Baxter Dury - Interview

22/10/2014, par et | Interviews |
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Rencontre avec Baxter Dury, le plus cool des chanteurs anglais, à l’occasion de la sortie de son quatrième album "It’s a Pleasure" (Pias), rempli de pépites pop dérangées comme on les adore.

Baxter Dury / septembre 2014

Après deux albums bien reçus par la critique en 2002 et 2004, le succès commercial est arrivé sept ans après avec “Happy Soup”. As-tu ressenti une pression particulière au moment de te mettre au travail sur “It’s a Pleasure” ou bien l’as-tu abordé de façon plus détendue car tu en étais à ton quatrième enregistrement ?

J’étais assez détendu, même s’il y a naturellement une part de pression organique liée à la dureté de l’industrie du disque. Ta carrière est toujours sur le fil et il faut l’accepter. Quand certains aspects s’améliorent, d’autres tombent en ruine. Par exemple, il a fallu repartir de zéro pour les négociations avec une maison de disques. Il faut juste accepter que quoi qu’il vous arrive dans votre carrière, rien ne sera facile. Mais bon, je m’accroche, et je m’adapte. En résumé, je me sens en permanence dans un état d’esprit entre la satisfaction la crainte du futur.

En effet, tu en es à ton troisième label en quatre albums. Après le succès de “Happy Soup”, nous nous attendions à te retrouver sur Regal !

Je serais resté chez Regal si j’en avais eu le choix. Mais ils auraient eu du mal à soutenir un projet comme le mien. Ils se sont fait racheter de toute façon. Ils faisaient partie du groupe EMI. Pense juste à tous leurs artistes : Colplay, Blur… Il n’y avait aucune logique pour eux à essayer de s’investir dans un projet à aussi petite échelle que la mienne. Au bon vieux temps, quand l’industrie du disque était prospère, ils m’auraient peut-être laissé une chance, j’aurais fait partie de leur quota d’artistes leur permettant de faire croire qu’ils étaient crédibles et s’intéressaient à des musiciens moins grand public. Mais bon, c’est la vie. Dommage, l’équipe de Regal était vraiment cool. J’ai néanmoins eu de la chance d’être signé chez PIAS France, les gens qui travaillent sur mes disques sont vraiment super, je n’ai pas le droit de me plaindre.

De qui t’es-tu entouré pour réaliser cet album ?

J’ai travaillé avec plusieurs personnes. Tout d’abord Mike Moore qui est mon “co-writer”. C’est un excellent musicien qui a un très grand sens pratique. Ce qui tombe bien, car c’est tout ce que je ne suis pas ! On travaille vraiment bien ensemble. Craig Silvey a aussi été de l’aventure. Il rassemble toutes les idées et arrive à les faire sonner plus accessibles et normales. Fabienne du groupe français We Were Evergreen a aussi participé à l’enregistrement. C’est une musicienne et chanteuse exceptionnelle. Elle ne s’arrête jamais de composer.

L’album paraît plus minimal que les précédents, avec des sonorités électroniques. Pourquoi avoir choisi cette direction ?

Généralement, la direction vient naturellement, par elle-même. On essaie juste de changer quelques critères, de prendre un peu de la recette de ce qui a marché la fois précédente et on modifie deux, trois choses sans être trop extrême non plus. Mon moteur, c’est surtout de rester intéressé par ce que je fais. Mais à l’arrivée, il est tellement difficile de savoir si le résultat est bon ou pas… Parfois, quand tu restes deux journées à travailler sur un son tu te demandes pourquoi tu t’acharnes, si finalement tout ça a un sens. Ces jours-là, j’en arrive à me demander pourquoi je ne me lance pas dans des études pour devenir dentiste !

Baxter Dury / septembre 2014

Malgré ce changement, tu arrives toujours à imposer un style qui t’es propre, entre la pop et quelque chose de plus expérimental. Cours-tu après la formule parfaite ?

Le plus important est de trouver le bon équilibre. J’aime rendre mes chansons poppy. J’adore l’idée qu’à la base, une chanson soit très pop et que soudain ma façon de chanter la ramène vers quelque chose de plus sincère, moins léger. C’est la nature de mon chant qui me permet d’atteindre ce but. Car au fond de moi, je ne suis pas très pop ! Les chansons seraient trop ternes si la musique et la voix paraissaient trop évidentes. Je n’y trouverais pas ma place. Si tout paraissait trop facile ou au contraire trop tordu, mes morceaux n’auraient pas grand intérêt. C’est grâce à cet équilibre que je fais de la pop music comme je l’aime, directe et avec un vrai impact.

Cet album a-t-il été influencé par des événements particuliers ?

Oui, mes chansons sont toujours très personnelles, c’est pourquoi il ne m’est jamais facile d’expliquer de quoi parle l’album. J’y exprime mes doutes, mes émotions, que je retranscris dans le langage du songwriting pour les rendre plus romantiques et ouvertes à l’interprétation de tous. Tout ça les rend au final très abstraites. Donc quand on me demande leur signification, je ne réponds pas !

Dans la biographie qui accompagne ce nouvel album, tu parles d’“un disque de pantalons qui ne vont pas bien”. C’est une métaphore de l’existence ? Cela m’a rappelé des paroles de Vic Godard, qui chantait sur “Different Story” “Life is a suit well worn/It won’t fit me at all”. L’un de tes grands thèmes, c’est l’inadaptation de l’homme au monde qui l’entoure, à la vie quotidienne ?

En fait, c’est plutôt une inaptitude à comprendre ce qui nous arrive, je pense. Mais oui, c’est sans doute ce que je voulais dire avec cette histoire de pantalons. En même temps, je ne suis jamais totalement sûr de la signification de ce que j’écris. Pour moi ça a du sens, bien sûr, mais une personne extérieure pourrait parfois me prendre pour un tueur en série caressant des cadavres, j'imagine… C’est un peu étrange.

Baxter Dury / septembre 2014

Te définirais-tu comme un « talking singer » ?

Certainement ! C’est une ruse bien à moi, quand je ne sais pas comment placer ma voix. Mais attention, je ne peux pas faire que parler sur toutes les chansons même si j’adorerais le faire. Tu imagines, une prise et c’est plié ! Bon OK, j’avoue, je l’ai quand même fait une fois ou deux.

Il y a une rupture entre tes deux premiers albums, assez sombres, et les deux suivants, plus enjoués. As-tu des idées sur la prochaine direction à prendre ?

J’essaie parfois de penser à des idées. J’adorerais composer une musique de film mais personne ne me l’a jamais demandé ! Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi. Par contre, ce serait uniquement instrumental. Quelque chose d’assez technique avec du piano (il se met à jouer sur un piano imaginaire, ndlr). Mettez ma demande bien en avant, il faut que tout le monde le sache.

Tes albums sont assez courts, ils comptent entre neuf et dix morceaux. Est-ce un choix délibéré ?

Les deux premiers albums sont courts parce que je ne savais pas très bien composer ni chanter. Maintenant je trouve juste que le type de musique que je fais est trop riche pour l’écouter sur la longueur. C’est déjà tellement difficile d’écouter un album de nos jours, c’est comme si le concept de l’album n’existait plus. On n’écoute plus que des chansons téléchargées. En ce sens, les CD ne me manquent pas, j’ai toujours détesté ça. Télécharger, c’est génial pour moi car je suis vraiment feignant. En même temps c’est dommage, on ne s’investit plus dans l’écoute d’albums. Bref, c’est pour toutes ces raisons que mes albums sont assez courts.

Baxter Dury / septembre 2014

Vous avez commencé à tourner les morceaux de “It’s a Pleasure” pendant l’été 2014. Quel a été l’accueil des nouvelles chansons et comment abordes-tu ta prochaine tournée ?

On a juste fait deux ou trois concerts. Il n’y a rien qui se rapproche d’un esprit de tournée pour l’instant. Il va falloir donner beaucoup plus de concerts pour que l’on soit confiants. Mes concerts préférés sont ceux joués dans des grandes salles ou des festivals, car je trouve ça plus fun. Une fois bien rodé sur la tournée, c’est impressionnant de voir à quel point tu te transformes. Tu arrives à séparer complètement les parties avant et arrière de ta tête. C’est comme si tu sortais de ton corps. Tu chantes, tu danses, mais en fait c’est comme si tu n’étais pas présent. Il m’arrive même d’envisager des façons différentes de m’approprier la prochaine chanson, tout en chantant. Tout cela me fait même peur parfois ! Mais pour l’instant les choses sont encore sous contrôle.

Sur scène, reçois-tu souvent des soutiens-gorge ou d’autres vêtements, comme cet été à la Route du rock ?

Ça arrive parfois maintenant, oui… C’est étrange. Un peu comme si un personnage s’installait en moi, et que le public ne voyait plus que lui. On m’a dit que les réactions des spectatrices et des spectateurs avaient été à l’opposé sur ce concert : les premières avaient aimé, alors que les seconds m’avaient vu comme un branleur arrogant… Une sorte de Serge Gainsbourg cockney, peut-être (sourire). En tout cas, j’avais pris beaucoup de plaisir à jouer à ce festival.

Lors de ta dernière interview accordée à notre site, tu nous confiais souvent penser à arrêter la musique. Est-ce une pensée qui te traverse toujours l’esprit ?

J’y pense tout le temps. Parfois, travailler dans l’industrie du disque peut être très difficile. Tu voyages beaucoup, tu as à faire à beaucoup de gens. J’aimerais bien faire quelque chose de moins stressant, je le ferai probablement prochainement. J’en reviens à la musique de film. Insistez, parlez-en sur votre site et partout autour de vous, c’est vraiment ce que je veux faire. Rien que d’en parler, je sens l’excitation monter en moi !

Photos Maéva Pensivy.

Merci à Hélène et Jennifer chez Pias.

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