Bertrand Belin - Requin

30/12/2015, par Séverine Garnier | Livre |
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Avec "Requin", titre d’une chanson de son quatrième album, Bertrand Belin fait œuvre de fiction, y développant la métaphore aquatique.

À l’invitation de La Machine à cailloux, l’auteur d’"Hypernuit" confiait : "Si l’exercice, nouveau pour moi, qui consiste à écrire à dessein d’être lu et non écouté me conduit au même usage profane de l’ellipse que je fais dans mes chansons, nous sommes promis à de jolies tâches d’huile et d’inévitables sorties de route." C’est un autre événement tragique que celui de l’accident automobile auquel le lecteur est convié par Marc Blanchet, le narrateur et personnage principal. "Aujourd’hui je me noie", refrain de quelques chapitres qui n’est pas sans rappeler un funeste incipit sartrien. "Requin" est le récit de la dernière nage d’un topographe de l’Institut national de recherches archéologiques préventives, et de la vie qui précède sa journée au bord du contre-réservoir de Grosbois. Peggy, sa femme, et Alan, son fils, sont au bord du lac artificiel de la Côte d’Or qui servait précédemment de décor à la pièce radiophonique "Cachalot ?". "Si mourir n’est pas du tout aussi agréable que de songer à la mort, il est sûr que mourir est tout de même suffisamment rare pour que l’on se préoccupe de vivre pleinement un tel moment. Hélas je suis dissipé et ne peux tout bonnement pas me noyer tranquillement." Déployant une écriture cynique et drôle, Bertrand Belin alterne réflexions sur l’existence et souvenirs d’un homme à la dérive. Le premier coquillage ramassé qui lui donne la vocation de l’archéologie, le vol des meros, ossements mérovingiens qu’il s’évertue à répertorier, l’occasion manquée de se noyer une nuit d’hiver à Dieppe lors d’une pêche au lait ou encore le cygne tué pour ne plus être affamé. Se faisant le topographe de lui-même, Marc Blanchet ambitionne de réussir sa sortie mieux que son entrée dans la vie qui "pour bien dire les choses, ne fit aucun bruit". Témoin des dernières heures du loser en slip de bain, le lecteur accompagne le processus de mise à mort du héros. "Bien que j’aie toujours su que mourir arrivait aux gens, je n’ai jamais cessé d’entretenir le secret espoir de me voir exempté de cette corvée populaire. Un espoir mince mais tout de même un espoir. Il faut de l’espoir. L’espoir est un lubrifiant qui protège de l’usure que produit le frottement de la conscience sur le temps." On aimait Bertrand Belin auteur, compositeur et interprète, on savoure les incartades de Bertrand Belin romancier dont la langue sonne habilement au diapason de ses chansons.

Chronique publiée dans le n°1 du magazine Equilibre Fragile

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