Bert Jansch - Needle of Death

06/10/2011, par Jean-Charles Dufeu | Autre chose |
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Pour tout vous dire, je suis bien content qu'il pleuve aujourd'hui.

Bert Jansch est mort hier. Et de même que sa renommée de son vivant n'aura jamais été à la hauteur d'une carrière musicale, pourtant essentielle et déterminante, son décès, éclipsé par celui de Steve Jobs le même jour, risque de passer à peu près complètement inaperçu dans les médias. Je ne suis pas fan des rubriques nécrologiques, mais j'avoue éprouver un petit pincement de coeur à cette idée, et à celle d'un monde où Bert Jansch ne jouera plus jamais de guitare. Au-delà d'un héritage artistique, sur lequel il est facile de gloser, sa disparition sépare encore un peu plus notre époque de celle des années soixante, dont il était l'un des vénérables vestiges. Il faut s'y faire, bientôt, le chapitre sera définitivement clos. La sainte trinité du folk, malgré Neil Young, n'a pas la jeunesse éternelle, les derniers membres des Beatles ne sont déjà plus que deux, Brian Wilson n'a plus de si bonnes vibrations, Lou Reed enregistre avec Metallica et il paraît qu'Otis Redding est déjà mort. Heureusement, il restera toujours les Rolling Stones (si, si, c'est prévu, dans cinquante ans, ils seront toujours là). Quoi qu'il en soit, lentement mais sûrement toutes les pages d'une époque bénie de la pop, propre à alimenter tous les fantasmes de notre nostalgie, sont en train de se tourner. Et le livre se referme sur un monde qu'on n'a certes jamais connu, mais qui était, qui est encore un peu le nôtre. Bert Jansch, donc, meurt discrètement et emporte une partie de ces images dans la tombe. Il emporte surtout une vingtaine d'albums en solo, des collaborations par dizaines, des perles classiques qui ne sont pas des tubes, la guitare d'un groupe mythique... J'avais vu Pentangle en concert à Londres et je garde le souvenir d'une parenthèse suspendue au-dessus du temps, comme si j'avais directement assisté à ça :

Même si Bert Jansch n'a jamais été une vraie obsession musicale (comparé à d'autres monstres sacrés de la même époque en tout cas), il y a toujours eu pour moi quelque chose de très rassurant dans la voix chaleureuse et le fingerpicking de l'Ecossais. Ecouter un disque de Bert Jansch et retrouver régulièrement ses chansons c'était un rituel qui ne pouvait pas être décevant, une habitude caressante, un recours familier, comme prendre un verre avec un vieil ami d'enfance et se rendre compte qu'il n'a pas changé tant que ça. La vraie force tranquille du folk, qui sur les derniers albums, atteignait un type d'émotion caractéristique des vétérans. Si The Black Swan était, a posteriori, un chant du cygne magnifique c'est avec l'avant-dernier album, Edge of a Dream, que j'ai pu tester mes capacités à user une platine avant d'épuiser les ressources émotionnelles d'un disque. Illustration assez belle de l'ouverture artistique du bonhomme, toujours prompt à marier son talent avec celui de la nouvelle génération, ce duo avec Hope Sandoval en est l'un des célestes extraits :

Oui, tout ça va rester c'est sûr et pour longtemps.
Aujourd'hui j'espère seulement que la pluie continue un peu de tomber. Et plus fort que ça s'il vous plait.

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