Bertrand Belin - Interview

20/10/2010, par Luc Taramini | Interviews |
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BERTRAND BELIN

Tu as fait trois albums, est-ce que tes centres d'intérêt liés à l'écriture se sont déplacés au fur et à mesure ?
Oui, ça a énormément évolué. Avec le recul pas tant que ça entre le premier et le deuxième disque. Le premier disque était un disque somme. J'arrivais avec beaucoup de matière, un vécu derrière moi. C'était un disque très éclectique avec des choses qui tiennent encore bien le coup aujourd'hui. Le deuxième album, "La Perdue", comporte moins de chansons immédiates à la ligne claire comme "Porto". Il est plus obscur et me semble plus proche de moi. Ce disque est très front baissé, avec beaucoup d'arrangements. J'ai pris énormément de plaisir à le faire, j'en étais très fier. "Hypernuit" est tout autant le fruit de réflexion par rapport aux précédents que ne l'était le deuxième. J'ai pris mes distances avec "La Perdue" d'un point de vue formel car sur le fond je n'ai rien fait de nouveau. "Hypernuit" c'est un album que j'ai voulu moins indirect.

Bertrand Belin, par Julien Bourgeois

Et plus dépouillé ?
Oui plus dépouillé aussi. C'est-à-dire que même si au final on ne s'est rien interdit, on ne s'est pas autorisé un certain nombre de choses d'emblée. Je ne voulais pas rattraper une chanson avec une trouvaille de contrepoint. Je n'ai pas envie qu'on prenne mes chansons pour des petites choses séduisantes ou sucrées. Alors il a fallu tamiser.

Comment expliques-tu une certaine vitalité des "artistes pop français" et en parallèle leur succès de niche ou principalement critique ?
J'ai un regard bienveillant là-dessus. On se connaît pour la plupart. On s'entraide. On n'oublie pas de se féliciter et de s'encourager. Tous ces gens ne sont certes pas connus du grand public mais sont reconnus et ils comptent. C'est important cette diversité-là. Succès de niche, je sais pas... des gens comme JP Nataf ou Barbara Carlotti tournent quand même beaucoup, ce n'est pas rien.

Que signifie ce titre "Hypernuit" ?
C'est une belle formule que j'avais envie de garder qui n'est pas arrivée pour faire un titre. C'est un bout de parole d'une chanson. Une formule capturée comme ça pour figurer dans la chanson.

Tu as aussi participé à quelques projets parallèles comme "Imbécile" d'Olivier Libaux. Qu'en as-tu retiré ?
On a accepté de participer à ce projet sur scène à la condition d'être tous les quatre ensemble (JP Nataf, Barbara Carlotti, Armelle Pioline et Bertrand Belin, ndlr). On s'est donc émulés. On était sensible aussi au fait qu'Olivier nous convie gentiment. Ça apporte un certain rafraîchissement parce qu'on était amenés à se frotter à une discipline dont on ignorait tout. Il y avait de la mise en scène, des dialogues, du jeu. On a essayé de faire de notre mieux sans être comédien. On s'est beaucoup amusés. Mais c'est un spectacle qu'on n'a pas beaucoup fait tourner. C'est très étrange de se faire diriger et de rentrer dans un rapport de hiérarchie... ça m'a fait entrer dans une discipline qui n'est pas très coutumière chez moi.

Quel est le rêve musical que tu n'as pas encore réalisé ?
J'aimerais bien réussir un jour à faire un très beau disque de chansons qui n'emploierait qu'un mot ou peut-être même que des onomatopées. J'aimerais bien imaginer de poursuivre cette discipline de la chanson en suivant le même cheminement que la peinture en glissant de la figuration à l'abstraction, jusqu'à la disparition du sujet. En musique le point d'arrivé est assez simple c'est le silence, mais disons que ce souhait est davantage un véhicule qu'un objectif en soi.

Tu te vois encore musicien et chanteur dans 20 ans ?
Oui ! J'aimerais bien avoir 77 ans un jour et jouer dans un lieu où je me sens bien comme au Trianon devant le peu de public qui m'aurait suivi jusque-là.

Ressens-tu l'angoisse à l'idée de ne plus être écouté, de ne plus plaire ?
Je ne peux pas répondre parce qu'il faudrait que je me trouve sur un piédestal pour mesurer l'intensité de cette peur-là. Je pourrais souffrir de ne plus avoir de propos intéressant ou de prendre une mauvaise voie artistique mais pas de souffrir de ne plus avoir de public car ce ne serait qu'une conséquence de mes actes. Je tiens pour hautes et dignes de nombreuses activités humaines autre que la chanson. J'estime que j'ai déjà de la chance de vivre de la musique depuis vingt ans. En même temps, je ne pourrais pas faire beaucoup d'autres choses. Pour être un personnage public, il faut quand même être constitué d'une manière assez épatante. Ce n'est pas une situation tout à fait naturelle.

Propos recueillis par Luc Taramini
Photos de Julien Bourgeois
Merci à Rachel


A lire également, sur Bertrand Belin :
la chronique de "Hypernuit" (2010)

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