BEN
CHRISTOPHERS
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Comment écris-tu
les paroles de tes
chansons ?
Cela me vient parfois
vraiment lentement,
je sens que je dois être dans un bon état
d'esprit pour être capable de penser "correctement",
et alors j'attends, ce qui peut prendre une éternité.
Pour moi les paroles sont les plus importantes, car si ce que
je dis n'est pas vraiment ce que je voudrais dire, je sens
que je ne peux pas le chanter bien, ça ne sort pas "proprement".
J'ai toujours été intéressé par
d'autres écrivains, je veux dire des écrivains
de récits. Quand j'étais enfant je lisais
Roald Dahl, et j'éprouvais à la lecture une
sorte d'angoisse déchirante par rapport à la
façon dont il racontait une histoire, dont il employait
des expressions comme "du sang qui goutte sur les jambes".
C'était si terrifiant pour un enfant mais aussi,
en quelque sorte, protecteur, et je crois que ça m'a
beaucoup apporté, même plus que je ne le pense.
Dans
certains textes, tu sembles
vouloir exprimer quelque chose de précis, délivrer un message, et dans
d'autres, tu sembles au contraire vouloir l'éviter.
J'aime croire qu'il y a un
message, ou une signification précise, dans chacun
des textes. Parfois, la signification est vraiment libre,
comme dans "Flowers Drink Upon
the Ground", où j'ai voulu rassembler
tout ce sur quoi je me
posais des questions étant
enfant : "pourquoi ceci est ainsi et non autrement
?", et puis il y a aussi des morceaux comme "The
Spaces in Between" qui porte entièrement sur
un sentiment précis, la peur, celle du grand inconnu,
et l'impossibilité de discerner que quelque
chose est mauvais, juste
parce qu'on ne le voit pas. Ensuite, "The Drinking
Tree", qui est en grande
partie un conte de fées, inspiré par le Père
Lachaise, où je me suis promené. C'est
un endroit fascinant, avec
ces gens incroyablement célèbres,
tous voisins, habitant
dans ces allées pavées,
entre les arbres, et je
pensais que ça pourrait très
facilement faire un film
d'horreur, avec les lumières
tremblant dans les arbres.
C'est un endroit incroyable, et honnêtement, lorsque
je m'y promenais, je m'attendais presque à voir Oscar
Wilde se promener à coté de
Debussy fumant sa pipe,
c'était tellement surréaliste…
Pourrais-tu
concevoir d'écrire de manière
plus réaliste et engagée, sur des sujets sociaux
ou politiques ?
Non (rires). Qu'est-ce que c'est, la réalité ?
J'ai choisi de rester au-dessus de ces questions,
j'ai essayé autrefois d'être plus "connecté" politiquement,
mais j'ai détesté ça. Certes,
tout le monde a quelque chose à dire politiquement,
mais je ne pense pas vouloir le faire à travers la
musique, la musique est trop "bonne" pour ça.
Il est sans doute utile parfois que des musiciens s'impliquent,
c'est une chose très importante. Lorsque quelqu'un
comme Bono se lève à une conférence
du parti travailliste, pour dire de façon détendue,
mais haut et fort, un certain nombre de choses très
simples mais très importantes, afin que tout le monde
puisse comprendre, cela a un réel impact. Plus que
de théories politiques, Bono est venu parler de faits,
et je pense que c'est un rôle important qu'il
a joué. Mais je ne pense pas être vraiment
un politicien. "I'm a lover, not a fighter" (rires).
Sinon,
tu n'as jamais pensé écrire
des poèmes, des livres ?
Pas de la poésie, ça ne m'intéresse
pas vraiment, mais, en fait, je suis en train d'écrire
un livre depuis un certain temps, une sorte de tragi-comédie
romantique. C'est un truc assez tordu. Quand je suis
arrivé à Londres pour la première fois,
j'étais vraiment jeune, environ 17 ans, j'ai
commencé à travailler dans une sorte d'entreprise
de distribution de pornographie hard-core. C'était
tellement surréaliste, des choses bizarres arrivaient,
et j'ai commencé à écrire là-dessus
de petites histoires étranges. Ca évolue dans
la direction de l'apprentissage de la grande ville,
avec toutes les épreuves et tribulations que cela
implique.

Comment
s'est passée ta collaboration avec
Françoise Hardy sur son dernier album ? Est-ce qu'elle
pourrait se prolonger au-delà de ce morceau ?
Oui, on a parlé de faire plus de choses ensemble,
mais c'est presque par
accident que tout ça
est arrivé. Pendant longtemps, j'aimais sa
musique, et particulièrement sa voix, et je pensais
que c'était quelqu'un de très
intéressant, mais je ne savais pas grand-chose sur
elle. Puis, j'ai réécouté un
de ses morceaux, et je
me suis dit "qu'est-ce
que c'est ça ?", je l'entendais
comme jamais auparavant.
J'ai commencé à lui écrire
une lettre, mais je ne
pouvais pas trouver de
formule : "Chère
Françoise" non, "Salut Françoise" non
plus, rien n'allait, et
je me sentais comme un
vilain fan. Ca m'a pris
trois mois pour la poster.
Elle a reçu ma lettre et y a répondu, en me
disant "oui,
je connais votre musique" (l'album "My Beautiful
Demon" en l'occurrence) et je n'arrivais
pas à y croire, et je me sentais comme un... (geste
du vainqueur). Maintenant
j'ai pu me rendre compte
qu'elle écoutait plein de
musique, mais j'étais
vraiment flatté. Au début, on voulait faire
un duo, et je lui ai envoyé un morceau que j'avais
joué au piano en pensant à elle, et elle m'a
demandé si elle pouvait l'avoir pour son album.
A ce moment-là j'étais en train d'enregistrer
mon album, j'aurais voulu
que le morceau figure dessus,
mais je ne pouvais pas
le lui refuser. En fait,
j'ai été vraiment
heureux de la laisser l'arranger à sa façon.
Au départ, les paroles étaient chantées
sur un fond de piano, une
partition de piano vraiment
subliminale, assez sombre
avec le theremin sifflant
au-dessus de tout ça.
Elle l'a transformé en quelque chose d'assez
différent, lui a rajouté des guitares et une
double basse, et c'est
vraiment cool ; elle l'a
transformé en quelque chose
qui lui ressemble et me
l'a renvoyé comme une démo,
avec sa voix sur mon enregistrement,
et il y avait comme une
sorte de sifflement, c'était tellement beau
et magique. Même si j'ai écouté aussi
d'autres choses qu'elle
a faites, son dernier album
sonne très moderne, il
me semble beaucoup plus
coloré que les autres que
j'ai écoutés,
notamment un avec des guitares
assez heavy ("Le Danger",
je crois). J'en ai aussi
un autre, "Messages
personnels", qui est en fait une compilation d'une
vingtaine de morceaux,
et j'aime bien son utilisation
de l'orchestre et de très
beaux sons de cordes. Je
crois que le nouveau va
bien marcher, elle y collabore
avec plein de gens intéressants.
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