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BELLE AND SEBASTIAN

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Vous donnez l'impression d'être un groupe très démocratique, où les idées de chacun sont écoutées. Est-ce le cas ?
Sarah : absolument, chacun apporte sa pierre à l'édifice. Bon après, bien sûr, il existe plusieurs sortes de démocraties et systèmes de votes ! On a aussi en quelque sorte notre Premier Ministre, notre Ministre des Finances... (rires)
Richard : c'est une forme d'alchimie, aussi. Lorsqu'un groupe de plusieurs personnes cohabite comme ceci, chacun trouve progressivement sa place, son rôle, et ça se met à fonctionner. Au stade où nous en sommes, c'est rare qu'une idée de quelqu'un soit totalement rejetée par les autres. C'est devenu un processus collectif très naturel. Et on a tous de l'estime pour les autres, ce qui permet une atmosphère globalement sereine et heureuse dans le groupe.
Sarah : c'est ce qui nous a permis de rester ensemble aussi longtemps. A nos débuts, seuls 2 ou 3 membres du groupe semblaient préparés à l'idée de se consacrer à temps plein à Belle and Sebastian, au rythme des tournées, etc. Honnêtement, je n'en faisais pas partie. Au bout de dix ans, notre parcours commence à faire du sens, et je m'y retrouve.

Vous semblez assez marqués par ce chiffre de 10 ans de longévité...
Sarah : oui, surtout parce que les journalistes américains qui nous ont interviewés dernièrement n'ont pas arrêté de nous demander : "alors, quel effet ça fait d'avoir 10 ans ?". Ça ne nous préoccupait pas plus que ça, sinon. Ça fait d'ailleurs plus de dix ans que nous existons.
Richard : c'est marrant, moi j'ai plutôt l'impression que nous n'existons que depuis 2-3 ans et n'avons fait que 2 albums, parce que je trouve notre musique depuis "Dear Catastrophe Waitress" bien plus fraîche et créative que celle de nos débuts. Ce n'est pas toujours facile de replonger dans le passé et considérer ce qu'on a fait à l'époque.
Sarah : au cours des 5 premières années, on s'est énormément consacrés à la musique sans faire grand chose d'autre. Mais j'aimais bien cette époque. Il est vrai qu'on ne se connaissait encore pas tous bien. On a dû écrire entre 60 et 70 chansons sur une période assez courte, donc on a un peu freiné sur ce plan-là.
Richard : on était prolifiques, mais on ne savait pas réellement où on voulait aller.
Sarah : on fréquentait toujours les mêmes endroits, et on écoutait des choses comme R.E.M., Pavement, les Pixies, un genre assez restreint d'indie rock que nous n'écoutons absolument plus aujourd'hui ! Chris écoute essentiellement du folk et du funk, Richard écoute beaucoup de jazz.
Richard : nous nous sommes énormément ouverts, musicalement.

Et Stuart Murdoch ?
Sarah : lui, c'est un cas un peu à part, car il n'écoute pas tant de musique que ça. Il revient un peu toujours à ses chansons préférées, et peut passer de longues périodes sans réellement écouter quoi que ce soit. Enfin bon, je suis un peu comme ça aussi, mon copain ne connaît manifestement pas le silence et passe de la musique en permanence, si bien que lorsque je me retrouve seule chez moi, je ne mets pas le moindre disque (rires). En tournée, j'aime bien écouter Frankie Valli et les Four Seasons, de la musique vocale. Je trouve ça bien qu'on écoute tous des choses différentes, ça influe beaucoup sur notre musique.

Vos textes sont toujours exclusivement écrits par Stuart ?
Sarah : la plupart, oui.

Je suppose donc que pour les questions sur ce plan-là, il faudrait plutôt voir avec lui. Pouvez-vous tout de même nous parler un petit peu de ce thème, "Act of the Apostle" , repris deux fois dans l'album, sur le modèle "Sgt Pepper" ?
Sarah : au départ, cette chanson devait figurer sur le disque en une seule partie. Puis notre producteur n'arrêtait pas de nous inciter à la raccourcir, lui enlever des vers, etc. "Elle est beaucoup trop longue !", martelait-il. Alors il a séparé ces 7 minutes en deux parties. En réalité, avant même de commencer à enregistrer, lorsqu'on réfléchissait à la couleur générale du disque, il nous est venu l'idée de faire quelque chose dans l'esprit de la face B d' "Abbey Road", avec une séquence de chansons s'encastrant les unes dans les autres. Finalement, on n'a pas non plus réellement créé notre propre enchaînement "Golden Slumbers / Carry That Weight...", c'est plus comme "Sgt. Pepper", tu as raison.
Richard : il y a aussi sur l'album pas mal de vrais titres conservés en entier qui sont plutôt biens, je trouve... (rires)
Sarah : vrai, mais j'aime beaucoup quand même cette idée de voir ressurgir de nulle part, 35 minutes après, le thème d'ouverture du disque.

Puisqu'on évoque vos sources d'inspiration sixties, j'ai, il y a de cela un an, interviewé Donovan qui m'avait alors dit que Belle and Sebastian était un de ses groupes contemporains préférés...
Richard : oh, vraiment ?

Vous-même, vous sentez-vous redevables de son œuvre ?
Sarah (gênée) : euh, c'est un peu étrange parce que... lorsque j'avais fait écouter "Tigermilk" à mon ami Gerry, il n'avait rien trouvé d'autre à dire que "Ouais, ça sonne comme du Donovan". Or, ne lui dites pas, mais je n'ai jamais été une très grande fan de Donovan. Bon, disons que je ne raffole pas de la plupart de ses standards les plus connus, mais il y a des choses très bien sur ses albums quand même.
Richard : moi j'aime beaucoup la compilation de ses hits. Mais le fait est qu'on n'a jamais été trop influencés par lui, pour la bonne raison qu'on le connaissait mal à nos débuts. C'est un peu comme Nick Drake, qui était tout le temps cité à notre propos, alors qu'on savait à peine de qui il s'agissait.
Sarah : dans le cas de Nick Drake, il y a quand même des choses qui peuvent nous rapprocher de lui, l'utilisation des trompettes, notamment. Dans l'un de nos clubs fétiches, "Hazey Jane II" passait en boucle, et la première fois que je l'ai entendue, je me suis dit : "Hmm, c'est bien, ça. On dirait du Stuart !" (sourire).

Propos recueillis par Julien Espaignet
Un grand merci à Florence - Pias pour les photos.