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barbara carlotti - interview - POPNEWS Mai 2008

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BARBARA CARLOTTI

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Tu as découvert beaucoup de nouveaux artistes, de nouvelles musiques depuis l'album précédent ?
Oui, bien sûr, trop sans doute pour pouvoir tout citer. Sébastien Tellier, par exemple, que je n'avais pas vraiment écouté jusqu'ici, à part "La Ritournelle". J'adore son travail sur les sons un peu années 80, son sens mélodique, son espèce de nonchalance. J'aime vraiment beaucoup son dernier album.
Sinon, Jean-Philippe m'a fait découvrir Labi Siffre, un chanteur anglais qui a commencé dans les années 60 et a sorti ses meilleurs disques au début des années 70. Je reprends désormais l'un de ses morceaux sur scène. C'est du folk mélangé à de la soul, très bien chanté. Les chansons sont des ritournelles très simples, mais les arrangements de cordes sont absolument majestueux. Il est noir, ouvertement homo, ce qui ne devait pas être évident pour lui dans l'Angleterre des années 60... Parfois, ça rappelle le folk new-yorkais, Simon and Garfunkel, Cat Stevens aussi. En même temps, il a vraiment une voix de black et ses disques sont généralement classés en rhythm'n'blues. C'est un peu à part, comme Nina Simone, il mélange toutes les tendances de l'époque pour en faire quelque chose de très personnel.
J'ai aussi écouté des choses sorties chez Beggars, comme Vampire Weekend que j'aime beaucoup. Et puis le dernier Benjamin Biolay, il y a des arrangements sublimes. Jusqu'ici, j'aimais bien, mais sans être vraiment fan, j'étais un peu divisée. Là, j'ai beaucoup écouté "Trash Yéyé" et je le trouve très réussi, très fin, élégant, à l'opposé de cette image d'un type qui s'en fout un peu. C'est quelqu'un de très méticuleux. A part ça, le dernier Robert Wyatt, le dernier PJ Harvey qui donne envie de foutre des harpes sur tous les morceaux... (rires)

"Ici", ode à la Corse dont tu es originaire, dégage une véritable félicité, ce qui est plutôt rare dans la chanson française.
C'est une chanson assez naïve mais je voulais vraiment la faire comme ça. Elle parle très simplement de l'attachement pour un endroit, pour des gens. C'était vraiment important qu'elle soit sur l'album pour ça. En plus, c'est une chanson très fédératrice sur scène. C'est un peu ma chanson Simon and Garfunkel ! Je l'ai écrite il y a déjà un moment, très rapidement. Au départ, le petit gimmick de guitare, je l'ai trouvé au piano. On a ensuite construit ces arrangement très progressifs (en ce sens que les instruments arrivent petit à petit, ndlr) avec les musiciens. C'est la chanson de l'album qui a le moins évolué par rapport aux maquettes, sur lesquelles il y avait déjà la guitare de Bertrand Belin. C'est très proche de ce qu'on fait en concert.
A l'inverse, "Mademoiselle Opossum" est celle sur laquelle Jean-Philippe est le plus intervenu, en la tirant vers une sorte de rock-steady d'Europe de l'Est, des références très éloignées des miennes. C'était un des morceaux les plus récents et ça ne me dérangeait pas, mais j'ai quand même été surprise par le résultat, je me sentais comme dépossédée de ma chanson. Après, je me suis dit qu'il pouvait bien y en avoir une comme ça sur l'album, et lui-même avait sans doute senti qu'il pouvait la manipuler à sa guise.

Tu as encore fait appel à la "bande" du réalisateur Serge Bozon, avec Mehdi Zannad et Benjamin Esdraffo qui ont travaillé sur la musique de son film "La France".
Mehdi, c'est avant tout parce que j'aime vraiment bien ses disques, et pas une histoire de bande. Je trouve qu'il y a quelque chose d'extrêmement chevaleresque et entraînant dans ses arrangements et c'est tout à fait ce que je recherchais, j'ai donc tout de suite pensé à lui pour les cordes. Jean-Philippe aurait pu s'en occuper lui-même, mais il me semblait intéressant de m'adresser à différentes personnes.

Et Patrick Watson, qu'on entend chanter sur "La Lettre", et dont la présence presque spectrale rappelle ce qu'a fait Robert Wyatt sur un morceau du dernier Daniel Darc ?
Je lui ai vraiment fait faire ce qu'il voulait avec le morceau. Au début, il voulait même rajouter des cordes... Finalement, il s'est contenté de sa voix et je pense qu'il a vraiment trouvé l'essence de la chanson. Sa voix, c'est comme le fantôme du type à qui j'envoie cette lettre, présent en arrière-plan, qui réagit à ce qui est dit. Il a gardé ce côté très délicat, ravélien, instauré par Jean-Philippe en écrivant la partie de harpe. C'est bien qu'il y ait juste des chœurs plutôt qu'une deuxième voix, ça correspond davantage à l'esprit du morceau.

Barbara Carlotti

Comment a eu lieu la rencontre avec lui ?
De façon très simple. C'est vrai que jusqu'ici j'ai toujours eu de la chance avec les gens que je sollicitais, comme Bertrand Burgalat. Patrick Watson, je l'ai rencontré à Montréal l'été dernier sans connaître ce qu'il faisait, j'ai ensuite acheté son disque et je l'ai écouté tous les jours pendant des mois. Puis je lui ai envoyé le morceau, qu'il a beaucoup aimé et sur lequel il a rajouté ses parties de voix. Après, quelques mois sont passés sans qu'il me donne de nouvelles, et puis il m'a appelé pour me dire qu'il venait jouer à Paris et qu'il fallait absolument qu'on se revoie.

Comment t'es-tu retrouvée embarquée dans l'aventure "Imbécile" ?
J'avais laissé un exemplaire de mon premier mini-album à Nouvelle Vague et Olivier Libaux m'avait appelée pour me dire qu'il cherchait des voix pour un nouveau projet. C'était il y a trois ans environ. Et un beau jour il m'a recontactée pour me dire qu'on allait enregistrer et qu'il fallait que je vienne chez lui pour répéter les chansons. Je lui ai dit "OK" (rires). Ca s'est fait de façon assez spontanée. C'est quand même une drôle d'expérience car les interprètes du projet n'ont rien écrit.
Je suis contente qu'on porte ces chansons à la scène car même si on ne se prend pas du tout pour des comédiens qui jouent leur texte, ça reste une expérience assez différente d'un concert normal. On ne s'arrête pas pendant une heure trente, il y a une mise en scène... Ca m'a donné plein d'idées pour la suite. Et puis faire un truc avec des gens aussi sympathiques que Bertrand Belin, Armelle Pioline (chanteuse de Holden, ndlr) et Jipé Nataf, c'est plutôt agréable ! On est devenus très copains. A un moment, on faisait même de vrais dîners où on disait nos textes ! (rires)

Te glisser dans les chansons des autres, tu aimes ça ?
Oui, c'est très agréable, et beaucoup plus simple qu'avec ses propres morceaux. On délègue tout aux autres, ce n'est pas à soi de décider si c'est bien ou pas. C'est vraiment des vacances ! J'adore chanter les chansons des autres, car ce sont souvent des choses différentes de ce que je fais, qui ne sont pas dans les mêmes tessitures... Du coup, ça me montre les choses que je pourrais faire et que je ne fais pas. J'ai très envie de participer à d'autres projets, c'est très enrichissant. D'autant que quand on débute, à moins de vendre tout de suite beaucoup de disques, c'est difficile de ne vivre que de sa musique à soi.

Propos recueillis par Vincent Arquillière
Photos par Julien Bourgeois

A lire également, sur Barbara Carlotti :
l'interview (2007)
la chronique de "Les Lys Brisés" (2006)
la chronique de "Chansons " (2005)
la chronique de "L'Idéal" (2008)