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BARBARA CARLOTTI

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La scène, c'est quelque chose que tu apprécies ?
Oui, j'adore ça. J'ai découvert récemment les tournées, et c'est un grand bonheur. Rien ne me pèse, je trouve génial d'être dans un camion, chose que je n'aurais jamais imaginée, génial d'être dans un hôtel merdique… Bon, peut-être que je vais finir par me lasser ! (rires). Ceci dit, quand on a joué en Suisse, on était dans des hôtels de luxe ! C'est ça qui est bien : on passe de petits bleds où les gens sont hyper chaleureux à des grandes villes où on se retrouve devant trente personnes. Il n'y a aucune loi derrière tout ça.

Barbara Carlotti

Qu'est-ce que ça fait de signer chez Beggars ?
Ben, ça fait plaisir ! (rires) Ca m'a étonnée qu'ils veuillent me signer, et je trouve super agréable d'avoir une place à part sur un label. J'adore leur catalogue et je suis ravie d'en faire partie, ne serait-ce que pour aller aux concerts ou écouter les disques en avant-première. En plus, la licence pour l'export est signée chez 4AD, qui a sorti le dernier album de Scott Walker. C'est quelqu'un que j'adore depuis très longtemps, pour moi c'est un exemple. Ce que j'admire chez lui, c'est qu'il ne fait aucune concession. Quand on écoute son dernier disque, puis les premiers, il apparaît évident que cette radicalité ne vient pas de nulle part, qu'il n'a pas changé en cours de route. J'adore sentir ça, et je pense qu'il y a très peu de musiciens qui arrivent à aller aussi loin dans la recherche. Son but, ce n'est pas de faire des chansons, c'est d'avoir un objet musical qui lui appartienne entièrement, et qui ouvre des champs de possibilités.

Et ce duo avec Michel Delpech sur son dernier album, d'où sort-il ?
Il y a deux ans et demi, j'ai participé à un concours de chansons, dont il était président du jury : un petit truc avec France Bleu à Périgueux, il y avait la Star Ac' après... Je ne savais pas que c'était lui qui avait œuvré pour que j'aie le deuxième prix. Jamais je n'aurais imaginé recevoir un prix dans ce truc-là, c'était presque inepte. Et Michel Delpech, qui est quelqu'un de très attentif et généreux, m'a rappelée quand mon disque est sorti. Ça lui avait plu et il voulait faire un duo avec moi. Ce n'est pas le style de musique vers lequel je vais d'emblée, en même temps il y a de très belles chansons chez lui, et c'est une personnalité vraiment attachante.
C'est impressionnant de travailler avec quelqu'un qui a autant de métier, je me disais : "Ah oui, d'accord, j'ai encore des trucs à apprendre." (rires) D'ailleurs, je ne chante pas du tout pareil sur son disque et sur le mien, il m'a dirigée avec beaucoup de précision. Je l'ai revu récemment, il était absolument charmant. Je l'ai remercié et il m'a dit : "Oh, si je peux encore me rendre utile..." Il y a très peu d'artistes qui soient capables d'une telle générosité, sachant que je ne suis pas très connue, que je ne peux rien lui apporter de spécial vu la carrière qu'il a. Je suis vraiment admirative du mec. Voilà ce que j'avais à dire sur Michel Delpech. (Elle se rapproche de l'enregistreur) "Micheeeel, si tu m'enteeennnds..." (rires)

Tu as fait d'autres duos ?
Avec Bertrand Belin, sur son prochain disque, une chanson merveilleuse. J'écoute beaucoup cet album et j'avoue que je suis un peu envieuse. (rires) Je me demande si j'arriverai un jour à créer un tel univers. Bon, c'est vrai que, contrairement à moi, c'est un vrai instrumentiste, un excellent guitariste, ce qui apporte une certaine liberté. Ou alors, il faut savoir s'entourer.

Considères-tu que tu as du succès ?
C'est difficile à dire. Je pense que c'est impossible à savoir. En tout cas, aux derniers concerts que j'ai faits, il y avait un peu de monde et j'ai trouvé ça agréable, de sentir l'énergie qu'envoie le public... Après, c'est vrai que le disque a eu un bon accueil critique. Mais quand je ne joue pas pendant une semaine, je me sens un peu déprimée, je me dis que j'aimerais bien faire des dates, même gratos. Forcément, j'aimerais bien être davantage sur scène, car c'est là qu'est ma place. C'est un peu décevant aussi de n'avoir pas plus de passages radio, mais on nous dit que c'est "trop spé". France Inter, on a eu beaucoup d'échos sur "Cannes", mais là, plus rien... C'est assez déstabilisant, car si on n'a plus de titres diffusés, comment les gens vont-ils nous découvrir ? D'autant que j'en suis au tout début. Bref, il y a des moments de creux de vague où c'est un peu dur, et puis d'autres moments où on s'intéresse à toi et où ça t'encourage à continuer.

Propos recueillis par Vincent Arquillière
Photos par Julien Bourgeois [site]