BEN
CHRISTOPHERS
Plutôt
rare sur les scènes françaises, Ben
Christophers est venu
présenter à Paris les titres de son excellent
troisième album "The Spaces in Between".
Quelques heures avant son set, il nous reçoit dans
le salon de son hôtel pour une interview spontanée
dans laquelle il dévoile un peu de sa personnalité singulière.
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Après trois albums, quel regard portes-tu sur ton évolution
musicale. Qu'est-ce qui, à tes yeux, distingue ce
disque de ses prédécesseurs ?
Ce disque représente probablement le plus grand changement
par rapport à mes origines musicales et ma manière
de travailler.
De manière délibérée,
j'ai pris le
parti d'écrire des chansons très
simplement, sur
un piano, sur une guitare, avec un sentiment et une attitude
légèrement différents, venant
plus du cœur. Au départ, j'ai enregistré ce
disque à la maison sur mon 8 pistes. À l'origine,
j'étais censé le refaire, le réenregistrer,
mais je continuais
de composer, et j'ai fini par écrire
presque 50 chansons
en l'espace d'une année
et demie. J'ai
pris le temps d'écouter le tout
et j'ai pensé que je ne voulais plus rien y ajouter.
Ce n'est pas
rempli de sons, ça sonne simplement,
avec des éléments pop, proches de David Bowie,
des Beatles, et d'autres qui reflètent mon amour pour
l'electronica.
J'ai senti que tout ça était
vraiment naturel,
donc je l'ai laissé tel quel, et
je suis allé avec au studio, où j'ai dit que
je ne voulais
plus réenregistrer, juste faire que cela
sonne bien. Le
studio était dans une vieille maison, où nous
avons mixé avec un ami. Je n'ai jamais travaillé comme ça,
avec une seule
prise de voix, une prise de guitare. Avant, on restait pendant
des mois dans le studio, on essayait plein de
sons. Cette fois-ci, ça s'est fait d'une façon
beaucoup plus
libre et rapide, il n'y avait plus de "peut-on
refaire ça ?" et ça nous a pris 2 mois
pour faire tout, du début à la fin. C'est un
peu bizarre de travailler à cette vitesse, mais ça
m'a fait plaisir.
Paradoxalement,
quand on écoute le disque il a
l'air très complexe, abouti, à partir
de morceaux construits sur différentes strates.
C'est venu en quelque sorte
de soi, je n'avais pas projeté de faire les morceaux
comme ça.
Par exemple, pour "Flowers Drink Upon the Ground",
il n'y avait que ma voix
et la guitare, et quand
je le réécoutais,
j'entendais la ligne mélodique,
et j'ai rajouté dessus une autre ligne, plus
répétitive, plus constante, puis j'ai
encore rajouté quelque chose d'autre et après,
avec le sampler sur les
genoux, j'ai mis les batteries,
et ça s'est fait
comme ça. Pour "The
Spaces in Between", j'ai travaillé une
heure sur le son de cloches
qui débute le morceau,
et c'est presque accidentellement
que j'ai rajouté une
sorte d'écho autour, en tournant autour de
trois cordes, celles que
je connais vraiment bien.
Ca revenait toujours de
sorte que je l'ai écrit en très
peu de temps. Avant je
travaillais beaucoup pour
trouver certains sons.
Maintenant, comme c'est
venu de façon
très rapide, très fluide, je ne voulais ni
cacher ni compliquer cela.
J'ai donc voulu mettre
ensemble ces chansons et
voir ce que ça donne. Comme
je venais de quitter ma
maison de disques et d'arrêter
ma collaboration avec mon
ancien producteur, je devais
aller ailleurs et essayer
autre chose.
Comment
as-tu travaillé avec ton nouveau producteur
?
J'ai en fait beaucoup produit
moi-même, mais
j'ai travaillé avec Cenzo (Townshend, ndlr)
comme co-producteur. Il était déjà là sur
les autres albums et sur
d'autres projets. C'est
quelqu'un de génial. Chaque
producteur, chaque ingénieur apporte quelque chose
de différent,
C'était amusant avec lui, on a vécu
deux semaines dans cette
ancienne maison, dans le
Suffolk, en Angleterre.
C'était
vraiment génial
et romantique - enfin,
pas entre nous deux, je
veux dire...(rires)
-, sa femme va me tuer
!
Parle-nous
de tes influences en
musique électronique.
Quels sont les noms qui
comptent ?
J'écoute tellement de musique électronique,
de Aphex Twin à Boards of Canada, et aussi des groupes
comme Kraftwerk, que j'écoutais souvent déjà enfant
car j'ai toujours aimé cet univers électronique.
Ca me fascinait, mais j'aimais
aussi les auteurs compositeurs
interprètes. Je n'ai
donc jamais compris où était
ma place. Parfois, je voulais
rester derrière un
synthé, et juste pousser des boutons, ou devenir
DJ... Par la suite, j'ai
commencé à me
passionner pour la dance
music, mais le coté vraiment
hard-core, comme le drum-n-bass,
ou la house, parce que
c'était une attitude complètement
différente.
Ensuite, au milieu des
90's (ou même avant),
il y a eu un afflux massif
d'electronica, hard-core,
industrielle, néo-classique,
d'avant-garde (sic), et
parfois c'était tout simplement
remarquable. Il y a actuellement
beaucoup d'artistes électro
partout, surtout en Europe
en fait, en Autriche, en
Allemagne aussi, et ici
aussi il se passe des choses
vraiment intéressantes,
un groupe français qui s'appelle Readymade.
Ils ont invité sur leur second album David Sylvian
qui est l'un de mes chanteurs
préférés.
Ca m'inspire pas mal dans
l'aspect électronique
de ma musique.
Et tu projettes de
faire un album entièrement électronique
un jour ?
Pour tout vous dire, j'y
travaille déjà,
j'y pense depuis
longtemps. Je ne sais pas
si je suis assez courageux
pour le sortir encore,
mais je travaille dessus.
Sur
le disque, la musique
pop orchestrale cohabite
avec l'electronica, mais de façon très
harmonieuse et fondue.
Comment est-ce venu
si simplement ?
Ca sonne comme ça, mais ce n'est pas vraiment
si simple, car je dois y arriver d'abord d'une
façon ou d'une autre, et le cheminement prend
toujours du temps. Je crois que je suis assez influencé par
Françoise Hardy, Edith Piaf, depuis à peu
près 2 ans, quand j'ai commencé à écouter
ce type de musique populaire traditionnelle. J'ai
trouvé que les arrangements étaient vraiment
très beaux, et aussi les rythmes, qui sont très
différents de la musique que j'écoute
d'habitude ; c'est parfois un rythme à trois
temps, 1, 2, 3, comme une petite valse que j'avais
sur mon clavier quand j'étais enfant, un rythme
très simple, qui apparaît dans des chansons
comme "The Drinking Tree" et "Flowers Drink
Upon the Ground". Mais il y a aussi beaucoup de fantaisie,
comme dans les contes de fées, comme des histoires
bizarres et aussi certaines chansons que j'ai commencé à aimer
comme "Scarborough Fair", une chanson de Simon & Garfunkel.
Personne ne sait qui l'a écrite, mais elle
est tout simplement belle et je voulais aller aussi dans
cette direction-là.
Il
y a des effets sonores étranges sur le disque.
Est-ce que tu es influencé par des ambiances ou des
musiques de films ?
Je n'utilise pas vraiment
d'effets sonores, mais il est vrai que j'ai une approche
assez visuelle.
Quand j'étais enfant, j'avais un projecteur
de films, et j'avais l'habitude
de projeter des films sur
le mur, et j'aimais la façon
de voir les images trembler
sur le mur, les arbres dorés
; tout le monde souriait
et, à cause de la vitesse
de déroulement, tout le monde bougeait plus rapidement,
et c'était vraiment beau. J'arrivais
en quelque sorte à entendre une musique pour ces
films. Aujourd'hui encore,
je regarde parfois ces mêmes films : ils sont toujours
juste comme dans l'enfance, et j'aime cette perfection romantique.
Je ne supporte
pas les enregistrements
de mariages, mais ces petits films ou les super-8, sont
merveilleux. J'ai toujours aimé les
films, et les effets spéciaux, j'adorais notamment
dans les vieux films les
monstres de cauchemar, les ombres sur les murs, j'étais
fasciné par ça,
et je trouve que ça influence vraiment la musique
que je fais.