BBmix - Interview

17/11/2012, par | Interviews |
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Chaque année, le BBmix reste l'une des meilleures façons de lutter contre le spleen automnal. Pour sa huitième édition (du 23 au 25 novembre au Carré Bellefeuille), le festival boulonnais avance encore de sérieux arguments : une belle salle à deux pas de Paris, des tarifs très abordables (10,50 euros par soir), et une programmation variée dans laquelle de grands anciens comme les rares Américains de Spain côtoient des jeunes pousses prometteuses. Nous avons demandé à l'un des responsables de l'événement, Pascal Bouaziz (par ailleurs membre des excellents Mendelson), de nous en dire un peu plus.

SpainSpain

 

Bonjour Pascal. Peux-tu nous présenter l’ensemble de l’équipe de programmation ?

Il y a deux programmateurs, Marie-Pierre Bonniol (créatrice du festival en 2005) et Jean-Sébastien Nicolet, qui proposent, et moi-même qui reçois et qui suis leur premier public.

Quels sont les prémices de ce festival, de cette idée a priori insolite de faire jouer des groupes cultes et/ou avant-gardistes dans une ville plutôt résidentielle de la proche banlieue ?

L'idée première de BBmix, c'était justement celle-là : si vous voulez faire venir les gens en banlieue, autant leur proposer quelque chose d'exceptionnel et pas une programmation qui ressemble à ce que chacun programmera en même temps dans toutes les salles de France. Il s'agissait et il s'agit toujours de faire découvrir à tout le monde, tous les publics, la richesse, la beauté et parfois la bizarrerie de toutes ces musiques qu'on aime et qu'on défend.

Vous avez une volonté de faire jouer des artistes « transversaux », qui jettent des ponts entre plusieurs genres, entre le rock et d’autres types de musiques (cette année, Pedro Soler & Gaspar Claus signés sur InFiné ; Stefan Lakatos et Dominique Ponty qui jouent Moondog…) ?

Oui les chapelles, les "scènes", les écoles sont ennuyeuses. On trouve souvent des choses beaucoup plus passionnantes et beaucoup plus vivantes dans les marges, les croisements, les entre-deux et les rencontres surprenantes. Et puis toutes les musiques sont belles (ou peuvent l'être), ce serait donc dommage de se condamner à un seul registre, quel qu’il soit, puisqu'on a la liberté de pouvoir se permettre le contraire.

Soler & ClausPedro Soler & Gaspar Claus

 

En même temps, la contrepartie de cet éclectisme n’est-il pas une identité un peu floue ? A la différence du festival Mo’Fo’, par exemple, dont la programmation est pourtant aujourd’hui assez ouverte et variée, mais qui semble avoir une image plus nette ? En même temps, le BBmix a peut-être un public plus varié ?

Il ne nous semble pas, à nous, que l'image du festival soit floue. Mais elle est riche, oui : elle est le résultat d'une longue histoire – huit ans déjà ! –, et des envies de trois personnes différentes. Quelques constantes : une passion partagée pour toutes les musiques aventureuses et décalées, une grande tendresse pour le Krautrock, un amour des personnages et des groupes hauts en couleur, et encore et toujours une passion pour la pop music dans tout ce qu'elle a de plus exaltant et de plus vivant.

Même si certains sont plus sobres, à l’instar de Spain, vous semblez apprécier les groupes qui proposent un véritable show, comme Bonaparte il y a deux ans. Lesquels devraient brûler les planches du Carré Bellefeuille cette année ?

Si c'est ce genre-là qui vous accroche (cf. Chrome Hoof, Gay Against You ou Bonaparte les années passées), je vous conseille la soirée du samedi avec Chain & The Gang et Ty Segall. Show garanti !

Ty SeagallTy Segall

 

C’est important pour vous de proposer en plus des concerts une rencontre avec Irmin Schmidt, ex-membre de Can, animée par Pascal Bussy, quelques heures avant le concert de Beak>, sans doute fortement influencé par le mythique groupe allemand ? Faut-il y voir une volonté de mise en perspective, de montrer d’où vient la musique qu’on écoute aujourd’hui ?

Oui, c'est important de faire découvrir d'autres choses, de profiter de l'instant d'un concert pour essayer de partager d'autres passions. C'est une des plus belles choses de notre métier que de faire découvrir ! Et puis offrir l'occasion de profiter d'une conférence, d'un film, de prendre le temps de fouiller dans les bacs à disques, de rencontrer les musiciens. Toutes choses qui font de BBmix un festival à taille humaine.

En 2010, les Swans avaient rempli la salle, mais n’êtes-vous pas un peu déçu que des groupes aussi importants et reconnus que The Monochrome Set l’année dernière n’aient pas attiré plus de monde, malgré le prix très bas des places et la qualité du cadre (acoustique, confort) ? Est-il difficile de faire franchir le périph aux Parisiens ?

C'est parfois dommage que la salle ne soit pas tout à fait pleine, mais c'est le principe. Faire le maximum pour que les gens soient au courant de l'événement et aient envie de se déplacer. Offrir la possibilité aux gens de découvrir quelque chose qu'ils ne connaîtraient pas. Après, que ce soit à Paris ou pas à Paris, on ne pourra jamais obliger qui que ce soit. Mais on peut aussi voir les choses d'un autre point de vue : c'est un peu dommage qu'il n'y ait que 350 personnes pour The Monochrome Set (encore que ce soit un beau score) mais c'est génial qu'il y ait 350 personnes pour les Luyas programmés juste avant. Et puis, Boulogne n'est pas si loin. Le Carré Bellefeuille est à 200 mètres du métro (station Marcel Sembat sur la ligne 9).

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Y a-t-il encore des groupes boulonnais programmés cette année en ouverture de chaque soirée ?

Oui, c'est une partie de la programmation qui nous tient très à cœur, repérer nous-mêmes et faire découvrir le meilleur de la scène locale. C'est le principe tout simple de la première partie : une tradition indispensable à la santé et à la survie de la bonne musique, une tradition qui se perd de plus en plus. Cette année, on pourra ainsi entendre les Misfit's Galleons.

Avez-vous déjà des envies, des idées nouvelles pour la prochaine édition ?

Des vieux rêves, toujours... Mais chaque année, on a la chance d'en réaliser plusieurs ! Young Marble Giants, The Monochrome Set, Marc Ribot, les années précédentes, cette année, Spain ! On est très heureux.

 

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