder un groove très carré mais faire plus d'expérimentations au niveau des effets.
Lionel : Ne pas avoir peur de mélanger la pop alternative avec d'autres références complètement différentes. Comme Tahiti 80 avec le côté R'n'B du dernier album.
Enzo : Oui, mais leur single est horrible.
Lionel : Moi, j'aime bien.
Fabrice : En même temps, nos premières démos étaient plus sombres. C'est bizarre, quand je suis heureux, j'écris des trucs intimes et tristes, et quand je suis malheureux, j'ai tendance à ne sortir que des trucs joyeux.
Lionel : Moi, cest l'inverse.
Fabrice : T'es un ouin-ouin, toi !
Comment c'est, Nivelles ?
Fabrice: Mort. C'est à 20 km au sud de Bruxelles. Dans les années nonante, il y avait une Maison des jeunes assez active qui s 'appelait la Patate, et ils passaient des groupes alternatifs. Mais il y a une vieille légende qui veut qu'une vieille aurait payé la ville pour que rien ne se fasse au niveau culturel !
Lionel : C'est le Manchester belge...
Fabrice : Oui, mais sans les groupes. En fait, c'est une ville centrale au niveau de nos habitations, car moi je viens de Charleroi, où il ne se passe pas grand-chose non plus. L'album est né de ces années tièdes, amoureusement et musicalement, cette époque où l'on menait une existence trop paisible. Quelque chose devait éclater.
Malgré leur côté surréaliste, et malgré la musique sautillante, les textes sont assez mordants.
Fabrice: Oui, ça n'est pas de la mélancolie, c'est plutôt un côté distancié avec de l'humour ou un côté agressif. J'ai déjà eu envie de coller un coup de boule à un mec, mais le seul moyen que j'ai trouvé pour le faire, c'était d'écrire des morceaux.
Vous avez des métiers à côté ?
Lionel : Oui, je bosse dans une association, un centre d'information. On pourrait tout plaquer mais on ne se sent pas encore prêt.
Fabrice: Je suis prof de néerlandais pour les petits et ça m'apporte énormément, même pour la musique. Le fait de se retrouver devant vingt mioches à gérer, c'est pareil qu'être sur scène face à un public.
Vous vous voyez où dans 10 ans ?
Fabrice : A Hawaii, avec des girls... Non, on va d'abord essayer de rameuter un peu plus de personnes au fil des albums, et si après on peut s'assurer de jouer en France dans des salles de capacité moyenne, ce sera génial. On ne demande pas à casser la baraque.
Lionel : Je ne sais pas si je pourrais jouer devant 10 000 personnes chaque soir.
Fabrice : Il faudrait que ça reste quelque chose d'assez intime. Mais c'est facile de dire ça maintenant. On n'est pas dans le même plan promo que les Girls in Hawaii, qui ont eu une pub énorme. Et encore, Ghinzu est encore beaucoup plus axé sur la com et la pub. Nous, avec nos moyens, je trouve qu'on s'en sort bien.
Propos recueillis par V
Merci à Dominique Marie
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