Baxter Dury - Interview

16/10/2005, par Guillaume Sautereau | Interviews |
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Le deuxième morceau s'appelle "Cocaine Man".
C'est une vue cynique sur le très pénible niveau d'abus qu'a atteint la consommation de drogues à Londres. C'est à propos des côtés négatifs de l'addiction à la drogue...

Parce qu'il y a des côtés positifs ??
Oui, c'est comme tout, tu peux trouver des côtés positifs à toute chose. Les drogues peuvent être positives parfois. Il faut une sacrée volonté pour prendre de la drogue de façon positive. Il n'y a pas beaucoup de gens qui le peuvent. Mais il faut user de tout avec modération. C'est comme les croissants, il ne faut pas trop en manger, il faut de la modération.

BAXTER DURY


Tu vis dans quelle partie de Londres ?
Je vis dans l'ouest, vers Notting Hill. C'est cool, très à la mode, parfois trop. Ca fait très très longtemps que j'y habite. Je connais très bien le coin, je peux voir combien il a changé. A l'origine, c'était un quartier très bohème. Maintenant, il est dominé par des prétendus artistes qui ont tous des "projets" qui sont, la plupart du temps, de la daube.

Heu, pourquoi ?
Parce que ce sont des trous du cul (rires) ! Ils ont plein de grandes idées, ils parlent trop fort... C'est dur à expliquer... Ce sont juste des idiots !

Londres a une grande influence sur ta musique ?
Oui, je suis définitivement un produit de Londres. Je reflète un certain aspect de la ville, dans la façon dont je parle, ce que j'écris. Je suis un enfant de Londres.

En partir est inenvisageable ?
J'y pense chaque jour ! Il en est ainsi de toutes les relations avec une grande ville, il y a des hauts et des bas. Parfois, j'adore Londres, je trouve que c'est une ville merveilleuse. Et parfois, je la trouve tellement... familière que je m'y sens terriblement frustré. J'arrive à Paris, ou à Barcelone - j'y étais la semaine dernière - et je trouve ça fantastique. Mais j'aurais sans doute besoin de toujours retourner vers Londres. C'est ma source de vie.

Quand tu as signé chez Rough Trade, Geoff Travis t'a envoyé enregistrer à Austin ?
C'est moi qui l'avais demandé. J'avais besoin de prendre du recul. C'est pour cela que j'ai enregistré le deuxième album à Bath. Je saisis toutes les opportunités que j'ai de partir. C'est toujours intéressant. Si dans une offre d'emploi figure "mobilité géographique", il faut sauter dessus, car c'est génial d'avoir une excuse pour voyager. Quand tu es en tournée, tu ne vois jamais rien. Tu es sans cesse dans le même bus, tu joues dans les mêmes salles... Tu vois ce que je veux dire ?

Oui, oui... A propos de tournée, il y en a une qui se prépare ?
Oui, nous devions la commencer hier (jeudi 1er septembre, ndlr), mais on s'est engueulé... Donc nous avons dû tout annuler.

Tu n'as plus de groupe alors ?
Je ne le sais pas exactement, pour l'instant...

Sans vouloir me mêler de ce qui ne me regarde pas, vous vous êtes engueulés à quel propos ?
Sur la façon dont se passent les choses. Dans un groupe, on trouve toujours matière à s'engueuler. Le pouvoir, ce genre de choses.

Mais c'est un groupe qui porte ton nom quand même, tu n'es pas le chef ?
C'est mon nom, ce sont mes chansons, mais ça m'intéresse d'être dans un vrai groupe, avec une sorte de démocratie. Je pense que la musique que crée un groupe est plus intéressante. Ca peut être compliqué à gérer, politiquement, par contre... Donc là, nous avons quelques petits problèmes. Je n'ai plus qu'à attendre pour voir comment les choses vont évoluer...

Heu, et sur scène, comment est ta musique ?
Nous sommes vraiment... Nous étions vraiment un bon groupe sur scène. Au début, nous jouions comme des merdes, comme de grosses merdes même. Et puis nous avons beaucoup progressé. C'est une honte, nous devrions être en train de tourner dans le monde entier en ce moment. Il faut au moins quatre cents concerts pour devenir un grand groupe de scène, quand les choses deviennent parfaitement naturelles. Quand tu fais un concert de temps en temps, ce n'est pas assez pour que tu ne sois pas conscient de ce que tu fais à chaque fois que tu es sur scène. C'est seulement quand tu en as enchaîné des centaines et des centaines que tu perds cette conscience de là où tu es. Je pense que c'est là que le talent des gens commence à se révéler. Et ils deviennent vraiment bons. Notre plus grand problème à nous n'a rien à voir avec nos qualités d'instrumentistes, mais vient plutôt de nos engueulades...

Tu peux me parler de la pochette de ton nouveau disque... Une femme nue ?
Oui.

Comment tu l'as choisie ?
C'est une peinture qui m'appartient. Je n'ai rien trouvé d'autre qui me convienne. C'est une peinture des sixties. Il n'y a pas de signification particulière dans ce choix. Une pochette qui a un sens profond, c'est toujours un petit peu prétentieux. Ce n'est pas comme si c'était une pochette de vinyle, ce temps-là est révolu, maintenant, une pochette, c'est juste tout petit, insignifiant. C'est génial d'avoir une pochette que tu aimes. Mais s'en préoccuper trop est pour moi une perte de temps.

Je suppose que les journalistes te posent beaucoup de questions sur ton père. Ce n'est pas trop usant à la longue ?
A priori, non. Mais quand les sempiternelles mêmes questions commencent à revenir, je me pétrifie quasiment sur place et j'ai beaucoup de mal. Je respecte cet intérêt et je me dois de répondre. Je suis très fier de la relation que j'avais avec mon père, mais ce sont toujours les mêmes questions qui reviennent encore et encore. C'est si ennuyeux...

N'aie pas peur, je ne te poserai pas de questions sur le sujet.
Très bien. Une fois, un journaliste avait environ trente questions à propos de mon père, et seulement deux sur moi ou ma musique. Je l'ai arrêté en plein milieu de ses questions sur mon père, il ne lui restait plus que ses deux petites questions...

Qu'est-ce que tu écoutes comme musique ?
J'écoute des tonnes de trucs. Joy Division, vraiment des tonnes de trucs... Nat King Cole - cela n'a pas vraiment d'influence sur ma musique d'ailleurs.

Tu es un gros fan de musique, toujours à la recherche de nouveaux disques ?
Avec l'avènement du CD puis aujourd'hui de l'iPod et de l'ordinateur, la recherche de nouveaux disques a perdu une partie de son intérêt, je trouve. Acheter des CD, ça demeurait marrant, au bout d'un moment, tu avais une collection. Maintenant, on télécharge sur ces petites machines. Il n'y a plus de trace visuelle, la musique a perdu quelque chose. C'est si facile de brancher un iPod sur un ordinateur et de récupérer de la musique, mais je trouve que ça a perdu de la valeur. C'est bien que ce soit si accessible, mais moi, personnellement, même si j'ai acheté un iPod et si je trouve ça super, j'aime avoir quelque chose que je peux regarder, un emballage, une pochette, il me faut cette cérémonie particulière qu'il y a autour de l'objet.

Comment vois-tu l'avenir ?
J'ai envie de sortir un troisième album très vite.

Plus que vite que le deuxième ?
Oui, dans six mois, quelque chose comme ça.

Avec les chansons que tu as enregistrées à Bath ?
Non, des nouvelles. Un son très différent. Je commence à répéter la semaine prochaine.

Avec un nouveau groupe donc ?
Oui, c'est un nouveau groupe, plus soul. Il y a des chanteurs de gospel dedans. Le résultat sera très différent du précédent, pas nécessairement psychédélique.

Et tu le sortiras chez Rough Trade ?
Oui, je pense. Ils viendront écouter en tout cas. Ils seront peut-être déçus.

Propos recueillis par Guillaume Sautereau.
Merci à Arnault et Christophe.

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